Réponse au Professeur Jean Marie Raymond Noël, membre du Conseil de l’Université d’État d’Haïti et à Frantz Duval, éditorialiste à Le Nouvelliste

En réaction au texte du Professeur Jean Marie Raymond Noël, membre du Conseil de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH), “Ayons le courage de dire non à l’indignité !” qui retrace les méandres électoraux de l’UEH dont les repères banalisent les justes contestations des récentes élections, et à l’édito “Laisser la patine de l’expérience rehausser la valeur des diplômes” faisant de la contestation une affaire de diplôme de doctorat (Le Nouvelliste, 23 mai 2016), le commentaire suivant corrige les mésinterprétations en montrant que l’essence des contestations n’est ni l’un ni l’autre de ce que prétendent ces deux textes.

En réaction au texte du Professeur Jean Marie Raymond Noël, membre du Conseil de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH), “Ayons le courage de dire non à l’indignité !” qui retrace les méandres électoraux de l’UEH dont les repères banalisent les justes contestations des récentes élections, et à l’édito “Laisser la patine de l’expérience rehausser la valeur des diplômes” faisant de la contestation une affaire de diplôme de doctorat (Le Nouvelliste, 23 mai 2016), le commentaire suivant corrige les mésinterprétations en montrant que l’essence des contestations n’est ni l’un ni l’autre de ce que prétendent ces deux textes. Les contestations reposent purement et simplement sur les violations flagrantes de la charte électorale. Soulignons tout d’abord trois faits importants relatifs au processus électoral enclenché en novembre 2015 : 1. Partialité de la Commission centrale électorale. Le dossier du candidat au poste de Recteur, Monsieur Fritz Deshommes, a bénéficié de la part de la Commission centrale électorale, d’un traitement de faveur, alors que ce candidat devait être éjecté de la liste des candidats agréés, puisqu’il n’est pas en mesure de présenter son diplôme de maîtrise, conformément aux dispositions de la charte électorale. 2. Violation du calendrier électoral par la Commission électorale. Ne respectant pas la date butoir de la publication de la liste provisoire des candidats agréés comme prévu dans le calendrier électoral rendu public, la Commission électorale a volontairement arrêté le processus pendant un mois pour faciliter au candidat la production d'une attestation devant certifier la véracité de son grade académique. Malgré tout, ce document officiel n'est pas signé du responsable ayant droit de signature (une violation flagrante de l'article 35, alinéa 1 de la charte électorale). 3. Violation de la charte électorale par la partie dite majoritaire du Conseil de l’université dans le but de favoriser certains candidats. La demande de différents membres du Conseil de l'Université de soumettre les dossiers de tous les candidats pour analyse a buté à un refus catégorique sous prétexte que cette demande remet en question la crédibilité de la Commission centrale électorale (CCE). ?? Techniquement, le candidat qui était dans l’impossibilité de soumettre son diplôme était disqualifié et sa candidature devait être rejetée. Mais, au mépris des règles, elle est retenue. Pour atténuer le tollé autour du processus vicié, d'autres candidats, ayant un déficit de décharge, ont été réintégrés dans la course, en violation de l'article 35, alinéa 11 de la charte électorale. Pour ne pas légitimer des élections illégales, certains candidats ont rejeté d'un revers de main cette faveur mielleuse. D'une indifférence glaciale face aux grognes de la communauté, la CCE, comme un papillon, butine les articles de la charte électorale en les violant, abuse de la confiance placée en elle en organisant les élections à son insu, contrairement aux prescrits de l'article 21, alinéa 7 qui exige la communication des activités relatives aux élections par la presse et par des affiches au sein de la communauté, et alinéa 9 exigeant la tenue des débats au sein des entités pour édifier la communauté de l'UEH directement et indirectement. Ne pas y répondre est encore une violation flagrante de la charte électorale. Aucun débat n’a été organisé dans aucune des entités de l’UEH. Le quorum exigé de 24 membres du Conseil de l’Université ne peut être justifié puisque le représentant des étudiants de la Faculté de droit et la représentante des professeurs de la Faculté de linguistique appliquée n’avaient pas la qualité pour