Un plan vert pour le développement d'Haïti

(suite, voir l'édition précédente)

Publié le 2005-02-11 | Le Nouvelliste

Agr. Pierre D. Sam 1. Nouveau Système Hospitalier C'est un système pyramidal avec des centres hospitaliers dans chaque chef-lieu de département géographique, un peu similaire au système actuel, mais ces centres seront bien équipés et capables de faire des traitements avancés. Pour ce, il y aura suffisamment de personnel: médecins, infirmières, résidents et étudiants, etc. Ici pourrait intervenir l'appui des hôpitaux étrangers qui voudraient créer des accords de parrainage; mais nous ne voudrions pas dépendre d'eux. Des centres encore plus développés appelés «Centres de Référence» seront placés à la Capitale, aux Cayes et au Cap-Haïtien. Ce dernier peut être établi avec la coopération de la Haitian American Bio-Medical Foundation qui déjà a fait les études la-dessus et avec la possibilité d'un siège au Cap. Les autres petits hôpitaux existants actuellement seraient transformés en dispensaires avec seulement la possibilité de faire la petite chirurgie. Pas d'hospitalisation de plus de 24 heures. Les cas compliqués seront immédiatement transférés ailleurs. Le transport par ambulance devra faire partie intégrante du plan. 2. La Médecine préventive Nous avions un système de service sanitaire qu'on a laissé tomber. Il faudra ressusciter ce système et l'améliorer avec des officiers sanitaires dans tout le pays. On établira des programmes de propagande pour instruire la population par radio, télévision et autre. La construction de latrines communales sera une priorité. Egalement la construction de stations de lessive et de bains publics. Le service sanitaire supervisera l'assainissement de marchés populaires et la qualité des provisions alimentaires. 3. La Médecine traditionnelle La médecine traditionnelle utilisant les plantes du pays sera encouragée, mais tout en excluant les pratiques superstitieuses qui ne font que retarder le transfert des cas difficiles vers les centres hospitaliers. Ceci sera du domaine de l'officier sanitaire chargé d'instruire la population. 4. Manufacture de médicaments Le système encouragera la manufacture des médicaments de base tels que la production de services, très facile à réaliser. De plus, on encouragera la mise en paquet des plantes médicinales comme ceci se fait en Chine. 5. Education médicale Un Comité extraordinaire sera créé pour évaluer la formation des professionnels médicaux à tous les niveaux et proposer des plans de réforme. V. Phases prévues Deux phases sont prévues pour l'exécution du Plan. 1) Une phase I de 2 ans pour initier les actions et commencer à former de façon intensive le personnel d'exécution. 2) Une Phase II de 3 ans pour arriver à la vitesse de croisière et confirmer le caractère réaliste de la stratégie adoptée et la validité des actions en cours d'exécution. La phase I: Contenu des actions/ exécution Avant d'arriver au contenu des actions de la phase I, il est approprié d'attirer l'attention sur certains paramètres à dominer et des choix y afférents à faire: a) L'assistance par la coopération externe aux programmes doit être désormais un supplément aux efforts nationaux et non un complément comme avant: c'est-à-dire que cette assistance, loin de se rapprocher de 70-80% d'avant, devrait osciller entre 15 et 40% dépendant des domaines d'intervention. Dans 60% des cas, cette assistance devrait être non «remboursable» vu qu'elle concerne les secteurs servant de stimulant à la production. b) Certaines activités devraient désormais être exécutées sur la base de «contrat de travail» à signer avec les groupes communautaires organisés afin de réduire les coûts d'investissements et assurer un niveau de permanence aux efforts locaux d'entretien et d'amélioration. Ceci devrait être le cas pour la construction (ou la réhabilitation) de routes secondaires, de blocs d'irrigation, de logements sociaux, de transport et de distribution agricole. c) La mise en train des programmes devrait être accompagnée (sinon précédée) par la mise au point, à l'échelon national d'un Fonds d'investissements à constituer à partir de contributions privées, d'achats d'actions