A défaut d'une vision de développement, le secteur industriel s'accroche au HERO Act

Publié le 2005-01-28 | Le Nouvelliste

Une dizaine d'entreprises de l'industrie d'assemblage ont fermé la porte occasionnant un déficit d'environ cinq (5) mille emplois dans un pays déjà miné par le chômage. Tel est le bilan de l'Association des Industriels d'Haïti (ADIH) pour l'année 2004 marquée particulièrement par une crise politique aiguë et l'insécurité. Ces facteurs ont contribué à affaiblir le secteur industriel, notamment le texile qui se trouve au bord de l'asphyxie. Malgré l'apport du gouvernement intérimaire aux entreprises touchées par le saccage, le pillage et l'incendie qui ont accompagné les événements du 29 février 2004 en Haïti, l'industrie nationale haïtienne, encore plus fébrile qu'auparavant, n'est pas prête à retrouver son lustre. Et ceci, en dépit de l'optimisme de la présidente de l'ADIH, Mme Marie-Claude Bayard, qui persiste à croire que le gouvernement américain finira par tendre la main au secteur de l'assemblage haïtien. En effet, nous confie-t-elle, depuis plus de deux ans, l'ADIH poursuit des démarches auprès de l'Administration et du Congrès américains pour l'adoption d'une législation (le HERO Act) devant procurer au pays des avantages appréciables dans le domaine de l'export et surtout de l'assemblage textile. Les industriels haïtiens misent beaucoup sur ce projet qui, pensent-ils, va permettre la création de dizaines de milliers d'emplois, des investissements importants dans le domaine textile et par ricochet dans le domaine de la construction. Présenté au Congrès américain dans le courant de l'année 2004, le HERO Act a subi des modifications au niveau de son contenu et de son appellation par la Chambre des représentants qui a opté pour le HOPE en lieu et place du HERO Act. Le HOPE que Mme Bayard considère comme une version diluée du HERO Act aurait tendance à élargir la sphère des demandes suggérées dans le HERO Act tout en diminuant les avantages qu'offrirait cette législation. Marie-Claude Bayard fait savoir que les industriels haïtiens travaillent avec les députés américains sur la possibilité de fondre les deux versions afin d'arriver à un projet qui serait accepté par les deux branches du Congrès, le "HERO-HOPE Act." La survie du secteur industriel, à en croire la présidente de l'ADIH, tient beaucoup du vote par le Congrès du HERO-HOPE Act. «Les prochaines semaines seront très cruciales pour nous», a laissé entendre Mme Bayard qui souligne que beaucoup de correspondances et de démarches sont en train d'être menées dans cette perspective, même le président de la République serait prêt à donner son appui politique pour faire avancer le dossier. Elle affirme en outre n'être en mesure d'avancer aucun delai pour la ratification du HERO Act par le Congrès américain, précise toutefois que "si d'ici le mois de juin tout n'est pas réglé, nous serons en perte de vitesse". Cependant, beaucoup de paramètres semblent jouer à la défaveur des industriels haïtiens en ce qui a trait au vote de cette législation avantageuse pour l'industrie de l'assemblage haïtienne, par le Congrès américain. Tout d'abord, malgré tout l'intérêt porté à cette question dans le milieu industriel haïtien, l'Administration américaine semble en faire fi dans ses grandes préoccupations. Au dernier trimestre de l'année 2004, alors que la question s'agitait beaucoup dans le milieu, les autorités américaines prétextaient les élections présidentielles du 2 novembre pour ne pas donner suite à un sujet que le secteur textile américain ne voit pas d'un bon oeil. Plus près encore, les déclarations du nouveau Secrétaire d'Etat américain Condoleezza Rice, relayées par l'éditorialiste de Mélodie FM, Marcus Garcia, dans son édition du 27 janvier concernant le HERO Act, ne sont guère rassurantes. En effet, interrogée sur Haïti, particulièrement sur le HERO Act. lors de son audition devant le Sénat américain, pour la ratification de sa nomination comme Secrétaire d'Etat américain le mardi 26 janvier en cours, Condoleezza Rice a répondu: «Nous pensons qu'à ce niveau, la meilleure chose pour Haïti est de travailler à tirer le plus d'avantages possibles du "Caribbean Bassin Initiative (CBI); travailler avec eux pour créer autant d'emplois que possible. En second lieu, Haïti bénéficiera aussi de ce qui se passe au niveau du commerce en Amérique Latine, si le CAFTA est ratifié». - D'un autre côté, devant la menace que constitue une trop grande ouverture du marché américain pour l'industrie textile