participer au vote, leur mandat ayant expiré plusieurs mois avant la tenue de cette mascarade électorale. L'insolite est que les articles violés de la charte régissant les élections le sont plus d'une fois en même temps. Ce n'est donc pas une question de diplôme, ni de changement de règles, mais plutôt de déchirement de la charte électorale pour enfanter un Conseil exécutif calculé et illégal. Le collègue Raymond Noël croit qu’il est « injuste de parler de problème du scrutin ». Je soutiens que l’élection est illégale pour les raisons suivantes : 1. Le quorum de 24 membres n’a pas été constaté puisque deux des 24 personnes présentes dans la salle n’avaient pas la qualité pour participer à l’élection, leur mandat ayant expiré bien avant la date de cette forfaiture ; 2. Le doyen de l’INAGHEI aurait donné mandat à un étudiant pour voter à sa place. Cette acrobatie n’est prévue nulle part dans les dispositions de la charte électorale ; 3. Messieurs Fritz Deshommes, Jacques Blaise et Jacques Jovin n’ont pas soumis leur certificat de décharge, et ils ont été gardés sur la liste des candidats agréés en violation de la Constitution haïtienne, de la charte électorale de l’UEH et du décret du 23 novembre 2005 « établissant l’organisation et le fonctionnement de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif ». La Commission électorale de l’UEH n’a pas été capable de marcher sur les traces du Conseil électoral de Pierre-Louis Opont dans ce domaine ; 4. La candidature de Fritz Deshommes a été agréée sans que ce dernier ait présenté ni l’original ni la copie de son diplôme de maîtrise, cela, en violation de l’article 35 de la charte électorale qui stipule : « Le dossier de candidature comprend les pièces et documents suivants : 1) Les originaux et trois copies de tous diplômes, certificats ou titres obtenus ». Pourquoi la Commission électorale a-t-elle accordé un traitement de faveur au dossier d’un candidat, alors qu’on m’avait fait injonction d’apporter le 18 décembre 2015, à 7 h du soir, les originaux de mes diplômes, puisque j’avais omis de les ajouter au dossier ; 5. La Commission centrale électorale (CCE) a violé les règles qu’elle a elle-même édictées. En effet, la CCE avait fixé au 18 décembre 2015 la date limite pour compléter les dossiers de candidature manquants (voir ci-dessous la lettre qui m’avait été adressée le 14 décembre 2015, et extrait du calendrier remanié, le dernier en date). On a été surpris d’apprendre que Fritz Deshommes a soumis un document manquant le 19 janvier 2016, soit plus d’un mois après le délai fixé, et Monsieur Wilson Dorlus, secrétaire général de l’UEH, membre d’office de la CCE, a introduit ce document dans le dossier dudit candidat à l’insu des autres membres de la Commission électorale. Quelle indécence ! Encore qu’il s’agissait d’une attestation de scolarité et non du diplôme pouvant justifier de l’obtention par ledit candidat du grade académique exigé par la charte électorale ; Extrait du calendrier électoral remanié 6. J’ai été gardé sur la liste des candidats en dépit du retrait officiel de ma candidature depuis le 6 mars 2016. La Commission électorale soutient verbalement, puisque aucune correspondance responsive ne m’a été adressée, que je n’avais pas respecté le minimum de 15 jours avant la tenue du scrutin, prévu par l’article 44 de la charte électorale. Ceux qui savent compter pourront faire facilement le calcul du nombre de jours entre le 6 mars et le 17 mai 2016. C’est plutôt démentiel ! 7. Quelqu’un a été élu Recteur à la tête de la plus grande université du pays sans aucun diplôme. La communauté « UEHchienne » peut-elle accepter une telle gifle, une telle ignominie ? Consciente du coup fourré (inexistence du diplôme de maîtrise), la Commission électorale avait refusé catégoriquement de soumettre au Conseil de l’Université les dossiers des candidats, que le collègue Raymond Noël a été le premier à exiger. 