Peinture/Atelier

Peintres congolais et haïtiens se rencontrent au Centre d\'Art

Sur une toile mesurant 4m de large X 72 cm de haut, des peintres congolais et haïtiens dessinent la paix. Ce tableau sera exposé bientôt au Congo.

Publié le 2005-02-17 | Le Nouvelliste

Peinture/Atelier Peintres congolais et haïtiens se rencontrent au Centre d\'Art Sur une toile mesurant 4m de large X 72 cm de haut, des peintres congolais et haïtiens dessinent la paix. Ce tableau sera exposé bientôt au Congo. Réunis au Centre d\'Art Haïtien de la rue Roy, du 10 au 17 février, des peintres haïtiens et congolais ont trempé leurs pinceaux dans les couleurs de la paix. Ils ont mis les bouchées doubles en vue de présenter une oeuvre collective qui mesure 4m de large X 72 cm de haut. Celle-ci sera exposée bientôt dans un musée de la République Démocratique du Congo. L\'oeuvre pour la paix porte les signatures de Dominique Bwalya, Schula Monsengo, Chéri Chérin, Jean Idélus Edmé, Préfète Duffaut, Ritji Pierre Louis, Etienne Chavane, Gracia Joseph et Lionel Paul. Des éléments symbolisant la paix sont mis en relief dans cette oeuvre collective : la colombe, une arme que l\'on veut briser à jamais, un pinceau magique qui dessine un cadre de paix, de sérénité et d\'harmonie. Les peintres populaires congolais, ces chroniqueurs de la réalité, ont l\'écriture qui leur démange le creux de la main quand ils peignent. Ils ont écrit sur la toile : « La paix en Haïti, l\'espoir du monde entier » ; « Unis pour l\'extinction du feu » ; « Mr Dialogue, Mme Tolérance » ; « La paix doit revenir dans le pays des mille collines ». Dominique Bwalya, un peintre Congolais qui peignait à chaud, nous a dit qu\'il est profondément « touché par les secousses de l\'instabilité, ici ». Il espère que les autres peintres, qui ont ouvert le Boulevard des Artistes au pays de l\'imaginaire, « vont continuer le message de la paix, puisque la paix doit régner au pays des mille collines ». Il appelle Haïti le pays des mille collines, et est fasciné par le morne l\'Hôpital tout proche. Le regard accroché dans le lointain, Bwalya nous fait remarquer qu\'il doit faire des kilomètres pour voir une montagne dans son pays. Une colline, dit-il, est un symbole de douceur, de tranquilité, de paix retrouvée. On est si proche des nuages et du ciel quand on contemple le monde à partir des hauteurs. Bwalya affirme que ce grand moment aura été pour lui le grand rendez-vous du donner et du reçevoir. « Le courant est passé très bien, nous sommes même électrisés par le style des peintres haïtiens et la manière dont ils peignent leurs masques ». Où a-t-il vu ces masques ? « J\'ai été dans les ateliers des artistes ». Le courant est si bien passé avec Shula Monsengo qu\'il fait le va-et-vient entre deux tableaux. « Celui-ci, je vais l\'offrir à un ami peintre haïtien ». L\'appel au dialogue Chéri Chérin est un peintre intarissable d\'humour. Debout devant la toile soutenue par un chevalet, il peaufine la tête d\'un porc. « Je peins un sujet de joie : la rencontre d\'un cheval et d\'un porc », nous dit Chérin. Les deux animaux s\'enlacent ; tandis qu\'à côté monte un soleil que Ritjie Pierre Louis, du courant Saint soleil, a fixé dans le décor. Deux toiles de Chéri Chérin sont accrochées à un mur. Elles attirent les commentaires des visiteurs. Nous invitons le peintre à continuer l\'interview devant « La cour des grands » et « La SAPE », deux oeuvres qui appellent au dialogue. « La cour des grands » frappent par son côté esthétique. Le mariage des couleurs est bien équilibré. Les couleurs s\'enchaînent, se fondent dans un ton apaisant et sourient au regard : le vert dominant, le bleu rayonnant, le jaune qui répond à son écho d\'un bout à l\'autre de la toile, le rouge vibrant qui flamboie met une vitalité dans le sujet. Chéri Chérin plante « La cour des grands » dans une forêt. Les animaux qui sont une allégorie de ceux qui gouvernent le monde sont assis. Ils s\'entendent entre eux pour exercer leur domination sur les peuples : le lion est prêt à croquer le monde, l\'aigle veille sur l\'urne symbolisant la démocratie, le renard pressé prend une allure d\'émissaire, une tête de négociateur à plein temps. Un extincteur est posé au sol, entre un chien et un porc. « J\'appelle cela la démoncratie. Les acteurs politiques sont les démons pour le peuple », dit Chéri Chérin avec une pointe ironique sur le conseil tenu par les animaux de la jungle. L\'artiste joue avec l\'harmonie des couleurs dans « SAPE ». Les gammes chromatiques sont très douces. Le vert et le rose, que découpe le blanc, sont pâles. Sur ce fond se détachent, en couleurs vives, des personnages d\'un chic écrasant. Il met en scène « le phénomène de la SAPE ». Chérin définit ce sigle: \"Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes. Les jeunes ont fait de la SAPE toute une religion. Ils dépensent leur argent pour bien paraître. Même s\'ils mangent mal, l\'essentiel c\'est d\'être à la page. Toutes leurs chaussures portent la griffe d\'une grande maison \". Quand on n\'est pas bien sapé au Congo on se sent exclu de la société. Mais qui a trouvé ce mot ? « C\'est Papa Wemba qui a trouvé ce mot. Avant lui, chacun s\'habillait à sa manière. On veut être comme lui, c\'est-à-dire, bien sapé». Dans ce cadre de mannequin, un homme porte une jupe et un corsage. Pour épater. Vous vous êtes habillé comme ça, Chérin ? « Moi aussi j\'avais osé m\'habiller comme ça ». Chérin se tord de rire dans son gros boubou africain. Préfète Duffaut continue à se concentrer sur sa ville imaginaire. Son pinceau caresse un bout de ciel de Jacmel : « Cette expérience m\'a permis de renaître de nouveau ». Il nous dit qu\'il a eu le temps de peindre deux tableaux. L\'un représentant un tambour assotor autour duquel gravite une ville, et l\'autre, trois bassins bleus comme le ciel. L\'atelier du Centre d\'Art donne l\'occasion à Préfète Duffaut de faire taire les méchantes langues. « Certains disent que je suis aveugle, que je ne peinds plus. Regarde ! C\'est bien moi qui ai peint ces deux tableaux à huile. Je vais les sécher au soleil ». Duffaut se dit heureux de retrouver les artistes du Congo dont les toiles expriment le vécu et l\'histoire de deux mondes si éloignés et si proches. Claude Bernard Sérant serantclaudebernard@yahoo.fr
Claude Bernard Sérant serantclaudebernard@yahoo.fr Auteur

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