Frantz-Antoine Leconte, professeur de littérature française et de culture haitienne à City University of New york

Portrait-Entretien

Publié le 2005-02-22 | Le Nouvelliste

- Camille Ratia* : En quelle année avez-vous quitté Haïti ? - Frantz-Antoine Leconte : Je crois que c\'était à la fin de l\'été 1970. Je suis entré aux États-Unis, j\'ai vécu à New York pendant un certain nombre d\'années. Et bien sûr, à Brooklyn. J\'aime beaucoup Brooklyn, à cause de certains de mes parents, des attractions et des places publiques. Brooklyn, pour moi ce n\'était pas si mal, comparé aux autres grandes zones telles que Manhattan, la capitale du monde au point de vue culturel et économique, le Bronx, Queens et Staten Island qui semblait être au bout du monde. Mais j\'aimais beaucoup Brooklyn. Il y avait un panorama tout à fait familier, et les gens sont un peu plus sympathiques que ceux de Manhattan et d\'ailleurs. Je me suis habitué à ce nouvel environnement. C.R. : Pourquoi êtes-vous parti d\'Haïti ? F.L. : Il y a une multiplicité de raisons. D\'abord, il y avait un problème politique. C\'est vrai que j\'étais encore très jeune, mais tous mes amis, ou presque, étaient impliqués en politique. Ils appartenaient à un groupe quelconque de l\'opposition. Et sous François Duvalier, c\'était la façon la plus rapide de mourir. On parle de dictature dans certains pays, mais on ne peut jamais savoir ce que c\'est vraiment cette grande pesanteur dictatoriale duvaliérienne sans l\'avoir vécue dans son monde, dans sa chair. Après avoir vu disparaître des amis et des parents, on savait que son tour viendrait finalement. Alors j\'ai dû laisser le pays. Ensuite, j\'avais d\'autres projets, comme par exemple les études. Aux Etats-Unis, on peut étudier et travailler, même à temps partiel. En Haïti, à une certaine époque, et particulièrement sous la dictature duvaliérienne, si l\'on n\'était pas affilié au gouvernement, on n\'était même pas autorisé à faire quoi que ce soit. On devrait connaître des gens du gouvernement. Mais c\'était un gouvernement corrompu et génocidaire auquel il n\'était pas question de s\'y associer . C.R. : Vous aviez quel âge à cette époque ? F.L. : Je dirais 22 ans. CR : Avez-vous pris seul la décision de partir ou est-ce quelqu\'un de l\'extérieur qui a pris la décision ? FL : Les deux à la fois parce que j\'avais des parents ici, aux États-Unis, mais je pensais partir d\'Haïti. On ne se rend pas compte, mais il y a un traumatisme qui demeure chez tous ceux qui ont vécu sous la dictature de Duvalier. Parfois, l\'air à Port-au-Prince et dans les provinces était vraiment irrespirable. A la radio gouvernementale,on avait une chanson qui faisait allusion à un incendie qui embrasait le pays. Et, chaque fois que l\'on entendait ça, on savait vraiment qu\'il y aurait des ennuis,sinon,une catastrophe. Ça rendait chaque fois l\'angoisse un peu plus fort. On savait que des gens le lendemain ou le même jour allaient disparaître. C.R. : Les États-Unis se sont immédiatement imposés comme destination, ou vous pensiez également à d\'autres pays ? F.L. : J\'avais d\'abord pensé à la France car j\'avais des amis là-bas. Et puis c\'était un peu la mode, la tradition, d\'aller en Europe, et particulièrement en France. Bien sûr, j\'ai des amis qui sont allés en Belgique, en Suisse et au Canada, mais je crois que la plupart d\'entre eux se sont rendus en France. Donc, j\'ai pensé à la France, mais je savais déjà qu\'il serait peut-être plus facile pour moi de rentrer aux États-Unis parce que j\'avais des parents aux États-Unis, alors qu\'en France, je n\'avais que des amis. Ensuite, le train de vie que l\'on a en France est différent de celui des États-Unis. Aux États-Unis, vous avez cette possibilité, quelque mince soit-elle, de travailler pendant le week-end, de pouvoir couvrir certaines factures et de faire rentrer les parents. Mais en France, je ne suis pas sûr. Pour ma part c\'est simplement parce que j\'avais des parents à New York. Et c\'était plus facile pour moi de faire rentrer ma mère à New York.Mais, j\'aurai opté pour la France, si j\'avais eu les moyens. C.R. : Etes-vous parti avec l\'optique de revenir en Haïti juste après vos études ? F.L. : Je savais dès mon départ qu\'il serait très difficile d\'y revenir. Premièrement, l\'horizon socio-politique n\'encourageait pas ce genre d\'entreprise, c\'est-à-dire de revenir au pays natal. Ce n\'est pas qu\'on ne voulait pas, qu\'on n\'aurait pas préféré revoir des parents et des amis qui y étaient encore. Mais c\'était très dangereux, car au début des années 1970, il était très difficile de visiter Haïti et de ne pas être identifié immédiatement comme faisant