privilégiées, de taxation et de prélèvements partiels des montants de taxes établies à l'exportation. Ce fonds devrait être géré par un groupe privé ou par les ONG du type de MUCI par exemple. d) Au niveau des départements, l'association des structures locales responsables aux efforts de mise en place des actions est primordiale et incontournable. La capacité des structures à participer devrait être encouragée et promue par un groupe ad hoc de haute fiabilité. Ceci devrait tendre non seulement à réduire les risques de paupérisation du monde rural, mais aussi à produire de vraies richesses nationales. Le support à la bonne gouvernance devrait en particulier inclure des fonds pour l'amélioration de la justice. A partir de ces remarques, analysons le contenu des actions par secteur: 1. Infrastructures Précisons qu'il s'agit d'actions concrètes, hautement productives et bénéficiant du niveau d'appui politique et psychologique donné comme prévu dans le CCI. Concernant l'infrastructure routière, elle se limite aux routes et ne considère le littoral que dans le cadre du tourisme, du transport de combustibles et de facilités d'assainissement des zones. Les choix seraient: e) La route Port-au-Prince - Hinche - Carrefour Grande-Rivière du Nord qui facilite le transport du manioc et des fruits tropicaux du Plateau Central vers d'autres marchés, le désenclavement de Saint-Raphaël vers le Nord et Gonaïves (commercialisation de légumes et d'épices). f) La route Port-au-Prince - Malpasse (frontière) et celle du Trou-du-Nord à Ouanaminthe (Dajabon) pour un programme concerté de tourisme avec la République Dominicaine. A inclure le système d'au moins 2 «shifts» (roulements) par jour. g) La route Gonaïves - Port-de-Paix pour la commercialisation des mangues, de la banane et des tubercules en plus de l'agro-industrie et de Port-de-Paix - Môle -Bombardopolis - Gonaïves. h) La réhabilitation de la route des Cayes - Jérémie pour la commercialisation du café, des bois d'oeuvre et des fruits. Autant que pour la liaison des marchés entre eux. i) La route Jacmel - Séguin pour l'appui aux systèmes d'irrigation de Cayes-Jacmel, valorisation des choux, de la banane, du café et de la pomme de terre en appui au tourisme. j) La mise en route du projet de Mirebalais - Pont Sondé (avec le BID) / Fonds déjà approuvé. k) La route Ennery - Saint-Michel de l'Attalaye pour la promotion et la commercialisation des avocats et du bois d'oeuvre. Infrastructure Maritime a) Un effort est à faire pour développer le transport de combustibles par voie maritime de Port-au-Prince vers le Nord-Ouest et Jérémie. b) Il serait souhaitable de développer l'utilisation d'un Ferry Boat de Lamentin vers Port-au-Prince (rade) pour faciliter le transport des ouvriers de Carrefour et des environs vers la zone industrielle de Port-au-Prince. Ceci pourrait aussi convenir aux écoliers et aux Madam-Sarah, en attendant que l'amélioration de la route prévue depuis longtemps puisse se faire. c) L'acquisition de bateaux-citernes de 1 à 2 millions de gallons serait souhaitable pour transporter le combustible des Iles Néerlandaises vers Haïti et de la bagasse vers cette même zone. Logements La construction de logements à bon marché est à considérer avec le financement du secteur privé. Ceci serait dirigé vers les familles à revenus moyens ($200-600 / mois) (Système location-vente). Ce programme doit travailler à une vraie promotion sociale des catégories nécessiteuses par la voie de «la participation réelle» et non démagogique. L'exonération des charges sociales serait à prévoir pour les jeunes, les infirmières, les instituteurs et les policiers nécessiteux sans exclusive d'autres catégories sociales en difficulté. En plus, il s'agira d'améliorer l'aspect physique des constructions rurales, avec l'aide des Casecs, en les rendant plus spacieuses. Dans le budget, un coût est à prévoir pour la modernisation des tribunaux dans les départements administratifs. 