Où va l'enseignement de la Médecine?

Quel va être le sort des malades haïtiens? (Opinions d'un Médecin d'un âge certain)

Publié le 2005-02-11 | Le Nouvelliste

Au cours de l'émission de 15 heures "Dim ma di ou" du mardi 11 janvier 2005 de Radio Kiskeya, deux médecins résidents en chirurgie à l'HUEH expliquèrent que l'une des causes de la grève paralysant l'institution depuis le mois de décembre 2004 (grève maintenant levée) était la décision ou l'intention du Ministère de la Santé Publique d'ouvrir aux médecins diplômés des facultés privées la possibilité de faire une résidence dans ce centre hospitalo-universitaire public. Quelques instants après la fin de l'émission, je reçus un appel téléphonique d'une dame qui, sans s'être identifiée, me disait ceci: "Docteur Bontemps, j'ai un fils qui est en 5ème année à la Faculté de Médecine de l'UNDH. Je l'y avais envoyé en grande partie à cause de vous dont le magazine «Haïtiens aujourd'hui», dans son No. Octobre-Novembre 1997, avait rapporté l'engagement envers cette institution. Que pouvez-vous me dire aujourd'hui au sujet de l'avenir de mon fils?" Et elle ferma la ligne sans me laisser l'opportunité de tenter la moindre explication. Cette interpellation, en dehors de certaines révélations que j'aurai à faire dans l'avenir, invite à des considérations bien spécifiques pour le moment. Dans cette émission radiophonique, ces Médecins formés à la Faculté de Médecine de l'UEH prétendaient être les seuls autorisés à postuler une résidence à l'HUEH. Et, sur les ondes des stations de radio, la voix d'une personnalité très hautement officielle leur donnait raison en spécifiant que ces médecins étaient en train de jouir "d'un droit acquis" (sic), parce que la loi créant l'Université d'Etat d'Haïti avait fait de l'HUEH l'hôpital de référence pour la Faculté de Médecine de l'HUEH, la seule qui existait à l'époque. Juridiquement, légalement, ce point de vue parait correct. Mais, au regard de la vraie justice et de l'équité, nous formulons des réserves sur le poids de cet argument. Car, avec quelles ressources fait-on marcher l'HUEH? En dehors de la contribution directe des patients, c'est bien avec les taxes et impôts payés par tous les Haïtiens généralement quelconques (riches, moins riches, pauvres, noirs, mulâtres, grimauds, citadins, paysans, parents d'étudiants des établissements publics et privés, etc...). Et alors, de quel droit ravir à un étudiant d'une institution privée l'opportunité de bénéficier des facilités des institutions publiques fonctionnant grâce à la contribution citoyenne de ses parents? Ceci n'est pas pour dédouaner les facultés privées de médecine de n'avoir pas fourni à leurs étudiants les conditions adéquates de stages cliniques pratiques. A ce compte, elles ont trompé, je dis bien trompé, leurs étudiants à qui la "marchandise" promise et payée n'a pas été intégralement livrée. Cela pose une question d'éthique que ces facultés privées ont à débattre avec leur conscience, en dehors du droit qu'ont leurs étudiants de réclamer ce qui leur est dû, et du devoir de l'Etat d'agir pour que les choses se fassent correctement suivant les normes. Toutefois, la situation étant ce qu'elle est, et en attendant que, de façon célère, les facultés privées se mettent en règle avec les exigences de l'enseignement supérieur qui stipulent les conditions pour un fonctionnement régulier, il faudrait envisager d'ouvrir l'accès à l'Internat et à la résidence à l'HUEH et dans les autres centres hospitalo-universitaires de l'Etat aux étudiants issus des Facultés privées. Il demeure entendu qu'on devra tenir compte du nombre d'étudiants par malade. A cet égard, je recommande la lecture de l'article intitulé "La situation à l'Hôpital Général, L'opinion d'un médecin", paru sous la plume de notre Confrère le Dr Frantz LARGE, ancien vice-président de l'Association Médicale Haïtienne, dans le No. 37085 (vendredi 28 au dimanche 30 janvier 2005) du Quotidien Le Nouvelliste. Article traduisant un sens de profond réalisme! Autre aspect moral de la question: Ces facultés privées ont ouvert