de ce pays, les responsables réfléchiront mille fois avant de donner leur feu vert au HERO Act. D'autant que, le secteur textile américain n'est pas du tout compétitif face aux puissances en devenir que sont la Chine, l'Inde ou l'Indonésie, etc reconnait Mme Marie-Claude Bayard. Cela risque d'être pire encore avec la fin du système des quotas depuis le 1er janvier 2005. D'ailleurs, au cours de l'année 2004, où le système des quotas était encore de mise, le taux des exportations chinoises vers les Etats-Unis a crû de plus de 100%, a indiqué le numéro 1 de l'ADJH, soit de 6 à 17%. Une drôle de coincidence, ironise la présidente de l'ADIH, que le pays considéré comme étant le moins démocratique, la Chine, soit celui qui bénéficie de la part du lion dans l'élimination du systéme des quotas décidée par les Etats Unis d'Amérique, le pays le plus démocratique. L'élimination des quotas est loin d'être une aubaine pour les pays à faible production comme Haïti, selon Marie Claude Bayard qui croit que le seul avantage dont nous disposons dans ce nouvel ordre mondial est notre position géographique par rapport au marché américain. - La non implication de la grande majorité de la population haïtienne dans le projet de cette législation pourrait être un autre handicap à sa réalisation. Les initiateurs de ce projet ne semblent pas intéressés à informer voire intégrer la grande majorité dans cette démarche. Alors que, fort souvent, dans des entreprises de ce genre, la participation de la population se révèle un moyen de pression efficace. A l'instar de tous les analystes ayant déjà réfléchi sur la situation d'Haïti, la présidente de l'ADIH admet que les problèmes majeurs auquels font face le pays découlent d'un manque de vision pour le développement. Elle souligne que même le secteur de l'industrie doit travailler à l'élaboration d'une vision de développement de ce secteur. Car, admet Mme Bayard, «nous sommes le pays le plus pauvre de l'Amérique, aujourd'hui nous devons réaliser l'état de nos faiblesses et nous fixer des objectifs de développement qui nous permettront de poser des jalons». Cela exige, avant tout, des prérequis indispensables qui sont, selon Mme Bayard: la stabilité politique, la sécurité et le désir généralisé d'aller ensemble vers un objectif commun. Dans cette optique, elle applaudit et encourage l'initiative du ministère du Commerce et de l'Industrie de créer un atelier sur la filière textile. Déjà une commission est formée au sein de l'ADIH dont la mission consiste à développer une vision pour le secteur textile, informe Marie-Claude Bayard. L'ADIH ne cessera jamais de condamner la crise qui a secoué l'administration douanière au cours de l'été dernier. Cette grève que Mme Bayard assimile à un assassinat économique, a lancé un signal tellement négatif que des investisseurs qui voulaient encore braver la situation politique d'Haïti, pour venir investir dans le pays, ont changé d'avis. Et le vice-président au Social à l'ADIH, Dr Ronald Laroche d'ajouter que "quand une économie subit des soubresauts de cette importance où une institution comme la douane faillit à sa mission, l'investisseur, lui, décide de se retirer. Et même quand le service reprend à la douane, les commandes qui étaient destinées à Haïti partent vers d'autres cieux plus cléments". Suite à cet événement, deux industries américaines de confection de vêtements (Sara Lee et Guilden) qui envisageaient de s'installer en Haïti, se sont dirigées vers la République Dominicaine, nous ont appris les responsables de l'ADIH. Mme Bayard recommande, entre autres, aux autorités haïtienne de mettre en place des alliances stratégiques avec la République voisine en vue d'arriver à un système de douane capable de gérer les mouvements des containers de tissus de la République Dominicaine vers Haïti. L'ADIH en a profité pour annoncer sa participation à la première session du Forum Chine-Caraïbe de coopération commerciale et économique qui se tiendra du 2 au 5 février prochain à Kingston, Jamaïque, à l'initiative du gouvernement de la République populaire de Chine. A ce forum où seront exposés de nombreux produits commerciaux et industriels chinois, les industriels haïtiens profiteront pour établir des contacts et essayer de conclure des accords d'affaires au bénéfice de l'industrie et du pays, a relaté la présidente de l'ADIH. Le Nouvelliste couvrira la première session du Forum Chine-Caraïbes. Johnny César fera le déplacement à titre d'envoyé spécial à Kingston.
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