Cinéma

Raoul Peck près de l'Ours

Aucun favori ne s'est détaché parmi les 22 films en lice pour l'Ours d'or du 55ème Festival international de Berlin à la veille de l'annonce du palmarès ce samedi 19 février. Quatre films réussissent cependant à se maintenir légèrement au-dessus de la mêlée, au premier rang desquels "Sometimes in April", un film de Raoul Peck sur le génocide rwandais. Commentaires de journaliste Jean-Luc Wachthausen du quotidien français Le Figaro.

Publié le 2005-02-18 | Le Nouvelliste

Pas de doute, c'est, avec Paradise Now - l'histoire de deux kamikazes palestiniens - et Fateless - sur la déportation des juifs hongrois -, le film qui a sans doute le plus impressionné les festivaliers. Allant plus loin que Terry George dans Hotel Rwanda (présenté hors compétition), le cinéaste haïtien Raoul Peck revient avec force sur le génocide qui ensanglanta le Rwanda, en avril 1994. Un titre poétique, Sometimes in April, pour un film choc. Deux heures et vingt minutes pour décrire l'indicible et suggérer l'horreur absolue: un million de victimes en l'espace de cent jours et trois millions de femmes, d'hommes et d'enfants déplacés. Après son documentaire, puis son long-métrage sur le court règne du président congolais Patrice Lumumba (2000), Raoul Peck retourne en Afrique, au Rwanda précisément, pour tenter de comprendre les raisons complexes et historiques qui ont provoqué, en ce mois d'avril qui annonce la saison des pluies, cette féroce guerre civile perpétrée par les milices hutues contre les Tutsis et les Hutus modérés. Quelques heures après que, dans la nuit du 6 au 7 avril, l'avion du président Habyarimana fut abattu non loin de l'aéroport de Kigali, des barricades sont dressées, des tirs se multiplient et le massacre commence de façon méthodique contre les Tutsis, dont les maisons sont dévalisées par des hordes humaines armées de machettes et de gourdins. Pour décrire ces massacres et la panique générale qui s'empara de la population, Raoul Peck a évité les effets faciles, la surenchère sanguinaire ou les pièges du mélo. Partant, comme il le souligne, «d'histoires vraies et de témoignages vécus», il s'est attaché à y inclure une fiction afin de développer une structure dramatique cohérente. «Sometimes in April raconte donc l'histoire d'un officier hutu, Augustin Moganza (l'acteur noir américain Idris Elba), qui déserte son unité avec son camarade Xavier (Fraser James) pour mettre en sécurité sa femme, une Tutsie, et ses enfants, qu'il confie à son frère, Honoré (Oris Erhuero), un journaliste de radio. Arrêté et pourchassé, Augustin n'apprendra la vérité que dix ans plus tard - la perte de toute sa famille - lors du procès de son frère accusé par un tribunal international de «haine raciale et d'incitation à la violence» lors des massacres...» Longuement applaudi lors de la projection du film, puis à la conférence de presse, Raoul Peck, entouré de son équipe et du compositeur Bruno Coulais (pour une bande originale émotionnelle mais sans pathos), n'a pas manqué de souligner qu'à l'époque il était comme tout le monde, «inconscient ou trop occupé pour réaliser l'ampleur des massacres au Rwanda. En 1994, avant d'avoir des fonctions politiques à Haïti (NDLR: ministre de la Culture), j'étais à Washington avec une délégation pour discuter du débarquement de l'armée américaine sur notre île et j'avoue que mon esprit était loin du Rwanda. Dix ans plus tard, ma prise de conscience n'en a été que plus vive.» Seule certitude de Raoul Peck avant de faire ce film, produit par les Américains de HBO et le Français Daniel Delume de Cinefacto, il ne pouvait se faire sans la participation active des premiers concernés, les Rwandais. «Nous avons travaillé avec une équipe technique dont pas mal de membres avaient vécu ces événements. Pour les plus fragiles, nous avions l'assistance de psychologues. D'autre part, avant d'écrire le scénario, j'ai eu l'occasion de rencontrer à la fois des victimes et survivants qui ont raconté leur enfer. Cela m'a permis de crédibiliser, de mieux construire mon histoire, que j'ai dû beaucoup couper. En effet, je parle peu de la cécité des militaires français et belges sur les massacres.» Toute la difficulté pour le cinéaste était, ensuite, de «démonter le mieux possible les mécanismes complexes d'une situation politique et sociale qui conduit au génocide. Mon film se devait d'être efficace sans tomber dans le spectaculaire». Mission accomplie sans thèse ni effets de manche grâce à des comédiens exceptionnels qui restituent toute la dimension de cette tragédie.
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