leurs portes "non pour s'offrir le luxe de former quelques éléments d'élite de plus. Ces étudiants sont là parce que leur présence et leur formation correspondent à un besoin évident et urgent, sans compter l'heureuse opportunité offerte à beaucoup de jeunes avides d'apprendre, mais privés de débouchés par manque d'opportunités." (Réf. Discours du 15 novembre 1996 du Doyen Simphar Bontemps à l'ouverture de la Faculté de Médecine de l'UNDH au No. 6 de la rue Sapotille). Au moment où nous écrivons ces lignes, il y a près de 450 Médecins cubains avec d'autres dizaines de "Médecins sans Frontières" envoyés et travaillant ici pour aider à combler nos déficiences numériques en techniciens de santé. Ne ratons donc pas, à cause d'intérêts mesquins, l'occasion de former nos propres ouvriers dans ce domaine! Le Dr Yolette Naar DAMIER, Secrétaire de la Société Haïtienne d'Anesthésiologie, assistant-chef du service d'anesthésiologie à l'HUEH, médecin étranger attaché à l'Université Louis Pasteur de Strasbourg a écrit un article paru sous le titre "Va-t-on importer des Anesthésistes", voir le No. 37087 du 1er février 2005 du Nouvelliste), article qui est une sonnette d'alarme et qui mérite d'être très sérieusement écoutée pour décision immédiate à prendre afin d'éviter que cette alarme ne se convertisse en glas, le glas pour notre profession, le glas pour la nation. Je suis sur la pente descendante de la vie, mais avant que n'arrive mon tour d'être le passager de Charon, je ne suis pas personnellement menacé parce qu'il y a et il y aura sans doute encore assez d'anesthésiologistes et autres spécialistes compétents pour me prendre en charge, le cas échéant. Cependant, en tant que citoyen, en tant que père et grand-père, comment ne pas m'inquiéter de l'avenir de mon pays où ces enfants, toutes classes sociales confondues, (à part quelques exceptions), sont condamnés à vivre? Secouons-nous et ne versons pas dans une polémique où le débat est au ras du sol. (Dans le No. 37078 du Nouvelliste, l'UNIQ et l'UNDH "déclarent que l'origine du problème n'est autre que la peur de la concurrence qui a toujours habité certains compatriotes haïtiens, pointant du doigt le Doyen de la Faculté de Médecine de l'UEH".- En réponse, dans le No. 37082 du même quotidien, les médecins résidents de la FMP-UEH disent: "quand ils, les privés, auront régularisé leur situation, à ce moment-là, nous accepterons de les confronter à n'importe quel examen ou concours, parce que nous n'avons pas peur de la concurrence, mais ça doit se faire avec des concurrents qui soient à la hauteur"). Mes amis, élevons le débat! La question de la santé des malades exige, du point de vue éthique, le choix de certains termes traduisant, dans un débat, une certaine manière de penser. J'aurais été plus à l'aise si j'entendais parler de compétition et, mieux, d'émulation plutôt que de concurrence. A l'époque et à l'école où j'ai grandi, il était enseigné d'entrer en compétition beaucoup plus avec soi-même qu'avec les autres, -açon d'inviter à viser l'excellence. Le verbe "confronter" me chiffonne douleureusement. Elevons le débat, mes amis, en mettant les choses à leur vraie place! C'est, selon moi, à la fois injuste et inélégant de continuer à conférer au rectorat de l'UEH la responsabilité et le droit de juger souverainement les rectorats des universités privées. Que le gouvernement crée une instance supérieure relevant du Ministère de l'Education Nationale, appelée à gérer les problèmes de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche! Plaçant sur le même pied d'égalité tous les rectorats, cette Instance supérieure initierait avec eux et entre eux un dialogue serein, constructif, national, donc nonpartisan, d'où sortiraient des propositions et des solutions engageant tout le monde pour le bénéfice de tous. Ce faisant, le Gouvernement enlèverait une pomme de discorde qui n'est d'aucun profit pour le pays qui crie haut et fort: "ça suffit"!!! Bourdon Park - Dimanche 6 février 2005.
Dr Simphar Jh. BONTEMPS. Auteur

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