Le Nouveau Contrat Social : Levons quelques malentendus

Publié le 2005-02-04 | Le Nouvelliste

Suite à la présentation de la démarche et des documents d'accompagnement du Nouveau Contrat Social par le Groupe des 184 au Karibe Convention Center le 15 Janvier 2005, nous avons reçu plusieurs commentaires et notes d'encouragement. Nous profitons de cette occasion pour remercier tous ceux et celles qui appuient nos efforts pour impulser une nouvelle dynamique de cohésion nationale. Nous avons reçu aussi quelques remarques critiques qui indiquent que certains malentendus persistent encore quant à la compréhension de notre démarche d'élaboration du Contrat Social. Dans le cadre d'un débat public on ne se méfie, en effet, jamais assez des malentendus éventuels. Ce sont d'abord eux qu'il s'agira ici pour nous de bien circonscrire pour que, tel un capitaine mieux avisé, nous maintenions le cap et poursuivions le voyage avec une persévérance redoublée. Le premier malentendu tient à la définition même du Contrat Social qui n'est pas compris comme ce minimum consensuel à construire aujourd'hui, demain et après demain, c'est-à-dire ce corpus de convictions communes, de principes partagés et de certitudes admises qui fournissent à une société sa cohésion. Consensus qui, rappelons-le, n'exclut en rien des zones de non consensus indispensables à la vitalité du débat démocratique. Dès sa formation, c'est-à-dire au début de l'année 2003, nous avons, au Groupe des 184+, convenu que le Contrat Social serait un contenu, certes, mais surtout et d'abord une dynamique. Pourquoi? Parce que dans une société comme la nôtre qui s'est construite sur la profonde exclusion d'une majorité de citoyens et de citoyennes, le principe du débat participatif et inclusif se devait d'être inscrit au coeur même de la démarche du Contrat Social. Principe que nous avons décliné sur quatre niveaux: -au sein même des secteurs des 184; -dans les plateformes des départements et de la diaspora; -dans les secteurs et dans les secteurs entre eux; -dans la société au sens large. Le Contrat Social n'est donc pas un ouvrage encyclopédique ni un docte imposé d'en haut pour épater une galerie d'intellectuels. Nous sommes, certes, partis d'un diagnostic dressé par des spécialistes dont on ne saurait mettre en doute une compétence que nous saluons ici une fois de plus. Ces diagnostics ont porté sur cinq grands axes: le politique, l'économique, le social, le culturel et le spatial. Mais comme une société est formée d'hommes et de femmes qui ont une histoire et une culture, ces spécialistes ont préalablement revisité notre histoire et certains de nos fondements culturels. Ce premier document, que nous appelons document de référence, fera l'objet d'une publication et sera disponible prochainement. Il a un caractère scientifique, universitaire et ne saurait, en aucun cas, constituer le Contrat Social. Les auteurs de ces présentations ont d'entrée de jeu accepté, en toute connaissance de cause et en toute modestie, d'intégrer une dynamique qui les a précédés et qui forcément est allée au-delà d'eux. Le Contrat Social n'est ni une thèse professorale pointue ni un écrit pour érudit. Sa validité veut qu'elle fonde sa source dans un autre terreau de parole. Parce que si les thèses doctorales et les écrits savants pouvaient créer le lien social, cela se saurait et on en aurait déjà senti les effets positifs en Haïti où tant d'écrits et de rapports ont été produits depuis deux cents ans. Mais surtout qu'on ne s'y méprenne pas: nous ne comptons alimenter aucune dérive populiste toujours prompte à engranger des discours anti-intellectuelles et anti-universitaires. Nous défendons la nécessité, l'urgence d'un renouveau de l'université pour qu'elle joue pleinement son rôle, qu'elle s'ouvre et se renouvelle en vue de relever les deux défis majeurs de la modernisation et de la mondialisation. Le deuxième document mis à la disposition du public est la mise en perspective à la fois des communications des ateliers-diagnostics et des débats en créole qui les ont suivis avec tous les secteurs des 184 (les droits humains, les paysans, les socioprofessionnels, le secteur privé, les femmes, le secteur civique, les syndicats, le secteur privé des affaires, les organisations populaires...). Ce document reflète les préoccupations consensuelles des secteurs et a un caractère PROVISOIRE comme mentionné dans la page d'introduction et sert avant tout à donner une impulsion à un débat plus large comme il a commencé à le faire avec le secteur syndical, des associations de jeunes et d'étudiants, des organisations du secteur populaire et