Les enfants du Soleil

par DEITA Fictions en Lettres Détachées

Publié le 2005-04-26 | Le Nouvelliste

Dans une grotte quelque part dans l'île Précieuse du Père, des jumeaux se mouraient. Ils étaient siamois soudés l'un à l'autre et n'avaient qu'un seul coeur pour eux deux. Ils étaient beaux. Ah oui ils étaient beaux ! Tellement beaux, que ceux qui avaient la chance de les voir, de les connaître embellissaient à leur tour. Et d'autres qui comprenaient leur langage devenaient aussi beaux qu'eux. Ils parlaient en paraboles. Quand on leur disait : « Amour » ils répondaient d'une même voix : « Partage ». Quand on leur disait: «Compréhension» ils répondaient: «Tolérance». Mais c'était difficile à comprendre, pourtant ils parlaient simplement. Leur mère Bien-Aimée es avait prénommés : Charité et Justelien. Ils étaient les enfants du soleil. Lorsque naquit Bien-Aimée, un matin du mois de mai, le soleil assistait l'événement. Cette petite chose qui venait de naître était si jolie, si aimable, si douce, que le soleil, grand roi du ciel et de la terre, en fut ému. Il avait pleuré de joie. Il jura de faire un enfant à Bien-Aimée. L'admirable petite fille grandit. Elle devint magnifique. Mêmes ceux qui ne respectent rien, sauf leur prétention, ne pouvaient se retenir de la saluer en passant près d'elle. Elle avait la puissance de changer en bien ce qui est mal, de changer en beau ce qui est laid. Lors de grandioses époussailles, elle devint l'épouse éternelle du Soleil et la mère de Charité et de Justelien, des jumeaux. Alors, une grande déchirure Zébra la robe du silence. Et, tout à coup, la lune sanglota dans le ciel sans un nuage. Le chant déconcerté des oiseaux réveillés en sursaut, le cri des animaux apeurés créèrent une cacophonie telle que le pays entier, debout comme un seul homme, tremblait et chacun courait éperdu telle une armée de fourmis folles. Ils crurent que l'enfer était monté sur la terre, car la nuit devint aussi noire que du charbon. La mer frissonna soudainement. Une lame de fonds s'éleva au-dessus de sa surface auparavant calme. Un bruit formidable partit des profondeurs de l'océan bleu précédent un grand silence. Une flamme sillonna l'espace. Elle provenait des naseaux d'un superbe cheval noir. Il était debout sur les vagues. Il hennit, mais c'était un grand éclat de rire. La crinière en broussaille, la gueule écumante. Tandis que ses yeux rougeoyants projetaient d'interminables jets de lumière, elle était éteinte. Triste et chagrin, elle chanta comme tous les peuples noirs lorsqu'ils souffrent. Dans son château le roi Tròpatò, lui aussi réveillé, tressaillait de frayeur. Ses partisans tressaillaient davantage. A genoux Tròpatò suppliait : « Mon Soleil je ne suis responsable de rien. Ce sont les autres qui ont agi contre tes enfants Justelien et Charité. Ce n'est pas moi le coupable. Je t'en supplie pardonne-moi grand Roi ! » Mais la lune continuait à pleurer et à chanter : Tròpatò ! Tròpatò Bien-Aimée ne mourra pas Ce pouvoir tu ne l'auras pas Tròpatò elle aura d'autres siamois Le soleil est bien puissant Tròpatò Il suppliait encore. Il promettait de changer toutes les choses mauvaises qu'il avait instituées. « Mon Soleil, je te promets que tes enfants et ta femme ne subiront plus aucun abus. Je t'en supplie ne sois pas tellement fâché contre nous. Remets à la lune sa lumière. Sans ta lumière elle ne pourra plus dire combien tu es grand O Soleil ! Combien tu es beau O Soleil ! Ni toi tu ne sentiras plus ta grandeur, O mon Soleil! Si tu leur enlèves ta lumière, tu ne seras ni grand roi ni puissant. » Tròpatò essayait de flatter le Soleil comme il le faisait naguère pour l'amadouer. Mais il se taisait. Il savait que dans le dialogue il y a danger de compromission. Il ne voulait plus avoir affaire avec Tròpatò. Il voulait agir. Alors le Soleil lacha la bride sur le cou de la colère. La lune, de son côté, devenait folle de rage. Elle dit à Tròpatò : « Mégalomane tu as éteint ma lumière, tu as éteint l'espoir dans le pays de Bien-Aimée. A cause de toi tout va périr. Nous allons tous mourir. Tu as éteint ma lumière... dictateur tu imposes le silence. Despote tu détruis la beauté. Tyran tu imposes ta mégalomanie...Ddddd...Ddddd...Ttttt....Mégalo-DDT ! » Elle cria, se roula dans l'espace. Tròpatò réalisant qu'il avait perdu ses chances auprès du Soleil, se tourna vers le cheval. « Pitié ! Mon grand Maître, je t'ai toujours bien servi. Je t'offrirai de plus grands sacrifices, mais prends pitié ! » Le cheval hennit une seconde fois et c'était encore un grand éclat de rire cette fois plus cynique. Il répondit : « Tròpatò c'en est trop ! Je t'avais averti. Je ne pourrai plus rien pour toi; quelles que soient les sacrifices que tu pourrais m'offrir, je ne peux rien pour