partie de l\'opposition. Il y a beaucoup de gens qui sont partis des États-Unis pour visiter leurs parents en Haïti et qui n\'y sont jamais retournés. Ils ont été pris dès l\'aéroport. La deuxième raison, c\'est que je pensais faire carrière dans l\'enseignement universitaire. Aux États-Unis, c\'était réalisable à cette époque, mais maintenant, on ne peut pas vraiment enseigner à l\'université sans avoir un doctorat. Et le cycle d\'études qui conduit au Doctorat est interminable. Pour pouvoir écrire une thèse et réussir les examens oraux, il faut vraiment plancher pendant des années. C.R. : Quand êtes-vous retourné en Haïti pour la première fois ? F.L. : J\'avais promis que je ne reviendrais pas en Haïti sous la dictature de Duvalier. J\'ai tenu parole. J\'ai passé plus de 22 ans à l\'extérieur sans jamais mettre les pieds au pays. D\'ailleurs, vous allez penser que c\'est une blague ; mais, ça aurait pu tourner au vinaigre : en laissant Haïti en 1970, sur la passerelle de l\'avion, j\'ai fait le signe de la croix, comme si c\'était une délivrance, quelque chose d\'inouïe, je crevais de bonheur. J\'ai failli même pleurer. C\'est vrai . Mais pouvoir quitter l\'Haïti des Duvalier provoquait une très grande joie irrépressible. Je suis retourné en Haïti en 1991, immédiatement après les élections qui nous ont valu Jean-Bertrand Aristide. Mais l\'atmosphère socio-politique était un peu chaotique. Il y avait des manifestations dans les rues chaque jour. J\'ai beaucoup pleuré la première fois que j\'y suis retourné, parce que j\'ai vu qu\'il y avait une nette dégradation de la situation, du point de vue de l\'économie, de la structure du pays et même de la capitale. Par exemple, en empruntant une rue qui conduisait tout près de chez moi, les larmes me sont venues aux yeux parce qu\'il n\'y avait pas d\'électricité dans les rues. L\'Haïti que j\'ai revue après 22 ans d\'absence, c\'était une sorte de no man\'s land. Des populations entières ont subi un déplacement, les gens de province sont venus à la capitale, et les gens de la capitale sont partis à l\'étranger. En Haïti, ou du moins dans la capitale que j\'ai connue (si on essaie bien sur d\'omettre l\'atmosphère politique qui régnait lorsque je vivais en Haïti l\'année de mon départ), il y avait des voisins, on connaissait tout le monde. On pouvait parler à tout le monde, même si on se méfiait un peu. Quand je suis revenu là-bas, il n\'y avait que des étrangers. Phénomène social oblige, il y a eu une très forte mutation, les gens ne se connaissaient plus. On avait l\'impression de vivre sur une terre inconnue où chaque maison était une île. Ça m\'a fait beaucoup de peine. C.R. : Vous n\'avez pas du tout retrouvé l\'Haïti que vous aviez connue ? F.L. : Je sais que je ne vais jamais la retrouver parce que trop de choses ont changé. Les populations ont subi un déplacement tragique, pathétique, et à un certain moment, ceux qui pensaient à un avenir meilleur devait penser aussi aller ailleurs, parce que Haïti ne pouvait vraiment pas le leur offrir. C.R. : Votre retour en 1991 était un hasard ou lié aux évènements politiques ? F.L. : J\'ai d\'abord voulu revoir le pays, j\'ai voulu revoir des amis et les lieux. Et Duvalier n\'était plus. Je pensais qu\'il y aurait un changement assez radical. Je pensais qu\'on arriverait finalement à la démocratie. Bien sur, c\'est une transition qui n\'en finit jamais, jusqu\'à présent, ça perdure, et pour le moment, je ne suis pas très optimiste. Mais je crois qu\'après la chute de Duvalier, c\'était une bouffée d\'air frais. On pouvait espérer qu\'il y aurait enfin la démocratie, même lentement. On pensait qu\'il y aurait un grand changement, le progrès dans presque tous les domaines de la vie nationale, l\'éducation, la santé, l\'écologie, l\'énergie, etc. Mais ça s\'aggrave, ça ne s\'améliore pas du tout. C.R. : Etes vous retourné en Haïti depuis ? F.L. : Oui, j\'ai participé à des colloques en Haïti. Mais je n\'ai pas vu de grands changements en Haïti depuis le premier choc initial. Depuis 1991, Haïti creuse dans la même direction : grande crise énergétique, érosion, problèmes aigus dans le domaine de la santé, de l\'économie, de l\'éducation et une violence meurtrière omniprésente. Cela empire, malheureusement. Je regrette de le dire, mais . C\'est mon pays. Je l\'aime charnellement, c\'est vrai. Mais je crois que ça empire. C.R. : Lorsque vous êtes retourné en Haïti, aviez-vous l\'intention de vous y installer à nouveau ? F.L. : Non, je n\'en avais pas l\'intention car je ne pouvais quitter le système universitaire sans avoir un autre plan pour survivre. J\'ai travaillé trop dur pour m\'y intégrer. J\'ai