2. Education / Alphabétisation Ce programme est basé sur les travaux déjà réalisés avec la coopération de l'UNESCO et de la Banque Nationale. Il comprend certainement le programme de distribution de bourses d'études pour les enfants de familles nécessiteuses, en plus du support massif à l'alphabétisation. Cette dernière devrait se rapprocher du modèle mis en marche pour le Mexique / Taiwan et Cuba: une alphabétisation fonctionnelle. Ceci est devenu en l'an 2005 un impératif incontournable vu la vitesse de changement social et culturel observé dans les sphères des communes. Des programmes spéciaux d'encadrement de jeunes grâce au financement de leur implantation dans l'économie sont à prévoir. 3. Environnement La protection et la gestion de l'environnement représentent un secteur d'action primordiale, et même vitale pour Haïti. Les secteurs pourraient être aisément prévus dans le cadre des programmes bénéficiant du financement externe du système des Nations Unies à partir de la Conférence de Rio (1992). En plus des actions prévues sous le couvert du PAFT (Plan d'Action Forestier Tropical), on pourrait penser à la promotion de sources de substitution de l'énergie au foyer et dans l'industrie (300.000 foyers et 200 unités industrielles pour 2007-2009). Aussi à prévoir l'expansion des activités en cours sous l'égide des Nations Unies et celles prévues avec la Banque Mondiale (Pauvreté et développement). A ceci il faudrait rattacher la promotion de l'énergie solaire à développer avec OLADE et la mise en route du projet Hydro-Electrique de LAS DOS BOCAS avec la coopération dominicaine qui permettrait finalement à Haïti d'augmenter de 50 Mgn la responsabilité en énergie électrique nationale. A prévoir la coopération avec Israël. 4. Alimentation a) Il faut considérer la possibilité d'augmenter la capacité de satisfaction alimentaire du pays en réduisant à 10% le déficit actuel de 40% en assistant à la promotion de la production des tubercules et de l'agriculture. De plus, les revenus à provenir de cultures spéciales d'exportation (ricin, manioc, mangues) devraient permettre une plus grande commercialisation des céréales à travers le pays. Pour les zones marginales (Bombardopolis / Môle Saint-icolas), les programmes de fourniture d'aliments d'appoint et de la canne à sucre à côté de la promotion du bambou sur les bords des ravines et de la pêche pour amoindrir (sinon réduire) l'éventualité du déficit alimentaire chronique, la possibilité d'adopter une taxation sur les terres laissées incultes, (malgré leur qualité en termes de production vivrière et fruitière), serait à envisager. b) Le renforcement des systèmes d'irrigation à travers le pays devrait se réaliser pour augmenter la promotion d'haricot et de légume. Ceci inclut l'appui aux stations de pompage. (8-10.000ha). c) Ces activités sont à prévoir, en plus de l'apport alimentaire envisagé dans le cadre du programme d'urgence de correction des effets de l'embargo, suite aux misions humanitaires OEA / ONU et autres, de la crise de 2001. d) Des actions spécialisées sont à prévoir pour la modernisation d'une trentaine (30) de marchés ruraux dont la gestion devrait être laissée aux soins des communautés. Dans toutes ces actions, on devrait associer des organisations ayant fait preuve déjà d'efficacité et d'objectivité telles que CARE, UNICEF. 5. Santé Les programmes considérés sous cette rubrique sont complémentaires à ceux envisagés dans le cadre de la coopération avec la BID / PAHO / OMS / ET L'UNICEF et ceux envisagés par le CCI. a) L'idée de base serait de diriger les interventions vers la population infantile et maternelle dans les zones rurales et en périphérie de certaines villes biens choisies. Dans le cas de ces villes, l'idée serait d'augmenter le nombre d'ambulances affectées aux hôpitaux. L'idée est de mettre en place une médecine libérale, disponible à tous les niveaux de la société. A promouvoir donc la médecine scolaire, puisque la nation se rajeunit chaque année. b) Des Hôpitaux de chefs-lieux (Département), car le raffinement de l'Hôpital central sort des normes d'urgence. c) Par la suite, d'avoir une médecine du type social, surtout au 3ème niveau, avec des conditions minimales de travail (scolaires, d'Habitation). De plus, s'assurer de l'assistance étrangère (plus spéciale) pour faire adopter des hôpitaux avec des professeurs visiteurs. d) A établir des Hôpitaux