dans les plateformes. Dans ces dernières, ces débats ont été initiés avec succès et se poursuivront dans les mois à venir avec des animateurs formés à cet effet. Les demandes quotidiennes que nous recevons, témoignent de l'intérêt des citoyens et citoyennes pour intégrer cette dynamique qui avant tout leur laisse la parole. Dès la fin du mois de février ou au début du mois de mars, seront aussi organisés d'autres forums afin que le débat continue de prendre corps sous une autre forme à travers d'autres créneaux. Un petit guide d'utilisation pédagogique en créole et en français de ces mises en perspective, servira aussi d'outil de vulgarisation à plus grande échelle. La brochure de Contrat Social, elle aussi très simple, sera le produit final de cette consultation que nous voulons régionale, sectorielle et intersectorielle et non précisément celui d'analyses intellectuelles imposées d'en haut. Dans un pays qui connaît très peu la culture du débat participatif et inclusif, c'est-à-dire celle de la négociation et du compromis, amener une telle dynamique vers un aboutissement serait déjà une petite révolution. Petit guide pédagogique, brochure de Contrat Social simplifié ou retour sur des lieux communs. Doit-on rappeler que bien des textes fondateurs des sociétés modernes sont des ramassis de lieux communs. Qu'il s'agisse de la Déclaration des Droits de l'homme et du Citoyen, du Bill of Rights ou même des Dix Commandements. Mais leur force tient à la formidable poussée sociale qui les a mis à jour et à la dynamique d'appropriation qui les a soutenus tout au long de ces siècles. La Déclaration des Droits de l'homme et du Citoyen n'a-t-elle pas, en effet, fondé la culture politique, économique et sociale de la France moderne et même partiellement celle de l'Europe? En l'an 2001, il a encore servi de rempart contre les déferlements racistes de Le Pen après le premier tour des élections présidentielles. Elle sert encore aujourd'hui de référence à tous les débats autour des grandes questions sociales, politiques et économiques. Martin Luther King a fait avancer le combat pour l'égalité pour les hommes de couleur à partir des principes inscrits au coeur même du Bill of Rights aux Etats-Unis d'Amérique. Le Bill of Rights continue lui aussi, après deux siècles, d'être le texte fondateur de ce vaste pays. Et quoi de plus banal et de plus plat que les Dix Commandements des chrétiens?. Il fait pourtant tourner le monde Occidental depuis deux millénaires. Nous franchirions un très grand pas si, à force de débats, de nouveaux lieux communs investissent enfin l'espace de nos esprits, et pourquoi pas de nos coeurs, et se transforment en convictions et engagements pour que nous renouvellions certains de nos lieux communs fondateurs aujourd'hui obsolètes voire suicidaires : »Depi nan ginen nèg rayi nèg », « Koupe tèt, boule kay ». Nous ne nous situons pas dans une logique de rivalité avec d'autres acteurs engagés dans un processus de dialogue. Les 184+ se sont constitués sur le principe d'un dialogue ouvert et constructif de larges secteurs dans un pays où certains d'entre eux n'avaient jamais été exposés les uns aux autres. L'apprentissage du dialogue, exercice difficile, est donc chez nous quotidien. De plus, nous n'avons jamais dévié de la méthodologie adoptée dès le départ et qui a toujours été de favoriser au-delà de la proposition d'un contenu, une participation des organisations de base et des associations, elles aussi de base, dans les plateformes régionales et dans les secteurs pour une appropriation et une adhésion. Tant mieux, si les promoteurs de la conférence nationale souveraine ont modifié leur méthodologie de départ qui se limitait strictement à une convocation des autorités de haut, pour s'orienter aussi vers une formule de consultation vers les groupes de base. Tant mieux, si le Comité du Bicentenaire, nommé par le gouvernement et avec les moyens mis à sa disposition, a non seulement prôné mais réalisé, en un laps de temps record, la plus grande consultation à la base de ce pays. Nous serons plus nombreux à inscrire nos actions citoyennes dans une logique participative. Le pays certainement ne s'en portera que mieux. «Car le seul vrai malheur serait la prétention. Mais tout est permis, si l'on demeure dans cette humilité: de tracer le chemin qu'on peut, avec la part de clarté qu'on a, pour se tenir à hauteur d'homme, prêt à entendre toute parole qui nous mènera plus loin.»
Pour le Groupe 184 Anthony Barbier, Secrétaire Exécutif Yanick Lahens, Responsable des activités du Contrat Social Auteur

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