COP 22/CMP12/CMA1

De Paris à Marrakech, nos rendez-vous manqués

En donnant lecture jeudi soir à la Proclamation d'Action de Marrakech, en séance plénière, l’ambassadeur Aziz Mekouar, en charge de conduire les négociations multilatérales, a amorcé la dernière ligne droite de la COP 22 qui se déroule en terre marocaine depuis le 7 novembre dernier. L’heure est déjà au bilan pour bon nombre de délégations, notamment celle d’Haïti qui consiste, selon le ministre Simon Dieuseul Desras, en une vingtaine de rencontres bilatérales.

Publié le 2016-11-17 | Le Nouvelliste

« Les négociations n’ont pas abouti parce que le groupe des 20 pays insulaires, le G77 et la Caricom veulent que les mesures d’adaptation soient prises immédiatement et que les promesses de financement se matérialisent enfin à un moment où Haïti est confrontée à pas mal de problèmes », a déclaré, déçu, le ministre de l’Environnement, Simon Dieuseul Desras, également le chef de la délégation haïtienne à cette Cop 22. Ce dernier s’inquiète par ailleurs du blocage dans le financement des fonds d’adaptation qui devraient être accordés aux pays vulnérables. « Chaque année, on s’assoit autour de la table pour évoquer les mêmes problèmes mais jamais pour évoquer les progrès accomplis, notamment par les pays pauvres », se désole le ministre Desras, qui estime que les petits pays n’auront jamais accès à certains fonds si les procédures de décaissement ne sont pas allégées, tellement les mécanismes sont difficiles et les procédures compliquées. Haïti, se réclamant des pays qui se disent favorables à un assouplissement des mécanismes et des procédures pour accéder au Fonds vert pour le climat, paradoxalement, ne fait pas partie des 110 pays qui ont déjà déposé leur instrument de ratification de l’accord de Paris par-devant la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Contrairement à d’autres petites îles de la région comme Antigua and Barbuda, Bahamas, Barbade, Belize, Dominique, Saint-Kitts-and-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent et les Grenadines, etc. Pour le professeur Fritz Dorvillier, détenteur d’un doctorat en développement et environnement, venir participer à la COP 22 sans avoir ratifié au préalable l’accord de Paris est un très mauvais signal. Selon lui, Haïti, étant un petit pays qui n’a pas de gros moyens, devrait donner l’exemple avant d’aller demander à des partenaires techniques et financiers de l’aider. « Si on n’a pas d’argent, on n’a pas de financement pour faire de l’adaptation, au moins on peut faire ça [ratifier l’accord, ndlr] », suggère le chercheur présent à Marrakech pour le compte du ministère de la Planification. « Comment est-ce qu’on va demander des moyens d’adaptation si on ne fait pas le premier pas ?», s’interroge-t-il tout en enjoignant nos parlementaires à prendre leurs responsabilités, dès la prochaine rentrée législative, pour ratifier l’accord. Vikerson Garnier, député de la circonscription de Thiotte, également présent à la COP 22, estime pour sa part que si l’accord de Paris n’a pas été voté au Parlement, néanmoins, une campagne de sensibilisation a été faite auprès des législateurs, députés et sénateurs, qui, dit-il, sont bien imbus des enjeux à la fois mondiaux et locaux de cet accord. Par ailleurs, l’élu du parti Fanmi Lavalas fustige le peu d’engagement dont a fait montre l’exécutif jusque-là à la cause environnementale, notamment à travers l’élaboration du budget de la République. Selon Vikerson Garnier, agronome de formation et détenteur d’une maitrise en gestion de l’environnement, le budget de la République ne respecte pas les engagements pris par Haïti à Paris en décembre 2015. « Le pays a pris l’engagement de faire une agriculture adaptée aux changements climatiques, quelle politique agricole a été élaborée en conséquence et qui tient compte de ce phénomène ? », se demande le député Garnier, président de la commission Agriculture à la Chambre basse, qui constate au contraire que les crédits alloués à l’agriculture ont diminué. Outre la non-ratification de l’accord de Paris par le Parlement, Haïti s’était engagée à produire au moins 80 mégawatts en énergie propre d’ici 2020. Une tentative du secteur privé de produire 50 mégawatts d’énergies renouvelables à partir du solaire et de l’éolien demeure à date au stade de projet. Pour l’instant, il n’y a rien de signé avec l’État haïtien et, pour cause, le ministère des Finances, souligne le ministre Desras, serait prêt à accorder un contrat de concession à toute initiative privée de production énergétique. Cependant, ces compagnies privées fort souvent n’acceptent pas les risques commerciaux. Elles veulent produire et vendre à l’État leurs mégawatts. Alors qu’Haïti peine à trouver un modus operandi, la République dominicaine s’attend à ce que, d'ici 2018, 27%, de son énergie nationale proviennent des énergies renouvelables, avec le développement de nouveaux projets dans le secteur qui générerait entre 600 et 615 mégawatts. Par ailleurs, la République dominicaine, une fois de plus, a saisi cette tribune de la conférence de l’ONU sur le climat pour appeler la communauté internationale à accorder une plus grande attention à Haïti. Dans son discours, le ministre dominicain de l’Environnement Dominguez Brito a reconnu que son pays fait face à de graves menaces dues aux changements climatiques. Mais il a tenu tout de même à solliciter de l’aide pour Haïti – ce pays frère, comme il l’appelle – où les gens cuisinent avec du bois ou du charbon de bois et où le couvert forestier est réduit comme une peau de chagrin. À l’heure où la Proclamation d’Action de Marrakech consacre l’irrépressible dynamique mondiale de l’action sur les changements climatiques et le développement durable des gouvernements, entreprises, investisseurs, gouvernements infranationaux et villes, Fritz Dorvillier estime qu’Haïti doit se mobiliser pour pouvoir s’adapter, pour pouvoir réduire sa vulnérabilité. En ce sens, il préconise au pays de la capacité institutionnelle et organisationnelle ainsi que de la capacité financière pour qu’il puisse lutter contre les changements climatiques. « Est-ce que le ministère [de l’Environnement] peut gérer tout cela ? Quelles sont les ressources humaines dont on dispose ? Quelles sont les expertises dont on dispose ? » Autant d’interrogations soulevées par Fritz Dorvillier qui reste convaincu que désormais ces trois éléments sont intrinsèquement liés : la population, le développement et l’environnement. À l’issue de cette Cop 22, le ministre Desras pourra se targuer d’avoir conduit une vingtaine de rencontres bilatérales dont la plupart se sont conclues sur des promesses et sur la possibilité aussi que des avenants soient versés à des projets qui étaient déjà en cours. Le chef de la délégation haïtienne à Marrakech prévoit, dès son retour au pays, un dialogue tripartite entre le ministère des Finances, de la Planification et de l’Environnement afin de réadapter certains projets et de mettre le focus sur les priorités du moment. Patrick Saint-Pré Envoyé spécial à Marrakech
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