8. La liste à jour des électeurs n’a pas été communiquée au candidat dans les limites de temps prévues par l’article 46 de la charte électorale. C’est ce qui a permis à des personnes qui n’avaient pas la qualité d’électeurs de voter. Contrairement à ce que le professeur RN veut insinuer, le groupe progressiste du CU ne soutient aucune politique de violence à l’UEH ; il encourage tout simplement une approche différente par rapport à la conjoncture et à la vision de l’université. En ce qui a trait à la crise, nous prônons le dialogue entre les différents protagonistes, mais un dialogue franc qui tienne compte des revendications de tous les groupes : étudiants, professeurs et administratifs. Quant à la vision de l’institution, nous soutenons l’idée d’une université qui soit aux mains d’universitaires et non de notables qui en font un cercle de copains et qui bloquent tout effort de réelles productions scientifiques. Ces notables trouvent normal que l’université d’État soit paralysée depuis plus de cinq mois et que rien ne soit fait par les autorités pour la sortir du bourbier. Les violations de la charte électorale constituent la véritable cause de cette malheureuse division qui règne au sein du Conseil de l’Université. Le professeur RN impute la crise à un manque « d’esprit démocratique et d’éthique », vains mots utilisés sciemment pour gommer la vérité. Le respect des règles est un principe élémentaire de la démocratie. Que ceux qui violent sans aucune vergogne la charte électorale et qui soutiennent des élections illégales essaient de se faire passer pour des défenseurs de la démocratie est tout simplement honteux et hideux. Ils profitent de l’ignorance relative de la population de la réalité de l’UEH pour s’adonner à une manipulation malsaine de l’opinion. Ils oublient que le moindre petit effort de recherche sur ce qu’est l’université au XXIe siècle suffira à les démasquer. L’UEH meurt à petit feu. La qualité de la représentation au niveau de l’instance suprême qui dirige l’institution, le CU, constitue un signe visible de cette léthargie. Pas de règlements généraux, pas de loi organique, pas de grille de salaires, pas de curriculum scientifiquement élaboré, pas de laboratoires de recherches, pas de recherches, pas de publications, pas d’infrastructures universitaires, régime d’étude anarchique, aucune politique pour donner de la visibilité à l’institution…Que des étudiants versent 25000, 50000, 75000 gourdes pour l’encadrement de leur mémoire, que deux ou trois séances de deux ou trois heures chacune valident des cours de trois crédits (45 heures), que professeurs, étudiants et administratifs soient tous les jours incommodés par les exhalaisons nauséabondes de l’environnement immédiat des espaces de travail, ce n’est pas le problème de ces notables qui prennent l’université en otage. Je tiens à rappeler au professeur RN que nous avions fait bon usage de la majorité dont nous disposions en 2012-2014. Nous avons réussi à faire adopter une loi organique et une grille de salaires pour le personnel enseignant. Ces deux documents ont été votés par le CU à l’unanimité presque. Force est cependant de constater que la majorité actuelle soutient les tenants du statu quo et l’ancien Conseil exécutif dans leur refus d’assurer le suivi de ces deux textes réglementaires, en transmettant le premier au Parlement et en cherchant les fonds indispensables à la mise en application du second. Notre majorité n’a jamais alimenté les situations de blocage à l’UEH ; nous avons plutôt contribué à désamorcer des crises sévissant dans diverses entités de l’UEH, notamment à l’ISERSS et à l’INAGHEI. Le professeur RN croit que les thuriféraires de la domination des notables ont gagné et que ceux qui défendent l’idée d’une université moderne ont perdu. Il s’agit là d’une vue étriquée de la réalité. On ne gagne jamais en violant la loi et en bafouant les droits des autres. Le groupe progressiste du CU ne se bat pas pour défendre des intérêts particuliers ; il souhaite apporter son modeste apport à la modernisation et au rayonnement de l’UEH. Les véritables perdants dans cette bataille ne pourront être que les étudiants et le pays. Nous continuerons cependant de faire tout ce qui dépendra de nous pour empêcher que l’UEH plonge dans les bas-fonds de la médiocrité. Quant à l’édito titré Laisser la patine de l’expérience rehausser la valeur des diplômes, je rappelle à l’auteur, Monsieur Frantz Duval, que l’expérience n’a pas à rehausser la valeur d’un diplôme de doctorat. Le jury de soutenance, formé de chercheurs chevronnés, est l’unique autorité capable de confirmer la valeur d’une recherche doctorale. Les procès-verbaux de soutenance, les remarques des rapporteurs, les mentions obtenues constituent les seuls documents de nature à justifier les compétences du chercheur. C’est de cette façon que fonctionne la recherche universitaire. Les critiques contre les docteurs sont tout à fait compréhensibles, puisque nous vivons dans une société qui ne