passé plus d\'une douzaine d\'années à l\'université à enseigner à temps partiel. J\'ai finalement été embauché à plein temps. Je pouvais travailler comme tout le monde donc je ne pouvais pas laisser tomber. Pour être professeur titulaire, il faut d\'abord attendre cinq ans. On vous donne un contrat et durant ces cinq années là, vous avez des inspections dans chacune de vos classes chaque semestre. On vous demande de participer à des conférences, de faire des communications, d\'écrire des articles et de publier des livres etc. Donc déclarer forfait après toutes ces années d\'effort ?Tout abandonner pour se rapatrier ? Il ne fallait pas se faire hara-kiri en un sens. Naturellement, ce n\'est pas un projet que j\'élimine. Mais je crois que si je devais penser à regagner mon pays natal, ce serait peut-être dans quelques années, lorsque j\'aurai accompli les projets sur lesquels je travaille maintenant. Et il faudrait que je consulte d\'abord ma famille. J\'ai des attaches et je dois réfléchir un peu avant de pouvoir réaliser ça. Mais je n\'élimine pas cette possibilité. J\'y pense, mais en même temps, Je pense aussi rester aux États-Unis, où j\'aurai une mission : participer à la promotion de la culture haïtienne. C\'est tout à fait fondamental. J\'enseigne déjà la culture haïtienne à l\'université, un cours sur « culture et civilisation d\'Haïti », pour prendre le contrepoids de tout ce qui a été dit sur Haïti. Lorsque vous associez les termes « civilisation » et « Haïti », les gens éprouvent un choc. Mais oui, mon pays est civilisé ! Vous savez vraiment ce que cela veut dire « civilisation » ? Haïti est tout à fait civilisé ! Et il y a des manifestations de cette civilisation partout, même dans des pays d\'Amérique Centrale, et même aux États-Unis. Haïti est un pays qui a consenti des sacrifices assez lourds pour pouvoir libérer d\'autres terres. Ça ne s\'oublie pas ! C\'est déjà un concept central de civilisation. C.R. : En quoi vous sentez-vous utile ici ? F.L. : L\'éducateur est toujours utile en société Je suis toujours fier des étudiants haïtiens qui se perçoivent un peu comme des ambassadeurs de leur culture, de leur pays. Voilà pourquoi je participe également au club haïtien dont je suis le conseiller. Le système universitaire municipal est généreux en un sens. Nous avons à peu près 82 clubs. j\'encourage tout le monde à organiser des activités culturelles. J\'essaie de développer un processus qui nous permettrait de passer le flambeau. J\'appartiens à cette génération d\'Haïtiens qui n\'ont pas vraiment la même vision du monde que tout le monde. Même si certains étudiants ne sont pas haitiano-américains, mais beaucoup plus américano-haïtiens, ce n\'est pas nécessairement une catastrophe. Je crois que les valeurs des Haïtiens de la seconde génération sont d\'abord d\'ordre états-unisien, et il subsiste au sommet cette haïtianité, qui est un peu trop fragile. Tandis que pour moi, c\'est le contraire, ce qui implique une façon de vivre accrochée aux normes culturelles haïtiennes. Il y a des répercussions sur nos actions personnelles, nos projets personnels qui répondent aux besoins d\'une génération. C\'est ce qui nous distingue. Et pour coexister, il faut trouver plus de choses qui puissent nous relier plutôt que de nous séparer. Il y a des choses qui nous unissent , mais beaucoup nous séparent déjà. C\'est, par exemple, difficile au niveau de la langue. Je m\'exprime en créole et en français. L\'anglais, je m\'y habitue après une trentaine d\'années. Mais le français et le créole, ça fait partie de ma culture,de mon patrimoine. C\'est différent. Lorsque je parle français ou créole je n\'y pense pas, ça vient comme ça, de manière automatique. C.R. : Vous parlez d\'haïtianité, comment définissez-vous ce terme ? F.L. : Je n\'ai pas un grand concept de ce qu\'est l\'haïtianité. Mais je crois que si l\'on vient d\'une terre qui vous a vu faire vos premiers pas, où vous avez tout appris, où vous êtes allé à l\'école, où vous vous êtes fait vos premiers amis, où vous avez eu vos premières amours, c\'est quelque chose qui crée un attachement tout à fait charnel à tous les domaines de la vie dès l\'enfance. C\'est comme l\'air que je respire. On demeure toujours tributaire de cette terre. C\'est comme si vous deviez quelque chose à cette terre. Voilà comment je me sens Haïtien. Je me sens Haïtien non pas simplement parce que j\'aime la culture haïtienne, mais parce que je suis un produit de la culture haïtienne. Comme tel, je suis fier de faire la promotion, d\'assurer la transmission de cette culture, et bien sûr, de promouvoir un peu plus de respect et de reconnaissance envers cette culture