Santé bucco-dentaire

L'extraction d'une dent peut tuer...

L'extraction dentaire est une intervention chirurgicale consistant à extraire une dent de l'os alvéolaire. Ultime recours contre une rage de dent insupportable, l'extraction, dans bien des cas, peut entraîner des complications allant même jusqu'au décès d'un patient.

Publié le 2005-03-09 | Le Nouvelliste

''Mon oncle avait quarante-quatre ans. A part son problème d'hypertension artérielle, ma famille ne le savait souffrant d'aucune autre maladie. Pour mettre fin à une rage de dent, il s'est rendu chez un dentiste. Rentré à la maison autour de midi, il s'est plaint de douleur à l'estomac et de raideur au coup. Avant deux heures de l 'après-midi, il a été admis à l'hôpital. Il saignait de la bouche. Placé en soins intensifs toute la nuit, il a rendu l'âme au lever du jour alors que je me trouvais au chevet de son lit, raconte encore émue, une jeune femme ayant un accent nordiste, qui soutient que son oncle n'avait aucun ennemi. A part le foot-ball et sa famille, il ne s'intéressait pas à grand chose. Vous savez a-t-elle martelé, les Haitiens sont des haineux et envieux. Une façon peut-être pour elle de dire que le décès de son oncle a des origines surnaturelles. A une question concernant la cause du décès évoquée par les médecins, elle se rappelle avoir entendu parlé d'accidents cérébraux vasculaires (ACV)... » Dans notre pays, on associe assez souvent, ces genres de décès à des causes maléfiques(sé voyé yo voyé-l mouri). Cependant , il existe du point de vue médical, des indices, susceptibles d'établir le lien existant entre l'extraction pratiquée et la mort du patient survenue dix-huit heures après l'intervention. En effet, l'hypertension artérielle dont souffrait le patient décédé, le plaçait dans la catégorie des personnes nécessitant une prise en charge anesthésique spéciale. Autrement dit, l'utilisation de produit à base de lidocaine, sans adrénaline. Il est constaté que l'adrénaline augmente la pression sanguine. Ce qui accroit les risques d'accidents cérébraux vasculaires, d'une part, et d'hémorragie d'autre part. S'agissant de l'hémorragie, le problème d'hémophilie (plaquetaire) n'est pas forcément pris en compte, considérant un paramètre assez simple: la pression sanguine augmente, les artères, veines et autres vaisseaux se dilatent plus que normalement pour laisser passer le sang, ce qui entraîne en cas de plaie, des saignements ininterrompus. " Le patient se noie dans son sang " est le jargon utilisé par les médecins dans ces cas-là. Si les hypertendus, les asthmatiques, les diabétiques, les anémiés, les hémophiles, se trouvent dans la catégorie des personnes sensibles à l'adrénaline dont l'extraction dentaire est assujetie à des préparatifs (stabilisation de la pression sanguine, couverture antibiotique, injection de potassium...). Il importe de souligner que les personnes souffrant d'une maladie quelconque au coeur peuvent aussi faire le grand saut. Avec plus de subtilité peut-être... En effet, une extraction dentaire pratiquée sur un cardiaque, sans couverture antibiotique peut occasionner une endocardite bactérienne aïgue (problème vasvulaire). Même si la période d'incubation peut varier de deux semaines ou plus en fonction de l'état de santé de la personne, le potentiel des micro-organismes qui ont transité de la bouche au sang grâce à la plaie laissée par l'extraction est à prendre en compte. Santé bucco-dentaire : ignorance et précarité Dans un pays où le budget annuel alloué à la santé ne dépasse pas vingt-cinq gourdes par habitant, il est plus qu'évident que la santé bucco-dentaire n'est pas une priorité. En effet, selon un rapport publié il y a quelques années par l'organisation mondiale de la santé (OMS), il existe 0.4 dentiste pour 10.000 habitants, alors que la Faculté d'Odontologie fait face à des problèmes très sérieux. Une certaine discrimination existerait au sein de la famille universitaire par rapport à certaines facultés dont l'odontologie justement. Les dentistes seraient des médecins avec un petit «m» Cependant, l'ignorance ne s'arrête pas là. Elle s'enracine dans la façon dont nous traitons notre bouche. A côté de la bonne majorité de nos compatriotes vivant en milieu rural qui sont confrontés à la fois à des problèmes de calcium (l'ostéroporose à des degrés divers), d'hygiène, de soins bucco-dentaires, il est prouvé qu'en milieu urbain les choses ne sont pas radicalement différentes. Au fait combien d'entre nous peut se vanter d'avoir effectué deux prophylaxies chaque année ? Et combien coûte une prophylaxie ? Par ailleurs, alors que les risques de développer une cellulite ou une endocardite bactérienne aiguë existent, beaucoup de personnes soit à cause de leur ignorance soit à cause de leur revenu modeste exposent leurs vies en requérant les services, surtout en milieu rural de charlatants, qui ne disposent d'aucun produit même de stérilisation à froid. Il est connu depuis bien longtemps que les hépatites, la syphilis, le sida peuvent être contractés à partir d'équipements non stérilisés. Souvent donc des dentistes qualifiés et chevronnés se plaignent de l'absence de projets à défaut de soigner convenablement les personnes en milieu rural et urbain de les informer grâce, entre autres, à des caravanes( clinique mobile). Parallèlement, combien de personnes savent qu'un mal de tête (céphalée) chronique, que certains problèmes de vision ou d'audition sont liés à la disposition des dents ? L'ignorance, la précarité, l'absence de vision des autorités publiques dans l'élaboration de politique de santé publique, prenant en compte la santé bucco-dentaire, dans une perspective d'économie de la santé, doivent être combattues par une dynamique de vulgarisation. Aujourd'hui, bien que les nouvelles technologies de l'information et de la communication révolutionnent la médecine, il est déconcertant expliquent des dentistes, de voir une majorité de compatriotes vivant dans l'ignorance quant à la façon de prendre soin de leur bouche. La bouche, un organe soutiennent-ils qui reflète l'état de santé d'une personne. Car près de deux cents maladies systémiques dont le diabète et le SIDA sont décelables par la bouche. Indépendemment des coûts des consultations chez un dentiste qui varient selon qu'on habite à Pétion -ville où à Cité de l'Eternel, la prise en charge bucco-dentaire dès le jeune âge est recommandée. Du reste, à part la vulgarisation, la sensibilisation des populations, sur les risques de complication et de mort liés à l'extraction dentaire effectuée sans consultation préalable, sans stérilisation, il n'existe pour le moment pas beaucoup de perspectives. D'autant plus que les ONG ne se bousculent pas sur les projets selon ce qu'a confié un dentiste qui désire garder l'anonymat. Entre-temps, les hypertendus, les diabétiques, les hémophiles, les anémiés, les asthmatiques sont invités à la prudence...
Alphonse Roberson Auteur

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