réalise pas encore l’importance de la science dans la gestion de la chose publique, dans une société où n’importe qui peut s’improviser n’importe quoi, dans une société où l’ingénieur, le juriste, l’agronome, le médecin, le journaliste surtout … croient pouvoir parler de tout. Le déficit du diplôme de doctorat n’est pas à l’origine, comme l’écrit l’auteur de l’éditorial, des contestations de l’élection illégale organisée par la frange conservatrice du CU. Il constitue plutôt la principale explication à la réalisation de cette mascarade électorale, organisée clandestinement, dont l’objectif premier est d’étouffer dans l’œuf les efforts de réforme initiés en 2012-2013 et d’empêcher les transformations positives auxquelles pourraient donner lieu les idées nouvelles apportées par le groupe progressiste du CU, composé, contrairement à ce que colporte la propagande réactionnaire, d’étudiants et de professeurs détenteurs de maîtrise et de doctorat. Les fanatiques du statu quo ont mis en avant la question du doctorat pour rendre odieux aux yeux de l’opinion le groupe progressiste du CU. C’est une stratégie tout aussi inintelligente que curieuse. Comment comprendre que des dirigeants de l’université jettent l’anathème sur ce qui en fait la force, à savoir la recherche ? Pourquoi les efforts parfois surhumains pour l’obtention du grade de docteur deviennent-ils un crime ? On se ridiculise aux yeux des universités partenaires en posant au XXIe siècle le problème du doctorat en tant que grade académique pour accéder à certaines fonctions à l’Université. Ce principe étant devenu partout dans le monde un simple détail sur lequel aucune discussion n’est possible. Monsieur Duval a commis une grave erreur en écrivant : « Des universitaires bien intentionnés reprochent aux dirigeants de l’Université d’Etat d’Haïti de ne pas détenir de doctorat. De ne pas être à la hauteur pour diriger une institution qui forme des docteurs, de ne pas avoir la légitimité pour signer dans leur diplôme. Sur cette base et d’autres, ils contestent les dernières élections au sein de l’UEH. Contester une élection est un sport national ». Je conviens que ces affirmations sont globalement justes. Deux d’entre elles sont cependant des contre-vérités. La première contre-vérité consiste à dire que les contestations sont produites contre le fait que les dirigeants n’ont pas de doctorat. Comme je l’ai souligné plus haut, nulle part dans mon argumentaire il n’est question de contestations sur la base de défaut de diplôme de doctorat. Nous exigeons le respect de la charte électorale qui veut que, pour être recteur et vice-recteur, les candidats doivent produire les originaux de leurs diplômes de maîtrise. Condition que l’ancien vice-recteur ne remplit pas, puisqu’il se réfugie derrière cette parade facile : « Mon diplôme est égaré ». J’en profite pour reproduire les points sur lesquels portait la contestation qui a été acheminée au CU contre la mascarade électorale du 17 mai : « Les violations sont celles ci-dessous mentionnées: 1. Au dépôt de candidature, l’ex-vice-recteur à la Recherche, Monsieur Fritz Deshommes, était et est aujourd'hui encore dans l’impossibilité de présenter l’original de son diplôme de Maîtrise conformément aux prescrits des articles 33.3 et 35.1 de la charte électorale, et au calendrier électoral qui a été publié. Malgré cela, la Commission électorale l’a maintenu sur la liste des candidats agréés au mépris de 27 contestations qui ont été signées contre lui; 2. La Commission centrale électorale a violé le calendrier électoral, en publiant la liste des candidats provisoirement agréés le 29 janvier 2016, sans motif valable, alors que cela était initialement fixé au 29 décembre 2015; 3. L'article 46 de la charte électorale fait obligation à la Commission électorale de notifier à chaque candidat, 72 heures avant le lancement de la campagne électorale, la liste à jour des électeurs et leurs coordonnées. La liste des électeurs n'était pas mise à jour, avant les élections du 17 mai 2016, puisque Madame Nirvah Jean-Jacques déléguée des Professeurs de la Faculté de linguistique appliquée, et Monsieur Réginald François, délégué des étudiants de la Faculté de droit et des sciences économiques ont voté alors que leur mandat n'était plus valide. En conséquence, le quorum de 24 électeurs exigé pour la tenue de ce scrutin n'était pas atteint, car il n'y a pas eu 24 électeurs sur 36, mais 22 sur 36; 4. Le mandat de Madame