là. J\'aimerai que les jeunes de la seconde génération puissent éprouver de la reconnaissance envers Haïti autant que moi. Mais, je sais que c\'est presque impossible. Haïti, qu\'on le veuille ou non, c\'est un petit pays qui ne mérite pas cette sempiternelle diabolisation, nous sommes d\'accord là-dessus. Historiquement et de manière intellectuelle, Haïti est un pays qui mérite beaucoup de considération, malgré des dérives séculaires.Haïti a publié pendant plusieurs années un plus grand nombre de livres que toutes les Antilles réunies, et même, parfois, beaucoup plus que le Canada. Voilà pourquoi je dis que Haïti, c\'est un paradoxe. On dit plutôt que c\'est un échec, un désastre économique. En revanche, on relève un résultat élogieux, sinon éblouissant sur le plan culturel, que cela soit en littérature, en musique, en peinture, en sculpture, en art, et maintenant avec le cinéma. C.R. : Comment et quelle culture transmettez-vous ? F.L. : Lorsque les étudiants organisent une petite surprise-partie pour le club par exemple, ils font d\'abord un défilé de mode, ce qui n\'est pas tout à fait haïtien. On est obligé de composer avec cette forme culturelle. Ceux ou celles qui participent à ce défilé, pourquoi est-ce qu\'ils ne porteraient pas les couleurs haïtiennes ? Pourquoi pas, par exemple, les couleurs du drapeau ? Même s\'il est paradoxal de voir quelqu\'un défiler avec les couleurs du drapeau. Parfois, les gens de ma génération peuvent dire : « Ah, vous savez, les couleurs du drapeau, c\'est sacré, il ne faut pas les mêler à des choses mondaines ». Mais je crois que c\'est un peu exagéré. Ils feront toujours des dérapages,vaut mieux les orienter. Ils ont un drapeau haïtien par exemple au club. Ils ont appris à chanter l\'hymne national. Ils ont appris des périodes de leur histoire. Ils ont appris à inviter des gens qui parlent de culture, d\'histoire, de littérature haïtiennes. Ils incorporent donc Haïti au sein même de toutes leurs activités. Concernant la transmission des aspects historiques, culturels et même physiques d\'Haïti, j\'aimerais que les étudiants haïtiens, dans le système universitaire municipal de New York, apprennent à propager, à faire la promotion de leur culture avec dignité. Et,ils réussissent en partie. C.R. : Avec votre famille, comment se passe cette transmission de culture ? F.L. : Mes enfants ne veulent pas entendre parler du français. Ils ont manifesté un léger intérêt envers le créole. Ils ne parlent pas créole couramment comme moi, mais ils le comprennent. Et puis il y a la musique. J\'écoute beaucoup de musique et ils l\'écoutent avec moi. Mes parents sont Haïtiens, j\'ai beaucoup d\'amis Haïtiens, donc ils s\'intéressent tout simplement à Haïti. D\'ailleurs, ils ont fait le voyage avec moi la première fois et ils se sont amusés. Ils me demandent toujours : « Dady, quand est-ce qu\'on retourne là-bas, il faut y aller ! ». Mais j\'hésite un peu à cause de l\'insécurité. Ce sont des jeunes, il faudrait leur faire comprendre qu\'il ne faut pas marcher dans les rues à une certaine heure par exemple. Il faudrait les surveiller parce que l\'atmosphère qui prévaut maintenant ne se prête pas vraiment.à la sociabilité proverbiale des Haïtiens. C.R. : Est-ce que vous employez le terme « diaspora » ? F.L. : Je comprends le terme « diaspora », mais je ne l\'aime pas, peut-être par réflexe plus que par réflexion. J\'appartiens à l\'intelligentsia haïtienne qui se trouve à l\'extérieur, j\'écris beaucoup, j\'ai publié une thèse. Si on lisait cette thèse sans connaître l\'auteur, on ne pourrait relever un attachement profond au pays puisque ça n\'a rien à voir avec Haïti. La tradition de l\'ennui splénétique en France(1) était ma thèse de doctorat. Après, j\'ai publié 1492, le Viol du Nouveau Monde(2) . Ça concerne les Antilles, ça concerne l\'Amérique, Haïti en particulier. J\'ai publié La République(3) , qui est une pièce qui n\'a pas encore été jouée, dont on a monté quelques scènes ici et là. Ça concerne encore le Tiers-Monde et Haïti. J\'ai publié «En grandissant sous Duvalier» (4). Ça concerne particulièrement Haïti. J\'ai publié Haïti, le vaudou au troisième millénaire (5) , qui concerne la conception du vaudou tel qu\'il est pratiqué en Haïti et traduit avec un collègue La Montagne ensorcelée de Jacques Roumain(6). Lorsque j\'écris, j\'ai l\'impression de toujours participer à une sorte de démystification, de « démythologisation » des choses qui sont publiées sur Haïti. Par exemple, il y a encore beaucoup de gens en Occident qui pensent que les Haïtiens sont des petits diables qui sucent le sang des autres la nuit ! Il y a beaucoup d\'histoires de sorcellerie qui sont