Pour une dialectique de l'amour

Publié le 2005-02-11 | Le Nouvelliste

(Suite de l'article : «De la dialectique de l'amour» paru dans Le Nouvelliste en date du 12 au 15 février 2004, pp 10-11) Des fêtes de fin d'année aux festivités carnavalesques, de celles-ci à la Saint Valentin, les moments ensoleillés se succèdent mais ne ressemblent pas. Si la joie de la période de noël dans les pays sous-développés est consubstantielle à une tristesse économique béante caractérisée par les nombreuses dépenses qu'on effectue pour soi, pour son environnement immédiat et pour autrui, si la Saint Valentin devient de plus en plus un instant de l'année où les plus aisés économiquement s'enrichissent davantage au détriment des plus pauvres, la période carnavalesque pour sa part est surtout marquée par le nombre des blessés, des pertes en vie humaine, des grossesses involontaires et prématurées sans oublier les nouveaux infectés de maladies sexuellement transmissibles. La tristesse ne rate jamais l'occasion d'être le verso de cette page dont la joie est le recto. Disons de préférence que les contraires s'affrontent de façon sempiternelle. C'est ce que nous nous proposons de voir dans la radiographie de l'amour vécu comme un jeu d'affirmation, de négation et de négation de la négation. Car, tout comme une victoire acquise qui peut se transformer en défaite si des mesures ne sont pas prises en vue de la consolider, ceux-là qui s'aiment avec beaucoup de chaleur peuvent se séparer de façon fracassante si la natte relationnelle n'est pas impeccablement tissée. On peut s'aimer comme on peut se quitter et s'aimer encore répudiant le statu quo ante. L'amour peut nous porter à poser des actes positifs et vice versa. Celui qui sait qu'il est aimé a de très fortes chances de réussir dans ses initiatives. Sachant qu'on est aimé, on voit toujours le lendemain sous un angle coloré et la vie semble doubler de sens. Par exemple, face à des problèmes économiques aigus, quelqu'un peut bien vouloir se suicider, mais pensant à un être cher avec qui il partage ses sentiments, celui-là peut se raviser. Aussi, celui qui est amoureux peut-il donner l'air d'une personne méchante sans qu'il le soit essentiellement. Je connais un étudiant qui avait volontairement mis sa petite amie en pleine ceinture pour la simple raison que cette dernière avait réussi les examens finals de quatrième année qu'il avait lui-même ratés. Apparemment on dirait que cet étudiant n'aimait pas le progrès social de sa copine, ce qui n'est pas fondamentalement vrai. C'est au contraire par amour qu'il agissait ainsi. Se baignant dans la culture haïtienne, l'homme veut être généralement supérieur ou égal à sa femme et celle-ci se sent plus confortable si elle est inférieure ou égale à son partenaire. L'amour a ses bienfaits et ses méfaits. Il peut engendrer le bonheur et conduire à un état de misère morale. Un homme qui aperçoit un caillot sanguin au coup de sa femme sans qu'il ne sache l'origine, manifeste automatiquement un sentiment de dégoût à l'endroit de cette dernière. La jalousie l'envahit ; il se sent trahi par son autre moitié qui mettrait fin au contrat sentimental qu'ils ont signé. L'observation de cet indice couleur chocolat donne à l'homme l'impression que sa conjointe a vendu la clé de leur intimité. Il a le coeur brisé. Il peut haïr sa femme pour l'acte répréhensible qu'elle a posé tout en l'aimant encore pour les (autres) qualités intrinsèques et extrinsèques pour lesquelles il l'aimait. Les partenaires peuvent se tromper, se quitter pour une raison quelconque (souvent économique) et s'aimer encore au regard de la raison du sentiment. On peut s'aimer comme on peut se quitter et s'aimer encore. Un homme qui est informé d'une relation amoureuse parallèle impliquant sa femme et un autre homme, expérimente la douleur de l'infidélité. Il devient vulnérable. Son coeur est fêlé. Il devient méfiant à l'égard de toute autre femme. Il est l'objet de l'installation d'un sentiment de traumatisme chronique. En revanche, cette situation lui donne l'opportunité de contrôler son degré de vulnérabilité. Il a la possibilité, souffrant, de se connaître véritablement. C'est l'occasion pour lui d'évaluer ses forces et ses faiblesses en amour. Le fait d'être trompé peut amener l'homme à colmater ses brèches sentimentales pour ne plus réitérer ses anciennes erreurs dans le futur. Il devient un vieux de la vieille et saura toujours comment s'y prendre. Le fait d'être cocufié entraîne un état de réflexions profondes et la fixation des idées subséquentes sur du papier peut être très utile à l'humanité intellectuelle. L'amour et la haine sont deux sentiments pénétrants. Mais, on peut ne pas pouvoir les exprimer. On peut les enchaîner, les enfermer dans une cage. Les sentiments sont certaines fois en butte à diverses contraintes qui peuvent être d'ordres idéologique (politique ou religieux), socio-culturel, socio-éducatif, économique, géographique, générationnel, professionnel, moral etc. on peut être le siège d'un sentiment haineux, mais les exigences idéologiques, socio-professionnelles et certaines circonstances de la vie peuvent favoriser, dans la coquille de l'hypocrisie, la tenue de relations chaleureuses avec des gens qu'on n'aime nullement. La fête de l'amour peut être également celle de la haine sachant que nous sommes toujours face à l'impossibilité de lire de façon nette et sûre dans la pensée d'autrui. La fête de l'amour peut être aussi une fête de la mort. Un contact sexuel épanoui pourrait constituer le point de départ de sa mort si l'un des deux partenaires est porteur du virus d'une maladie incurable comme le sida. Aussi, connaît-on des sidéens qui transmettent leur maladie à des gens qu'ils disent aimer de peur de partir seuls vers la demeure du silence. On peut manifester de la violence face à une personne qu'on ne hait pas. La violence se trouve des fois au début et à la fin des relations sentimentales. Le vrai amour est souvent dégagé par un coup de foudre perçu comme un surgissement spontané et véhément du coeur. Mais, à la confrontation de l'être et du paraître (c'est-à-dire de ce qu'on prétend que la personne est et ce qu'elle est véritablement), le coup de foudre peut complètement perdre sa force. Donc, si la raison ne rime pas à la folie, la haine peut automatiquement s'installer comme dans un fauteuil immobile de façon irréversible. C'est ce qui nous amène à dire que toute relation amoureuse qui se veut durable doit se garder de dessiner ses matins par l'amour. Elle doit privilégier les bonnes attitudes, les actions et les gestes des gens de bien. Les relations sentimentales d'une longévité irréprochable sont généralement filles d'expériences ponctuées de raison. Mais, encore peut-on s'aimer dans le vrai sens du terme sans folie ? l'amour, est-il vraiment saisissable par les raisons de la raison ? Joyeuse fête Saint Valentin
Venus DARIUS Auteur

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