Le poids démographique des jeunes à l’échelle mondiale ne cesse de soulever des préoccupations face aux nouveaux défis concernant la population et le développement. Autant que les aspirations de cette catégorie de la population mondiale ne sont pas figées, autant que l’intervention des acteurs politico-administratifs des pays en développement à l’endroit de ce groupe reste mitigée. Car, de la nécessité d’investir dans un enseignement de qualité répondant aux besoins du marché du travail, vers la mise en place d’un mécanisme d’information et de service de santé procréative et sexuelle, les actions publiques en direction de la jeunesse restent encore à la marge de leurs bénéficiaires finaux.
Depuis des décennies, l’éventail des politiques en faveur de la jeunesse s’est diminué suite à l’adoption et l’application des politiques économiques néolibérales dans les pays en développement . La jeunesse de ces dits pays n’est plus attributaire des droits fondamentaux, notamment le droit au travail. Le droit d’accès à un travail est inaliénable et inhérent à l’être humain, l’État doit s’efforcer d’assurer la jouissance effective de ce droit fondamental . Pourtant les politiques de jeunesse ne produisent guère ce satisfecit. Les derniers soulèvements réalisés, au cours de la semaine écoulée, à l’Avenue Christophe dans les environs des facultés de l’Université d’État d’Haïti (UEH) ne traduisent-ils pas le mécontentement, la frustration des jeunes (étudiants) face à l’ineffectivité des dispositions constitutionnelles en la matière ? Quel est le goulot d’étranglement des différentes interventions publiques à l’égard des jeunes? Est-ce une catégorisation de la population reposant sur des enjeux de lutte entre génération ?
La jeunesse est une frange marginale de la population des pays en développement. En Haïti, la jeunesse et sa précarisation économique restent incontestées . Les réels besoins des jeunes, leurs intérêts ne sont que rarement relayés par une mise sur l’agenda politique. En effet, depuis plus de deux (02) décennies, l’intervention publique en direction de la jeunesse présente un dilemme assez controversé. D’abord, il apparaît presque impossible de penser les politiques de jeunesse comme un réel secteur de l’action publique. Ensuite la discussion, autour de la méthodologie d’identification de la population cible des actions publiques à l’endroit des jeunes, est probante. Les politiques publiques à l’endroit des jeunes sont-elles sectorielles ou catégorielles ? Pourrait-on adopter une démarche intégrée, transversale et multisectorielle pour apprécier et diagnostiquer la mise en œuvre des politiques de jeunesse en Haïti ? La préférence d’un instrument de politiques de jeunesse à un autre n’est-elle pas la résultante de l’«ordre des choses» établi ?
Généralement, les politiques de jeunesse revêtent une logique d’assistance. Cet appui du pouvoir public à l’égard des jeunes ne représente-il pas l’un des facteurs de nuisance non conforme aux desiderata de cette catégorie de la population ? Cette assistance n’est-elle pas inscrite dans une démarche de contrôle social ? Les jeunes appartiennent aux catégories envisagées, généralement comme menaçantes pour l’ordre social. L’établissement de cet ordre social n’est-il pas la résultante d’un rapport d’historicité entre les acteurs politico-administratifs et la société , voire une catégorie sociale spécifique : les jeunes ? Pour garder ce statu quo, les pouvoirs publics mettent en place des actions fallacieuses d’insertion et d’intégration, en lieu et place d’un mécanisme pouvant faciliter l’AFFIRMATION des jeunes dans la société.
Ce papier n’a pas la prétention d’apporter des éléments de réponse à ses différentes préoccupations mais de soulever le débat autour de la problématique de la jeunesse haïtienne dans une autre dimension. Car, au-delà de ce constat peu reluisant relatif à l’existant de la jeunesse haïtienne et l’effet des actions publiques à leur endroit, nous remarquons que la population présente un ratio de dépendance (rapport entre la population active et la population non active) très élevé, alors que le pays s’approche du point où un dividende démographique est possible . Il reste donc à se demander si la conception des politiques de jeunesse en Haïti endosse l’évolution des différents stades démographiques. L’intervention publique en direction de la jeunesse vise-t-elle les effets de ce dividende démographique ?
Des pistes de réflexion sur l’existant de la jeunesse haïtienne
Le poids démographique des jeunes à l’échelle mondiale ne cesse de soulever des préoccupations face aux nouveaux défis concernant la population et le développement.