profondément attachées à la culture haïtienne. D\'ailleurs, un jour, un pasteur américain a dit : « Vous savez, Haïti ne pourra jamais atteindre un développement acceptable parce qu\'il y a 200 ans depuis que les Haïtiens ont vendu leur âme au démon ! ». Et le public qui écoutait a applaudi. Voilà pourquoi j\'écris : j\'ai l\'impression de démontrer quelque chose, d\'enseigner quelque chose :les enseignants se proposent toujours une mission didactique. Certainement Je n\'aime pas employer le vocable diaspora. D\'après ceux qui vivent au pays, cela désigne des gens hors d\'Haïti qui ne sont pas concernés par le destin collectif. Je n\'aime pas les clichés de ce genre, je ne fais pas partie du dixième département, non-plus. Je vis aux États-Unis, et je fais tout ce que je peux pour apporter une meilleure image de mon pays, revoir la «démonisation» qui pèse sur Haïti de tout son poids. Le manque de développement est un constat d\'évidence en Haïti, je le sais, je le vois de manière quotidienne. Je crois que le mal d\'Haïti provient de deux grandes sphères. Il y a des facteurs d\'ordre international, mais il y a également des facteurs endogènes. Il faut être logique, il faut être plus ou moins objectif, ne pas tomber dans la subjectivité nationaliste qui nous fait dire des bêtises. C.R. : Est-il vrai que le terme « diaspora » a une connotation péjorative, et est-ce pour cela que vous ne voulez pas l\'employer ? F.L. : Si on ne fait pas attention, on entre dans une polémique sans le savoir. Il y a des gens au pays qui vous appellent « dyaspora ». Ça veut dire que vous vivez en dehors du pays, ça veut dire que vous êtes tout à fait déconnecté, que vous ne savez rien de ce qui se passe à l\'intérieur, que vous êtes complètement ignorant, coupé de votre pays, mais que vous voulez leur imposer votre savoir, votre façon de vivre à ceux qui vivent encore en Haïti. Voilà pourquoi je parle de réflexe, en réaction à ce concept de diaspora qui est appliqué en Haïti et qui implique une connotation péjorative. Mais si on disait « la diaspora haïtienne » avec l\'acception courante française, j\'accepterais volontiers puisque je ne vis pas en Haïti, et je sais que je ne vais pas vivre en Haïti dans les prochaines années. C\'est un projet, mais un projet d\'avenir.J\'accepte le concept français et je rejette le concept haïtien. C.R. : Vous avez ressenti une tension avec les Haïtiens restés en Haïti quand vous y êtes retourné ? F.L. : Malheureusement oui. L\'Haitian Studies Association a organisé des colloques pendant plusieurs années en Haïti. Un soir, je déambulais près du palais national avec deux américains. Nous parlions anglais. Nous sommes passés près d\'un groupe, sans faire vraiment attention. Ils nous ont regardé d\'un air assez bizarre, et ils nous ont dit « Ah, on parle anglais sur les détritus ? ». C\'était une menace. Lorsqu\'on a jeté un petit regard vers eux, on n\'était pas tout à fait rassurés, il n\'y avait pas d\'agent de sécurité, ni de policier, il n\'y avait personne dans la rue. On ne s\'est pas senti en sécurité, parce que le fait de dire « vous parlez anglais sur un tas d\'ordures », ça peut vouloir dire que vous appartenez à un milieu aisé, mais que vous avez le culot de rentrer dans ce pays et de venir montrer vos avoirs, le fait que vous vivez ailleurs, que peut-être, de manière financière, vous êtes dans une bien meilleure position ou situation, etc. J\'ai également failli être le témoin de scènes où le sang aurait pu couler. Par exemple, j\'ai vu quelqu\'un menacer de tuer un autre pour deux dollars. Il a pris un marteau pour frapper l\'autre en plein jour comme ça.S\'il n\'y avait pas des gens armés qui assuraient la sécurité de l\'hôtel, je crois que l\'un d\'entre eux serait mort. Et pour une bagatelle, deux dollars ! C.R. : Pensez-vous que l\'on peut parler de nation haïtienne aujourd\'hui, et si oui, comment la définiriez-vous? F.L. : Je me méfie un peu des définitions, peut-être parce que je passe tout mon temps à travailler avec elles. Il n\'y a pas de petite formule heureuse qui nous permettrait d\'enfermer tout ce qu\'on veut.Une nation se réfère presque toujours à une grande communauté humaine installée sur un même territoire.Et,les habitants possèdent en commun une unité historique,linguistique,culturelle et économique. Cependant, lorsque l\'on parle de l\'État, ce qui saute aux yeux, c\'est plutôt une absence d\'État. Il y a une carence d\'institutions fonctionnelles. Voilà pourquoi, lorsque je parle de l\'État-nation d\'Haïti, je me demande s\'il ne faudrait pas être plus hésitant. C\'est un problème épineux de parler de l\'État lors qu\'il est dysfonctionnel.Il y a