Justice

Le transfert de Neptune fait des vagues à Saint-Marc

L'ancien Premier ministre Yvon Neptune, incarcéré depuis plusieurs mois à la prison civile de Port-au-Prince, a été transféré jeudi soir à un hôpital de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) en raison de l'aggravation de son état de santé depuis qu'il observe une grève de la faim. L'association des victimes du massacre de La Scierie (Saint-Marc) crie au scandale dénoncant une violation des lois haïtiennes.

Publié le 2005-03-11 | Le Nouvelliste

Depuis jeudi soir, l'ancien Premier ministre Yvon Neptune est soigné dans un hôpital du contingent argentin de la MINUSTAH à l'aéroport international Toussaint Louverture. Cette décision a été prise par le gouvernement haïtien avec l'accord des autorités de la MINUSTAH. L'opération de transfert à été réalisée conjointement par la Direction départementale de l'Ouest de la Police nationale d'Haïti et les forces de la MINUSTAH. Le juge du Tribunal de la section sud de Port-au-Prince, Gabriel Amboise, a été invité, à faire le constat, par la mission des Nations Unies. « Le Chef de la MINUSTAH m'a informé par téléphone de la décision de déplacer Yvon Neptune du Pénitencier national à un hôpital », a affirmé le juge dans des propos rapportés par HPN. « Je n'ai pas influencé ce déplacement. Je ne pouvais pas non plus l'empêcher », a-t-il précisé. Le porte-parole de la MINUSTAH, Damian Onses-Cardona, a affirmé, vendredi, que l'état de santé de M. Neptune s'est stabilisé et son organisme répond très bien aux médicaments, dans une déclaration à la presse dans la journée de vendredi. L'avocat des victimes du massacre de La Scierie, Samuel Madistin, critique vivement cette décision qui est, selon lui, une violation flagrante des lois haïtiennes et des normes internationales en matière de détention. Quand un détenu a été arrêté sous la base d'un mandat de dépôt, il ne peut laisser la prison que par une décision du juge qui avait émis ce mandat, a expliqué Me Madistin dans une interview accordée au journal. Toute une série de procédures auraient dû être respectées avant tout transfert de M. Neptune dans un hôpital situé à l'extérieur de son lieu d'incarcération, soutient-il. Ce transfert aurait dû être précédé d'un rapport du médecin attaché à la Prison civile de Port-au-Prince et aurait dû se faire vers un hôpital civil. La semaine dernière, ce médecin avait justifié l'absence de l'ancien Premier ministre Neptune à une comparution devant le juge instructeur du dossier de La Scierie par rapport à son état de santé. Les bâtiments et les installations de la MINUSTAH bénéficient de l'immunité diplomatique comme les ambassades, a déclaré Samuel Madistin. « C'est comme si Yvon Neptune avait trouvé refuge dans une ambassade. Dans l'enceinte des bâtiments de la MINUSTAH, il échappe aux autorités haïtiennes », a poursuivi l'avocat qui croit que la MINUSTAH a violé son propre mandat. Il considère le transfert de M. Neptune comme une gifle à la justice haïtienne tout en dénonçant l'arrogance de « l'occupant qui ne considère pas Haïti comme un Etat souverain pouvant compter sur son système carcéral. « Imaginer que 1000 prisonniers se mettent en grève de la faim. Est-ce qu'on va faire la même chose », s'est-il interrogé. Il a aussi fait remarquer que cette décision concerne uniquement Yvon Neptune et non l'ancien ministre de l'Intérieur et des Collectivités territoriales Jocelerme Privert qui observe également une grève de la faim. Pour lui, ce fait démontre que le transfert d'Yvon Neptune a un caractère plus politique qu'humanitaire. Le professeur Jean Robert Simonise n'est pas de cet avis et concoit que le transfert d'Yvon Neptune puisse relever de l'humanitaire. « S'il s'agit de protéger la vie de cet homme à partir de renseignements dont la MINUSTAH pourrait disposer, on ne peut qu'accepter ce fait comme relevant de l'humanitaire », a-t-il déclaré au journal. « Le respect de nos lois, certes, commanderait le contraire. Cependant, la faiblesse de nos institutions nous imposent réalisme et compassion devant une vie humaine qui serait menacée », a-t-il expliqué Cependant, il fait savoir que « M. Neptune avant de laisser la Primature savait qu'il allait faire face à la justice haïtienne. Il a eu des offres pour quitter le territoire haïtien à la fin de sa fonction. Il a voulu blanchir son nom en faisant face à la justice haïtienne. Nous devons voir là une marque de courage et une certaine innocence qui inspire le respect. Je crois que le meilleur service que la communauté internationale puisse rendre à M. Neptune est le respect de son choix ». Le transfert de M. Neptune dans des installations onusiennes arrive quelques jours après la visite du député américain Maxime Waters qui avait insisté pour la libération dans le plus bref délai de l'ancien Premier ministre. Membre influent du Black Caucus et proche du président déchu Jean-Bertrand Aristide, elle avait déclaré que les prochaines joutes électorales pourraient ne pas avoir lieu au cas où Yvon Neptune et les autres prisonniers politiques resteraient incarcérés. Le député avait affirmé avoir demandé à l'ancien Premier ministre Yvon Neptune de mettre fin à sa grève de faim de peur qu'il ne meure et Mme Waters s'était dit très préoccupée pour la vie de l'ancien dignitaire lavalas incarcéré au Pénitencier national depuis le 27 juin 2004. Les proches des victimes du massacre de La Scierie craignent que le transfert de M. Neptune ne soit une manoeuvre entre le gouvernement et la communauté internationale pour libérer l'ancien responsable Lavalas. Dans la ville de Saint-Marc, des manifestations violentes ont été organisées ce vendredi par des proches de victimes mécontents. Des vitres de voitures ont été brisées et des barricades de pneus emflammés dressées à l'entrée de la ville. Dans une note de presse, le ministère de la Justice a voulu calmer les esprits en affirmant que M. Neptune restait à la disposition de la justice haïtienne. La MINUSTAH précise qu'Yvon Neptune restera à la disposition de la justice pendant la durée de son hospitalisation. Sa surveillance sera assurée par l'administration pénitentiaire qui autorisera également les visites, informe la mission internationale.
H. M. Auteur

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