En peu de mots

A votre avis, pourquoi, de Washington (Juillet 2004) à Cayenne (Mars 2005), les bailleurs de fonds nous font tourner en rond en ce qui a trait au déblocage des fonds promis dans le cadre du CCI ?

Publié le 2005-03-18 | Le Nouvelliste

Elisabeth Sylvera (ATH) Il y a une chose que j'ai constatée. Même les fonds qui ont déjà été débloqués sont utilisés par des ONGs internationales. Ces dernières, quand elles reçoivent des fonds, elles les utilisent pour le paiement des salaires des coopérants et pour des frais administratifs. Les montants alloués à des activités concrètes sont sinon inexistants du moins insignifiants par rapport à l'ampleur des problèmes pour lesquels ils ont été débloqués. Donc, je me perds quand j'entends dire que cet argent, dans l'éventualité où il serait débloqué, va servir à sauver le peuple haïtien. Je ne comprends pas, car celui qui doit recevoir les services (le peuple) n'est pas du tout concerné. Charles Tardieu (Professeur à l'université) On a trop fait confiance à l'étranger. Il nous faut apprendre à nous entendre, à compter sur nous-mêmes. Patrick Brutus (Mouvement Alternatif Indépendant) Je crois que le chef d'orchestre, en l'occurrence l'Internationale, nous fait danser une valse à tourbillon multiple, ce qui donne le vertige au Premier ministre Latortue qui affiche, comme un bon enfant, un optimisme déconcertant face à ces promesses de milliards d'aide de la Communauté internationale. Il nous faut plutôt, à mon avis, garder les pieds sur terre et essayer de voir un peu plus clair ce que trame l'Organisation des Nations-Unies sur le dos d'Haïti. De Washington à Cayenne, une récolte de dollars et de grandes promesses. Lamartine Clermont (Conseil des Sages) Je pense que les fonds ne sont pas à nous. C'est une promesse qu'on nous a faite. Ceux qui veulent donner attendent que certaines conditions de décaissement soient réunies avant de le faire. Je ne poserais pas la question de cette manière. Je crois que les bailleurs de fonds réclament des conditions pour décaisser. C'est ce qui est en train de se faire avec la présence du Premier Ministre, cette semaine, à Cayenne. Les Haïtiens ont la manie de vouloir avoir tout, tout de suite. Dr Joseph Vincent (GREH) Nous ne pouvons pas savoir ce qu'ils ont en tête. Ils disent qu'ils ne nous occupent pas. Ils disent qu'ils nous veulent du bien tandis que la situation n'a cessé de dégénérer depuis qu'ils sont présents sur notre sol. Max Renaud (..... ) On a une tradition en Haïti de solliciter des fonds à l'étranger. Des fonds qui ne sont pas disponibles le plus souvent. Quand on s'adresse à l'étranger, on ne demande pas l'appui technique. Peut-être que l'on ne fait pas confiance au gouvernement. Depuis deux cents (200) ans, on n'arrive pas vraiment à nous diriger. Peut-être aussi que les projets ne sont pas bien présentés. Il faut demander un appui technique des pays amis dans les domaines où ils peuvent nous aider de manière efficace. Dr Harisson Ernest (Médecin) C'est une question qui me permet de dire que la Communauté internationale est convergente en termes de paroles et hétérogène en terme d'intérêts. Le Brésil, les USA, la Fance, le Canada, chaque pays a ses intérêts particuliers. C'est très difficile entre eux de trouver un terrain d'entente. Ils s'intéressent surtout à leurs propres intérêts. Ce sont les Haïtiens qui doivent s'unir pour forcer la Communauté internationale à respecter ses engagements. Fritz Deshommes (Vice-recteur de l'UEH) Je me demande s'il ne faut pas nous interroger nous-mêmes sur la manière dont nous voyons notre développement et les voies pour y parvenir. Il me semble que, depuis un certain temps, nous avons pris l'habitude de penser à l'assistance internationale pour n'importe quelle vétille. Un séminaire qu'on organise, un pamphlet qu'on fait sortir, un spot publicitaire télévisé, le ramassage d'ordures ... tout porte la marque ou le patronage d'une institution internationale ... Ne faudrait-il pas prendre le temps de poser les vrais problèmes du pays, de concevoir des solutions qui sont à notre portée et qui sont dans notre véritable intérêt de peuple et de nation avant de déterminer ce qui pourrait être tributaire de l'aide internationale à quelles conditions et à quels prix ? Jean-Robert Simonise (CEDI) Je crois qu'il y a un problème de confiance qui se pose par rapport à la manière dont la transition est conduite. L'aide publique internationale reste quand même l'argent des contribuables des pays donateurs. Il est très risqué d'investir l'argent de ces contribuables dans un pays qui ne projette guère d'images de stabilité et de sécurité. En résumé, les pays dits « amis d'Haïti » ont encore des doutes par rapport à la transition. Camille Charlemers (PAPDA) La première chose, l'expression communauté internationale est une expression mystificatrice. S'il existait une communauté internationale, elle sentirait le besoin et l'impérieuse urgence d'aider Haïti. La deuxième chose, le marché de l'aide est un marché de dupes. Car les bailleurs de fonds ne respectent