un monde de différence entre le concept et son application. L\'absence des institutions se remarque dans la pratique d\'une société organisée. Lorsqu\'on étudie sérieusement Haïti, ça compte beaucoup. Le mal vous saute aux yeux de manière brutale. Il y a des gens qui disent qu\'Haïti, c\'est vraiment l\'échec, la débâcle, une sorte de catastrophe depuis le début du 19e siècle. Partiellement, Haïti a passé le 19e siècle à sombrer dans l\'anarchie, les généraux qui se rendaient à la capitale pour chasser des gouvernements étaient tous des seigneurs de la guerre qui n\'avaient vraiment pas de conscience patriotique,des mercenaires. Il n\'y avait vraiment rien qui liait ces gens.Ils n\'appartenaient pas à une collectivité soudée par des idées communes. Le Nordiste pensait que le Nord était son fief. Le Sudiste et les autre de l\'Ouest et de l\'Est faisaient autant. Ils n\'avaient pas le concept d\'État-nation. Voilà pourquoi il est difficile de parler d\'État d\'Haïti parce que en Haïti, il y a toujours eu cette personnalisation du pouvoir qui désinstitutionnalise. Bien sur, il y a l\'État d\'Haïti puisqu\'il y a le concept, mais je crois que dans la pratique d\'une société uniforme, organisée, harmonieuse,garant de tous les privilèges et libertés du citoyen, qui personnifie la nation. c\'est très difficile de l\'admettre dans le cas d\'Haïti. C.R. : Sans parler d\'Etat, y a-t-il une nation haïtienne ? F.L. : Un état, c\'est un groupement humain fixé sur un territoire déterminé soumis à une même autorité et pouvant être considéré comme une personne morale. Mais, ce qui importe, c\'est qu\'il y a une terre qui s\'appelle Haïti. Mais, malheureusement, cette entité chasse parfois ses enfants, ses fils, ses filles, des gens qui voudraient peut-être rester au pays, des ciyoyens qui voudraient renforcer ce qu\'il y a en Haïti pour pouvoir améliorer, pour pouvoir mettre en place un système étatique plus juste,efficace et qui interviendait en aidant ces groupes disparates, mais c\'est encore très difficile. Il y a, bien sûr, cette nation haïtienne qui existe et qui a un état prédateur qui la combat au quotidien. On pense à cette terre, à son drapeau, à des scènes héroïques de la guerre de l\'indépendance et à tous les sacrifices accomplis pour créer cette nation et aider à la création d\'autres nations de l\'hémisphère . Mais la société haïtienne est bien trop fragmentée pour offrir une illustration idéale d\'État ou de nation ou d\'Etat-nation Les deux existent, bien sur, mais dans la pratique, c\'est là que se créent tous les problèmes. On n\'a pas une société haïtienne organisée, harmonieuse, où toutes les classes sont intégrées. Mais je ne suis pas pessimiste. A l\'avenir, s\'il y a des dirigeants qui sont un peu plus consciencieux et un peu plus capables, je crois qu\'Haïti pourrait remonter la pente et offrir l\'image d\'un pays qui fait honneur à tous ses citoyens qui sont un peu partout dans le monde. C.R. : Qu\'avez-vous pensé du bicentenaire ? F.L. : Il y a eu un très grand conflit concernant le bicentenaire. D\'abord, un groupe ne voulait pas qu\'on célèbre la commémoration du bicentenaire de l\'indépendance. Il y avait un autre groupe qui soutenait que malgré les déboires d\'Haïti, et surtout à cause des déboires, il fallait montrer des films sur Haïti, organiser des conférences, des causeries, des symposiums, encourager la lecture sur Haïti parce qu\'on ne peut pas oublier cette terre qui existe, qu\'on appelle la marmite du diable, le bazar du bizarre, la terre de Baron Samedi, des épithète tout à fait péjoratives. Et pourtant, c\'est un peuple fier qui s\'est battu pour pouvoir se créer un destin meilleur. Il y a l\'international et le national. Il y a eu un complot assez bien organisé qui a détruit tout ce qui était constructif, positif, dans ce pays. J\'appartiens à la société des professeurs français et francophones d\'Amérique, je suis leur secrétaire général. Nous célébrons notre centenaire cette année. Nous lions toutes nos activités au bicentenaire d\'Haïti. Dans les communautés haïtiennes, que ce soit à New York, en Floride, à Chicago, dans le Massachusetts, en France, au Canada et dans d\'autres pays où il y a une communauté haïtienne importante numériquement, ont lieu des célébrations attachées au bicentenaire. Ce qu\'il faut faire, c\'est simplement accorder des pensées, avoir des réflexions, montrer des films, des documentaires, lire des livres, promouvoir ce pays qui mérite un meilleur sort,une vie plus décente. C.R. : Y a-t-il beaucoup de contacts entre les différentes communautés haïtiennes dans le monde ? F.L. : Il n\'y a pas de doute.Elles partagent plus ou moins les mêmes