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Haïti peut booster adéquatement son économie, tout commence par une réforme de sa banque centrale

Publié le 2016-03-14 | lenouvelliste.com

Quand je suis rentré dans le système bancaire en février 1979, la banque des banques s’appelait la Banque nationale de la République d’Haïti (BNRH). Elle jouait le rôle de banque centrale de l’État et aussi un rôle de banque commerciale. La même année, en août 1979, feu le président Jean-Claude Duvalier allait scinder la BNRH et créer deux banques : 1) La banque de la République d’Haïti (BRH) connue comme la banque centrale et 2) La Banque nationale de crédit (BNC) tout simplement une banque commerciale. J’ai vu la création de la BNC, suivi sa faillite et sa résurrection. La BRH, banque centrale, banque de l’État est aussi le prêteur en dernier ressort. En dernier ressort, ceci pouvait se comprendre aisément, car, à l’époque, la quasi-totalité des banques étaient des succursales de banques étrangères. Je cite de mémoire : • les banques américaines : la Citibank, la Banque de Boston, la Banque de Chicago; • deux succursales de Banques canadiennes : la Banque Royale du Canada (BRC); et La Banque de Nouvelle Ecosse (Scotiabank BNS); • la Banque Nationale de Paris (BNP); • les banques haïtiennes : La banque colombo-haïtienne, la Banque populaire haïtienne (BPH) et la Banque de l’union haïtienne (BUH). Des années plus tard, la Banque de crédit immobilier (BCI) allait voir le jour. À partir du milieu des années 1980, une banque haïtienne nouvellement créée reprend les opérations de la Banque royale du Canada et, vers le début des années 1990, il ne va y rester que seulement deux succursales de banques étrangères : une américaine, la Citibank et une canadienne, la Scotiabank. Plusieurs banques haïtiennes vont voir le jour surtout pendant la période du coup d’État 1991-1994. Certaines auront la vie d’une rose comme la Métro banque et d’autres comme la Promobank,la Banque intercontinentale, la Socabank seront absorbées par de plus robustes. La BCI abandonnera sa vocation immobilière pour se convertir en banque commerciale. Comment, dans cet environnement bancaire composé en majorité de banques locales, la banque centrale, BRH, peut-elle rester toujours le prêteur en dernier ressort et laisser dans la pratique toute l’initiative de détermination des taux du marché aux banques commerciales haïtiennes et ceci jusqu’au taux de change que les cambistes, les banques, les supermarchés, les magasins et même l’ambassade américaine etc…déterminent à leur guise? La banque centrale devrait être de préférence le prêteur par excellence. Au lieu d’être le prêteur par excellence des banques commerciales, c’est le contraire qui se pratique depuis 1995. Le gouverneur Lesly Delatour a introduit les bons BRH, une «forme de prêt » qu’on dit être un des instruments monétaires de la BRH et qui procure d’alléchants revenus aux banques commerciales (jusqu’à 25% l’an à un moment de la durée). La banque centrale, comme prêteur par excellence, prêterait de préférence aux banques commerciales à des taux extrêmement bas pour ne pas dire nuls et les banques elles-mêmes financeraient les secteurs de production porteurs de l’économie et en accord avec les politiques et objectifs nationaux. C’est le taux d’intérêt pratiqué dans une économie qui détermine sa robustesse et sa vigueur. Ainsi la BRH aurait l’initiative et l’autorité des taux pratiqués dans l’économie. Les bas taux boostent l’économie et incitent à l’initiative entrepreneuriale. Ceci éviterait aussi aux banques commerciales les situations de non-liquidité. Ultérieurement, je montrerai les avantages que ceci aurait sur le taux de change de la gourde qui se renforcerait face au dollar américain (jeu de l’offre et de la demande), car les prêts en gourdes devenant plus alléchants diminueraient la demande de prêts en dollars et du coup sa proportion dans le portefeuille prêt des banques commerciales. Il y a encore tant d’autres pratiques que la banque centrale devrait abandonner, mais on y reviendra. Cette obligation légale par exemple de financer le déficit budgétaire jusqu'à concurrence de 20 % des recettes de l’exercice précédent devrait être révisée par le Parlement. Il est plus que temps qu’un gouvernement transparent puisse se financer sur le marché en créant des bons du Trésor, des obligations disponibles au public aux guichets de toutes les banques. Si nos banquiers centraux se demandent : comment allons-nous faire ça ? Je leur répondrai : question d’examen et à très bientôt.
Guy Laudé
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