pas leurs engagements et les prêts accordés conduisent à un endettement qui maintient les pays du Sud prisonniers des institutions financières internationales. Duverger Rodrigue (Enseignant, Economiste) Je crois qu'il y a trois causes fondamentales: premièrement, à cause de notre instabilité chronique à la fois sur le plan politique, social et économique; deuxièmement, à cause d'un déficit humain trop accru en termes de ressources multiples, et troisièmement à cause de l'absence de leadership national. Pour juguler de tels phénomènes, nous devrions corriger les erreurs du passé en nous projetant dans un futur qui nécessite une harmonie de toutes les couches sociales du pays. Il est alors temps de s'arrêter de décreter le développement. Car on ne décrète pas le développement, on le planifie. Muscadin Jean-Yves Jason (CSF) C'est un message clair de la Communauté Internationale s'appliquant à expliquer aux décideurs politiques qu'il est tant que les HAITIENS se mettent d'accord sur un projet d'être en soulignant les responsabilités propres que les Haïtiens se doivent d'assumer. Dr Claude Beauboeuf (Economiste) Il y a des standards stricts concernant le décaissement de l'assistance publique au développement. Les bailleurs de fonds réclament des projets porteurs et décentralisateurs. Est-ce peut-être le fait qu'on n'ait pas mis l'accent sur les potentialités des provinces, qu'on ait sous-estimé l'insécurité persistante? Gally Amazan (Gestionnaire) Je crois que si les dirigeants haïtiens présentent un projet et que ce n'est pas correct, que la communauté internationale le dise. Ce n'est pas nécessaire de tourner en rond. Patrick Wooley (Avocat) Je dirais que les promesses d'argent ne sont pas tenues parce que tout simplement nos dirigeants ne prennent pas les dispositions nécessaires pour l'application des normes internationales. Yves Dorestal (Professeur) Je dirais que la communauté internationale n'a pas encore une vision concrète du type de transition démocratique pour le pays. A mon avis, la communauté internationale noie les particularités de la transition haïtienne dans un schéma général de transition démocratique sans se rendre compte que la problématique politique ou sociale du pays est une problématique qui pose des urgences. Nous ne pourrions pas garantir le développement de la démocratie sans appliquer une politique d'urgence en matière sociale, éducative. Jean Lhérisson (Militant de droits humains) Il s'agit de prêts; certainement, il y a des règles administratives et de gestion. Et d'ailleurs nous sommes dans un contexte politique particulier. A cet effet, je crois qu'il y a du côté des bailleurs une certaine velleité de nous aider, mais nous devons définir nos plans d'action. C'est sur cette voie que la communauté internationale entend conduire les dirigeants haïtiens. Claude Souffrant (Sociologue) C'est une chose triste, mais qui ne nous est pas propre. En écoutant la radio, on peut voir que la communauté internaitonale ne respecte pas ses engagements. Dans le cas d'Haïti, on dirait que c'est plutôt criant. On ne nous prend pas au sérieux. Cela montre le peu de considération que les bailleurs de fonds ont pour Haïti. J'espère que cette réunion débouchera sur des résultats plus concrets. Judie C. Roy (REPAREN) A notre avis, la communauté internationale a son propre plan pour Haïti. Pour le prouver, on n'a qu'à se référer aux multiples démarches du PNUD en Haïti relatives aux objectifs du millinaire. La communauté internationale poursuit ses objectifs particuliers. Donc, je ne pense pas que l'on va débloquer des fonds substantiels en dehors des objectifs qu'elle s'est préalablement fixés. Il y a une substitution des rôles entre l'Etat haïtien et cette communauté. Celle-ci remplace celui-là dans ses responsabilités profondes. En conclusion, nous pensons qu'il faut rapatrier la souveraineté haïtienne. A partir de ce moment, nous pourrons penser et implanter le développement qui convient au pays en fonction de ses propres capacités. Agr. Joël Ducasse (Entrepreneur) Ces fonds ne sont sont destinés à la population haïtienne. Ils n'ont rien à voir avec les besoins réels du pays. La « pauvreté » de la population haïtienne est utilisée en faire valoir de mendicité par les organisations internationales oeuvrant sur le terrain et les figurants encombrant l'appareil d'Etat. Il est dommage que dans cette transition ratée encore une fois le peuple haïtien, se soit retrouvée mystifiée par la pseudo-élite et nos « caritatifs ». Maurice Lafortune (CCIH) Vraiment, nous n'arrivons pas à comprendre pourquoi la communauté internationale nous fait tourner en rond. Notre indication est claire. Le gouvernement précédent avait appauvri les caisses publiques. On ne peut rien reprocher à ce gouvernement qui a un ministre à la hauteur de la situation. Nous espérons que nous aurons de meilleurs résultats avec la réunion qui se tient actuellement à Cayenne.
Propos recueillis par Samuel Baucicaut, Jobnel Pierre et Hugo Merveille Auteur

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