valeurs culturelles et historiques. C.R. : On parle beaucoup de Miami, New York, Montréal, par exemple, qui entretiennent des contacts, mais qu\'en est-il par exemple de la communauté haïtienne en République Dominicaine ? F.L. : En République Dominicaine, la situation est un peu différente. Des milliers de citoyens haïtiens sont incapables d\'évoluer dans un milieu leur garantissant un peu d\'aisance, et sont obligés d\'émigrer. Ils partent vers l\'Est, tombent dans les bateys et y travaillent presque comme des esclaves. La pratique qu\'il y a dans les bateys, c\'est tout à fait inhumain, dégradant, et ça augmente le traumatisme des Haïtiens. D\'ailleurs, ils sont vendus parfois par les gouvernements comme du bétail. Ce sont des gens qui travaillent parfois jusqu\'à 15-16 heures, du lever au coucher du soleil. Ils vivent dans une situation infrahumaine. Il y a beaucoup d\'antécédents entre ces deux parties de la même île. J\'entends des gens dire que ce sont les deux ailes d\'un même oiseau, je doute vraiment de la sagesse de cette déclaration parce que les Haïtiens et les Dominicains ont à l\'esprit 1937, le massacre de 25 000 Haïtiens par le Caudillo Trujillo. Avec l\'affaire des bateys, il faut essayer de prendre du recul pour parler de manière objective. Prétendre qu\'il n\'existe pas de contentieux est illogique. Mais, la situation s\'améliore entre la République Dominicaine et la République d\'Haïti . Il y a des gens, des deux côtés de la frontière, les jeunes de l\'université - qui se comprennent et qui développent des liens assez sérieux d\'amitié et de collaboration. On peut donc espérer quelque chose de bon et d\'utile de cette coopération. C.R. : Est-ce la même chose pour les Haïtiens vivant en Guadeloupe, en Martinique ? F.L. : Concernant la Martinique et la Guadeloupe, c\'est un peu différent. Au niveau national, les problèmes sont moindres parce que la population n\'est pas aussi importante qu\'en République Dominicaine. Dans les bateys, il y a beaucoup d\'Haïtiens, mais ce n\'est pas aussi important que le nombre d\'Haïtiens qui vivent ici aux États-Unis. au Canada, en France, en Belgique et en Afrique, les Haïtiens sont un peu éparpillés. Ils sont à la recherche d\'une survie, voilà pourquoi ils sont aussi fascinés par «l\'ailleurs». Je ne peux pas être la voix de tous les Haïtiens, mais je crois qu\'il y a simplement des Haïtiens qui espèreraient rester au pays, vivre, avoir une vie plus ou moins normale et décente avec leur famille. Il y a des gens qui auraient préféré habiter en Haïti plutôt qu\'à l\'extérieur. En ce qui me concerne, je fais partie d\'un groupe de professionnels. Ce n\'est pas la même chose pour un Haïtien qui n\'a pas de carrière et qui est obligé d\'aller n\'importe où pour se chercher un petit boulot et qui est confronté à une sorte de chômage perpétuel. Au lieu de crever la misère ailleurs, ce ne serait pas si mal de vivre dans son pays. Mais en Haïti, il y a une telle catastrophe en politique, dans l\'économie, dans la société en général, que les gens sont obligés de fuir, surtout lorsqu\'ils ont des enfants; ils s\'exilent pour eux et pour avoir un avenir meilleur. C.R. : D\'un point de vue économique, est-ce que vous envoyez de l\'argent à votre famille en Haïti ? F.L. : J\'ai très peu de parents en Haïti, mais oui, en certaines occasions. Pas comme autrefois car, quand ma mère vivait en Haïti, c\'était quelque chose de régulier, de mensuel. On se parlait au téléphone. Vous savez, la contribution haïtienne des communautés de l\'extérieur à Haïti est énorme. C.R. : Est-ce que vous avez fait venir des personnes d\'Haïti ? F.L. : Bien sur. Des parents d\'abord, des amis ensuite. Il y a des gens qui sont assez dynamiques en Haïti et qui ont des projets qu\'ils voudraient pouvoir réaliser, mais qui n\'en ont pas les moyens. Alors si vous avez quelqu\'un que vous aidez à avoir une vie plus décente, c\'est une très bonne chose au point de vue de la solidarité. C.R. : Vous disiez appeler régulièrement votre maman. Quels sont les autres moyens de garder le contact ? F.L. : On essaie de communiquer par Internet, d\'envoyer des lettres, mais il n\'y a pas cette régularité que l\'on connaît dans les grands pays industriels, à savoir les États-Unis, la France, l\'Europe, le Canada, etc. Ce n\'est pas vraiment la même chose. Il y a des gens qui aimeraient pouvoir vous écrire, mais qui sont confrontés à une panne d\'électricité, donc l\'ordinateur ne marche plus. Quand on va en Haïti, on est obligé d\'ouvrir grand les yeux pour savoir qu\'on ne rêve pas. Il y a des choses qui sont presque impensables. Vous allez là-bas, vous passez une journée dans une maison, il