Nirvah Jean-Jacques et celui de Monsieur Reginald François n'étant plus valides au 17 mai 2016, en les autorisant à voter, la Commission centrale électorale a expressément violé l'article 52 de la charte électorale. En conséquence, nous demandons au Conseil de l'université d'Etat d'Haïti, en recours hiérarchique, de corriger les violations susmentionnées liées au processus électoral et à la façon dont les élections du 17 mai 2016 ont eu lieu, dans un délai ne dépassant pas cinq jours, à compter de la date de la réception de la présente. (Voir Sommation adressée au Conseil de l’Université, le 23 mai 2016). Je veux croire que Monsieur Duval, dépourvu de bonnes informations, s’est trompé de bonne foi et qu’il a été induit en erreur par les défenseurs du statu quo. La seconde contre-vérité est celle d’affirmer que « contester est un sport national ». Ce qui constitue, à mon avis, un sport national c’est la violation systématique de la loi. Comme qui dirait que l’Haïtien est incapable de se laisser discipliner par la loi. J’ai entendu avec peine et tristesse un directeur d’opinion déclarer cette semaine que tel acteur politique s’accroche à la loi alors que ce qui compte en Haïti c’est la politique. La politique se pratique-t-elle en dehors d’un cadre légal ? Lorsque les règles sont bafouées, l’une des alternatives qui restent au citoyen, c’est la contestation qui est un acte légal. Je rappelle que la charte électorale de l’UEH et toutes les lois portant sur les processus électoraux prévoient en général une procédure de contestation. La violence contre la loi déteste toujours la contestation, seule ressource des opprimés. Les directeurs d’opinion auraient beaucoup aidé dans ce pays s’ils encourageaient le respect de la loi quels que puissent être les enjeux du moment. Je termine par quelques éléments de réponse à la question suivante de Monsieur Duval : « Qui aujourd’hui à l’Université d’État d’Haïti a un palmarès de succès et de réussite dans un domaine ou l’autre, à la tête d’une faculté ou d’un département, pour s’estimer à la hauteur de faire mieux que ses aînés ? » Cette question porte en elle un fonds de fatalisme qui suggère que l’UEH est condamnée à végéter encore plusieurs décennies dans la fange de la médiocrité. On sait que la situation n’est pas rose à l’UEH, elle n’est pas non plus aussi sombre qu’on a tendance à le claironner. Je donne ici quelques exemples d’efforts importants qui ont été faits et qui se rapportent à l’École normale supérieure (ENS). De l’indépendance aux années 2000, il n’y a pas eu cinq personnes détentrices d’un master de mathématiques ou de physique en Haïti. En 2013, 40 étudiants de l’ENS sont rentrés au pays avec leur diplôme de Master (20 en mathématiques et 20 en physique). Avec les faibles moyens dont l’école dispose, on a pu faire en deux ans ce que l’Etat haïtien n’a pas réalisé en plus de 200 ans. Succès ou non ? De nombreux autres étudiants reviennent après avoir parachevé leurs études de master ou de doctorat dans différents domaines. L’unique docteur en physique du pays est un étudiant de l’ENS qui est rentré au pays en 2014. Il vient de créer à l’ENS un master de physique et travaille à la mise en place d’un laboratoire de recherches en environnement et énergie. Le campus Henry Christophe de Limonade n’aurait pas pu ouvrir ses portes sans les programmes de maîtrise de l’École normale supérieure. On estime à plus de 80% le nombre de normaliens entrant dans la composition du corps professoral de ce campus. Succès ou non de l’ENS ? Le premier laboratoire de recherches de l’UEH est créé à l’ENS en juillet 2012. Ce laboratoire implémente actuellement un projet de recherches intitulé « Port-au-Prince : entre vulnérabilités et croissance urbaine, construction d’une capitale caribéenne ». D’un montant de 500,000.00 euros, ce projet est financé par l’Union européenne et mis en œuvre par plusieurs laboratoire de recherches : LADMA (ENS), CRAPU (Uniq), LADYSS (UnivParis8), EPFL (Lausanne, Suisse). Succès ou non ? Je n’ai pas la prétention de pouvoir mieux faire que les aînés, j’ai fourni ces informations pour appuyer l’idée que tout n’est pas sombre à l’UEH et que les changements sont possibles. Il n’y a pas de conflit de génération à l’UEH comme la mauvaise foi tente de le faire croire ; il existe plutôt des intérêts puissants qui impliquent toutes les générations, et qui s’opposent à toute tentative de réforme et aux idées franchement universitaires.