toi. Tu as dépassé les limites. Tu es un roi qui ne sait pas régner. Je t'avais averti, tu t'es laissé conduire par ta jalousie. Tu n'as jamais cru à l'existence du Soleil. Tu détestes sa lumière. Par haine, ta folie de grandeur, ton ambition d'être l'homme le plus riche de la terre, tu as fait empoisonner Justelien, tu espérais que charité en réchapperait afin qu'elle devienne ta chose. Ils n'avaient qu'un seul coeur pour eux deux. Tròpatò ta concupiscence t'a perdu. Tes ancêtres ont commis la même erreur que toi, comme eux tu as signé des accords que tu n'as pas respectés. On t'avait averti de la puissance du Soleil et tu n'y as pas crue. Tu as dépassé les limites. La colère est lâchée je ne peux la retenir. Tu avais promis de changer beaucoup de choses, tu t'es moqué d'elles. L'heure a sonné pour le règlement de tes comptes avec le Soleil. Débrouille-toi. Moi je m'en vais. » Et le cheval superbe s'engouffra dans la mer d'où il était sorti. Mais tandis que le roi suppliait le chef de l'Enfer, dans un vieil ajoupa il y avait un enfant rachitique, maigrelet, presque ratatiné, qui dormait à demi. Il était aveugle, il était sourd, cependant il avait le coeur pur. Il avait les mains propres de tout mal. Tout à coup, une larme sortie des yeux de la lune coula depuis l'espace et vint inonder sonvisage. Il s'éveilla, s'assit sur son grabat et c'était pour découvrir qu'il voyait clairement. Et c'était pour découvrir qu'il entendait les moindres bruits de cette nuit horrible. Il regardait, debout devant lui, la colère brillante comme l'étoile du matin. « Qui es-tu ? » Demanda Chikata. « Je suis la colère qui aveugle, qui donne la force aux faibles, le courage aux lâches. Je détruis tout sur mon passage. Je ne construis jamais. Mais toi tu es propre. Tu es pureté même. Toi seul peux sauver Bien-Aimée. Toi seul pourras rallumer la lumière du soleil''. « Quoi ? Moi le hideux rallumer la lumière du Soleil ? Je suis infirme. Je suis dépourvu de tout. O mon Pays, je suis le plus méprisable de tes enfants. Je n'aurai jamais la force de lutter... Comment pourrais-je ? « Ne t'inquiète pas Chikita, tu auras cette force. Lève-toi. Prends ce bâton que je te donne. Tu le frapperas sept fois devant chaque enfant dans toutes les maisons du pays. Ceux-là qui brilleront d'une clarté mauve tu les prendras avec toi. Ceux qui brilleront d'une clarté grise tu les laisseras. Et si un enfant mauve est siamois avec un enfant gris retranche le mauve du gris. Prends le mauve et laisse le gris. Va vers ta mission qui construit ! Je vais vers ma mission qui détruit.Va ! L'enfant obéit. Il suivit les commandements de la colère. Il frappa le bâton devant chaque enfant, devant chaque maison de l'île Précieuse. Parmi eux tous, qui étaient en grand nombre, il ne trouva que cent quarante-quatre enfants mauves. Tous les autres étaient gris. Sans poser de question, sans maugréer non plus, ils suivirent Chikita. Il conduisait son régiment. Il ne savait où il devait se rendre. Mais il faisait confiance à la voix qui le guidait. Il chemina pendant onze jours et douze nuits. Sur le royaume de Tròpatò, la nuit lugubre et rouge continuait à régner. Tròpatò, prosterné, suppliant le chef de l'Enfer. Il contemplait impuissant la destruction de tout. Pour chacun de ses sujets partisans qui mouraient, une parcelle de chair se détachait de son corps et tombait à terre. Lorsqu'il fut sans peau ni chair, un vrai squelette vivant, il se traîna à travers les rues où il vit des monceaux de corps fumants, éparpillés ça et là. C'étaient ses partisans qui avaient joui avec lui dans ses jours de gloire. Quand les maisons se mirent à s'écrouler, il entendit ses os craquer et bout par bout, vertèbre par vertèbre son squelette se disloquait. Bientôt il ne fut qu'un crâne vivant, une tête sans corps qui roula sur toutes les cendres du pays pour aller s'engloutir dans la mer à la place où s'était tenu le superbe cheval. Chikita était arrivé dans une grotte. Ils trouvèrent, lui et ses compagnons, la triste Bien-Aimée qui agonissait sous le coup du chagrin. Justelien et Charité étaient morts à cause de la mégalomanie d'un tyran. Chikita et ses amis la ranimèrent. Elle reprit des forces. La nuit rouge-sang disparaissait peu à peu. La lune séchait ses larmes. L'aurore habillée d'une tunique bleu pâle montait à l'horizon. Elle fêtait la naissance d'un jour nouveau. Le Soleil avait ramoné sa mèche, il avait rallumé sa lumière. Elle brillait éclatante. Debout sur la crête d'un morne, un beau jeune homme regardait des siamois. C'était Chikita. Bien-Aimée avait eu d'autres jumeaux semblables. Et il se rappelait les consignes de la voix qui l'avait guidé.
Deita Verte Campagne Le 3 avril 2003 Auteur

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