y a une coupure d\'électricité et ça dure 16 heures ! Ça, c\'est vraiment catastrophique ! Vous êtes au beau milieu de la capitale, vous n\'êtes pas dans un petit coin perdu de la brousse, dans une petite zone rurale montagneuse où l\'électricité ne parviendrait pas. Non, pas du tout, vous n\'êtes pas au bout du monde, vous êtes au beau milieu de la capitale, vous êtes dans un hôtel tout près du palais national et il y a des coupures d\'électricité de cette ampleur. Ce n\'est pas possible. Le problème, c\'est qu\'Haïti devrait se lancer dans une conquête qui a été réalisée brillamment par d\'autres pays en voie de développement. On est en 2004 et vous avez un problème d\'électricité ? Les gens ne vont pas vous prendre au sérieux ! Voilà pourquoi, jusqu\'à présent, on continue à voir en Haïti un pays qui est encore au Moyen Age, alors que nous sommes en l\'an de grâce 2004. C.R. : Est-ce que vous avez changé de nationalité ? F.L. : Ça va de soi vous savez. Le changement de nationalité est presque automatique, ce n\'est pas une situation conflictuelle. Vous vivez dans un milieu, vous devez avoir tous vos documents pour chercher un emploi, pour participer aux luttes de la cité. Et pour pouvoir faire ça de manière normale et légitime, il faut devenir citoyen de la terre où vous êtes. Les États-Unis, c\'est mon pays d\'adoption. Je ne suis pas toujours d\'accord avec les États-Unis, les luttes, les guerres et leur politique étrangère . Je sais ce que je fais, je sais ce que je représente et je sais pourquoi je mène certaines luttes. C\'est toujours pour améliorer le sort de la collectivité, voilà pourquoi je milite, de manière modérée, réfléchie et utile. Je suis dans l\'enseignement, je participe à l\'éducation de la collectivité et de la cité. C.R. : Mais aujourd\'hui, où est votre « home sweet home » ? F.L. : J\'ai vécu plus de temps aux États-Unis qu\'en Haïti. Puisque je ne peux pas me voir comme une île, je dirai pour le moment les États-Unis. Là où je suis, là où il y a ma famille, là où il y a ma maman, mes soeurs, mon frère et mes enfants. C\'est là où je suis. Parce que je fais partie d\'un ensemble social. Vous me demandez « Vous avez la nationalité américaine ? », je dis oui, mais si vous me dites « vous êtes citoyen d\'où ? », je dirai d\'Haïti, sans réfléchir. C\'est mon pays. Pour appartenir à un pays, on n\'a pas de choix à faire. Lorsqu\'on a un choix, ce ne peut être qu\'un pays d\'adoption. Lors qu\'on est né sur une terre, on y a marché, on a dit ses premiers mots, tout cela provoque un attachement charnel irréductible. On ne réfléchit même pas aux rapports qui existent entre vous et votre pays. Cela ne s\'établit pas au niveau de l\'esprit, c\'est beaucoup plus par le coeur. C.R. : Et si un match de football opposait l\'équipe des Etats-Unis à celle d\'Haïti par exemple ? F.L. : Je serais pour l\'équipe masculine d\'Haïti. D\'ailleurs, j\'ai assisté à un match comme ça, j\'étais pour l\'équipe nationale d\'Haïti, dont j\'avais suivi le parcours avec passion, il n\'y a pas de doute. Malheureusement, ils ont perdu la partie, j\'ai été tout à fait déçu. Par contre, je m\'intéresse à l\'équipe féminine américaine, championne du monde. Elle est d\'ailleurs si célèbre. Elle est ma favorite. Mais, j\'ai bien peur qu\'elle ne montre pas bientôt autant d\'éfficacité. Ses plus grandes joueuses sont parties à la retraite. En général, avec quelques petites exceptions, avec le pays natal, il n\'y a pas de questions, ni de réflexion, mais des réflexes: c\'est le coeur qui parle. Avec le pays d\'adoption, c\'est un choix qui est fait dans le sens pratique et logique, parce c\'est réfléchi... Mais Haïti, c\'est quand même Haïti, mon pays. C\'est inévitable! c\'est incontournable! Je ne peux me désengager. J\'aime Haïti de tout mon coeur. C.R. : Je vous remercie . *Camille Ratia est docteur en géographie à l\'Université de Poitiers(France) _______ 1-LECONTE,FRANTZ-ANTOINE..La Tradition de l\'ennui-splénétique en France :Peter Ling.New york,Paris,1995,267 p. 2- LECONTE, FRANTZ-ANTOINE. 1492 : Le viol du Nouveau Monde. Montréal, Editions Indépendantes, les éditions du CIDIHCA, 1996, 277 p. 3- La République, (théâtre)les éditions du CIDIHCA, 1998,143 p. 4- LECONTE, FRANTZ-ANTOINE. En grandissant sous Duvalier : l\'agonie d\'un Etat-nation. Paris, Harmattan, Collection Marrons du savoir, 1999, 334 p. 5- LECONTE, FRANTZ-ANTOINE. Haïti : le vodou au troisième millénaire. Montréal, CIDIHCA, 2002, 220 p. 6--Leconte Frantz-Antoine et Osuna Alfonso-Garcia.La Montagne ensorcelée Edition bilingue (The Bewitched Mountain)New Hemisphere Books,2004.
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