Une autre Nuit blanche pour Port-au-Prince

PUBLIÉ 2016-11-29
Sur le thème « Espace public et biens communs », la troisième édition de « Nuit blanche » se tiendra dans la soirée du 3 décembre 2016, dans la capitale. Pas moins de 15 sites hébergeront cette édition qui bénéficie du soutien logistique et technique de la mairie de Port-au-Prince, contrairement aux éditions précédentes.


Avec son chapeau noir et son t-shirt de la même couleur, sur lequel est inscrit « nuit blanche », Giscard Bouchotte a tout l’air de « Mèt minui », personnage incontournable de l’imaginaire haïtien. C'est en 2014 que ce commissaire d'exposition indépendant a introduit chez nous « Nuit blanche », une activité à l’année dont la mairie de Paris est le pourvoyeur international de la franchise. Pour rafraîchir la mémoire à nos lecteurs, il suffit d’évoquer l’édition 2014 qui a été marquée par la projection d’images sur les murs de l’église Saint-Pierre de Pétion-Ville. « Nuit blanche » est donc un rendez-vous qui convient aux couche-tard. Elle est traduite en « Pòtoprens jouk li jou » pour être comprise du public haïtien. L’édition de cette année par exemple, se déroulera sur pas moins de 15 sites. Le concept, c’est de proposer des activités culturelles de bonne facture. Ces diverses activités seront lancées dès 8 h p.m. cette année, partout à travers la capitale. Si l’on devait citer seulement trois, on évoquerait, la transformation de la tour 2004 en boîte de nuit, avec l’expertise de Pascale Monnin. Elle prendra fin à minuit. Les amateurs de break dance ou de culture urbaine s’enticheront probablement de la performance de « Black Bladers » et de Haïti Dance sur la Place Boyer avec l’animation musicale des dj Angelo Mix, Ferry Mix et Chiwa Mix. Cette fiesta en plein air s’arrêtera au lendemain, soit à 1 a.m. Les amateurs de photographie ont rendez-vous avec Josué Azor à la Fokal jusqu’à minuit pour apprécier « Klozèt », une installation vidéo et sonore. « Toutes les activités sont gratuites », claironne M. Bouchotte. C’est, selon lui, une règle de base pour ne pas risquer la résiliation de la part des maîtres à penser, du permis d’organiser l’activité. Autre commandement inviolable, trouver l’implication de la mairie de la ville hôte. Le directeur artistique avoue que, contrairement aux éditions précédentes, cette année, il bénéficie du soutien, en termes de logistique et de technique, de la mairie de Port-au-Prince. « Probablement, dit-il, à cause de sa fibre artistique, Youry Chévry, l’actuel maire, ne s’est pas fait prier pour donner son accord. Et enfin, les activités proposées dans le cadre d’une « Nuit blanche » se doivent d’être, comme on l’a dit plus haut, de bonne facture, fussent-elles populaires. Contrairement aux autres rendez-vous qui font des appels à proposition, c’est l’équipe de cette sorte "d’after-hours" annuel qui décide de qui elle veut dans sa liste. Ceux qui sont choisis se doivent de proposer quelque chose d’inédit et qui ne risque pas d’être repris même sur demande, voire sur l’insistance de ceux qui s’en enticheraient. Tant pis pour les nostalgiques de la diffusion, il y a deux ans, d’images sur les murs de l’église Saint-Pierre. Le nerf de la guerre, selon le commissaire, pour l’organisation de ce rendez-vous culturel, demeure le financement. « Pas évident, avoue-t-il, de compenser les coûts pour la préparation d'une activité dont la règle d’or est d’offrir gratuitement l’accès au public ». Les quelques bailleurs sont la mairie de Paris, l'OIF, l’IFH et la Minustah, pour ne citer que ceux-là. Par ailleurs, pour assurer la médiation entre l’équipe et le public sur l’ensemble, une cinquantaine de jeunes seront formés les deux premiers jours de décembre à cet effet. M. Bouchotte évoque la possibilité de suggérer la mise sur pied d’une plateforme de volontaires avec ces jeunes à dessein de pourvoir au besoin de médiation pour d’autres activités culturelles dans la capitale. En ce qui concerne l’état d’esprit qui l’anime à l’approche de de cette troisième édition, le détenteur de la franchise affirme être conscient de la peur qui anime la société dans le contexte postélectoral dans lequel on se retrouve actuellement, mais refuse de se laisser aller au découragement. « Certes, on peut avoir peur, mais on s’approche de la fin d’année, qui rime avec fête, joie », lance-t-il avant de rappeler que les jours carnavalesques continuent de draîner la grande foule chaque année au Champs de Mars qui est limitrophe à des quartiers dits de non-droit. Il conclut en disant que la PNH a promis d’accompagner la « Nuit blanche 2016 », à Port-au-Prince sur l’ensemble des sites. En plus de trascender la peur, il invite le public à choisir dans ce menu truffé d'activités les unes plus alléchantes que les autres.



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