de 3 catégories: 2) centraux, capables de faire toutes sortes d'opérations; 3) des hôpitaux avec ambulances; 4) des dispensaires. Une attention particulière sera accordée à la construction de stades sportifs pour promouvoir le sport chez les jeunes dans un objectif de développement physique et économique. Conclusion La mise en route des actions prévues à cette Phase I vise de façon particulière à créer des emplois en vue d'augmenter les capacités de consommation, de stimuler la reprise de l'économie, assurant de ce fait l'établissement d'un climat de stabilité sociale sans lequel la promotion des capitaux d'investissement resterait une vue dans l'esprit. La Phase I serait exécutée de façon à permettre de passer sans heurt à la Phase II. Phase II contenu des actions / exécution 1. Education et Formation Professionnelle En plus des programmes traditionnels prévus depuis quelques années avec la Banque Mondiale, le paquet sera mis dans les activités d'alphabétisation fonctionnelle dans toutes les zones. Ceci sera complété par des programmes orientés vers la formation professionnelle relative à l'agriculture, l'ébénisterie, la petite industrie, la ferronnerie, l'hydraulique, l'artisanat, la mécanique et l'électronique. L'action sera maximisée dans les zones à potentialité industrielle et agricole ou l'énergie électrique de base est disponible (hydroélectrique, thermique ou par génératrice) Une aide serait à accorder aux jeunes sur la base de la réussite pour stimuler les excellences dans le cadre des matières. De là, les bourses de formation. Dans des domaines liés à la productivité, au lieu de se limiter aux sciences sociales. (Objectif visé 20.000 entreprises). 2. Agriculture de Montagne Comme 72% de notre agriculture se pratique en montagne et que de là proviennent 80% des produits de base (exception faite de riz), il est indispensable que nos efforts ne se portent en particulier sur la technologie à appliquer sur ces pentes et qui devra être strictement du type «conservationiste» pour réduire les méfaits de l'érosion. Cette agriculture sera complètement diversifiée pour inclure désormais dans les plans d'exploitation d'autres activités culturales devenues actuellement plus rentables. Le tout, soutenu par un programme foncier offrant aux paysans la sécurité d'exploitation, favorisant des aménagements et la mise en oeuvre de système de cultures intensives mais non dégradantes. On peut y prévoir conséquemment: 1) La culture intensive des fruits et des fleurs dans les zones de Kenskoff, Furcy, Marmelade, Mirebalais, Plaisance, Dondon, La Vallée, Cavaillon, Beaumont, Fonds-des-Nègres. 2) L'introduction de la culture des épices à Saint-Raphaël, Port-Salut, La Gonâve. 3) La culture intensive de l'ananas sur les pentes de Miragoâne, Vialet, Sainte-Suzanne, Limbé, Trou-du-Nord, avec possibilité de développer l'agro-industrie et la culture du bambou sur les bords des ravins. 4) La culture industrielle de ricin pour la production d'huile (Plateau Central, Chansolme, Jean-Rabel, Montrouis, Saint-Marc) et celle du manioc en vue de l'agro-industrie. Les autres cultures traditionnelles suivront leurs cours avec pourtant un vigoureux effort sur l'amélioration de la qualité (café «gourmet» / cacao). De même une campagne intensive pour le reboisement systématique des montagnes, en agissant sur les ressorts de l'économie agricole paysanne. 3. Information et Télécommunications Avec l'arrivée du XXIe siècle, Haïti doit faire un effort considérable pour relier la ville à la campagne par un circuit national de radio et de télévision pour soutenir l'éducation des populations et la diffusion de l'information de 3ème vague (satellite / fax / ordinateur), pour le moins arrivons à la 2ème (presse, télévision, film, journaux). Les facilités téléphoniques doivent être amplifiées et étendues pour maintenir un contact avec les Haïtiens à l'extérieur et à travers le territoire. Effets induits Suite aux évaluations faites au 2ème et 5ème année, il doit être né un changement significatif dans le PIB qui reste un des objectifs majeurs de ce Plan de Développement.
Agr. Pierre D. Sam Auteur

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