(Cet article est un extrait d’une intervention de l’auteur dans un colloque organisé à l’Université Quisqueya en février 2013)
I. Mise en contexte
La logique de base de cet article est centrée sur la notion de « coût d’opportunité » ou « coût d’option » qui se définit comme un coût alternatif lié à l’utilisation d’un bien ou d’un service en termes de valorisation économique. Quel est le coût d’opportunité relatif à la transformation des déchets solides ? Le déchet solide représente t-il un bien économique ? Tout bien économique est à la fois utile et rare. Un bien économique est utile parce qu’il est apte à satisfaire un besoin, et rare, étant donné que la quantité disponible sur le marché n’arrive pas à satisfaire tous les besoins de la population.
La théorie de la valeur d’ « Adam Smith » a été retenue pour conduire le travail. Selon cette théorie, la valeur d’un bien est étroitement liée à son utilité. L’utilité d’un bien représente la satisfaction qu’un agent économique retire de la consommation de ce bien ou de ce service. Il faut rappeler que tout bien économique a deux valeurs principales: une valeur d’usage qui se réfère à son utilité et une valeur d’échange qui fait référence à son prix. Nous retenons l’hypothèse économique selon laquelle les ressources sont rares et limitées et les besoins, illimités.
La raréfaction des ressources ne permet pas de satisfaire tous les besoins de base et de desservir correctement la population. Or les déchets solides produits, qui pourraient être réutilisés, sont entassés un peu partout dans les rues.
Dans le contexte actuel de restriction budgétaire liée à la diminution de l’aide internationale, les pouvoirs publics ont intérêt à mieux valoriser ses maigres ressources s’ils veulent contribuer à augmenter le pouvoir d’achat des ménages et créer de nouveaux emplois en mettant en place de nouvelles micro-entreprises destinées au recyclage et/ou à la production de compost. Il est donc légitime de se demander si les déchets, qui nous posent problème (nuisance à la santé et autres), pourraient nous servir d’intrants dans la production de nouveaux biens afin de générer des revenus ?
II. Problème posé par la production des déchets solides
Les déchets produits à Port-au-Prince, par exemple, sont estimés à six mille mètres cubes (6,000 m3) en moyenne par jour, dont près de 30% seulement sont collectés. Le reste est déversé dans les rues et les ravins et obstrue les égouts. Le taux actuel de décharge des déchets est de 200-300 tonnes métriques par jour, selon le Service métropolitain de collecte des résidus solides (SMCRS, mai 2012), et une partie des déchets collectés est incinérée par les ménages sans penser aux impacts sur la qualité de vie des populations. La masse de déchets accumulés dans la ville augmente plus vite que la mise en place des installations aptes à les traiter et à les éliminer.
La pollution engendrée par les résidus solides à Port-au-Prince s’accroît sans cesse. Elle pose de nombreux problèmes aux responsables chargés d’éliminer ces nuisances. De nombreuses tentatives ont été opérées par l’État et autres organismes, mais le problème est loin d’être résolu.
L’éradication des déchets solides dans la ville est un objectif à atteindre si l’on veut protéger l’environnement et créer de nouveaux emplois à partir de leur recyclage.
Les déchets sont devenus un des grands défis actuels pour les institutions concernées. Ils menacent l’environnement urbain, les ressources en eau et la santé de la population. Leur accumulation dans les rues entraîne des décharges sauvages ou non contrôlées. Une décharge mal gérée comporte des risques potentiels pour la santé humaine par suite de l’inévitable dégradation de l’environnement dûe au relâchement du biogaz et d’autres substances toxiques comme le méthane (CH4).
III. Valorisation économique des déchets solides
Les déchets solides peuvent être considérés comme sources de revenus, par la création d’entreprises visant à :
• produire de l’énergie (production de briquettes, de gaz, ou autres formes d’énergie) ;
• alimenter les plantes (compost ou engrais organique) ;
• alimenter les animaux (riches en protéine) ;
• servir comme ressources à l’industrie (artisanat, usines de transformation).
La méthodologie consiste à collecter des déchets destinés au recyclage à et les trier, en extrayant les débris de verre, les métaux, les matières plastiques, les déchets organiques et le papier. A Noailles (Croix-des-Bouquets), par exemple, les résidus solides provenant de la tôle sont utilisés dans l’artisanat pour produire de beaux objets.
Le recours aux briquettes de papier, dont le prix est moindre que celui du charbon de bois, recyclé à sa place permet à la population de réaliser des économies lors qu’elle doit cuire des aliments. En effet, pour préparer de la nourriture, un ménage consacre en moyenne 50 gourdes à l’achat du charbon de bois. Cependant, l’acquisition de 22 briquettes pour un montant de 11 gourdes fournit le même résultat. (cf. Nations unies, projet de collecte des déchets solides pour 25 quartiers de Carrefour Feuilles)
Par ailleurs, les Nations unies sont en train de mettre sur pied un centre de compostage capable de traiter les matières organiques. Une initiative qui permettra non seulement de créer des emplois supplémentaires, mais aussi de fabriquer de l’engrais organique propre au développement du secteur agricole.
IV. Proposition d’un plan opérationnel d’assainissement durable
La production des déchets solides est inévitable puisque toute ressource transformée en produit devient déchet après un certain temps, après une certaine utilisation. Un plan opérationnel d’assainissement durable consisterait, non seulement, à minimiser la quantité de déchets entassés dans les rues, mais aussi à trier à la source ceux qui doivent être recyclés.
L'idée formulée dans cette proposition serait d'appliquer un système de tarification obligatoire sur les bordereaux d'abonnement des services (tels : ED'H, NATCOM, DINEPA) pour financer une partie des services liés à la gestion des déchets solides, vu que l'aide internationale n'est pas toujours appropriée et suffisante. De même, le principe « pollueur-payeur » devrait être mis en application surtout pour les producteurs potentiels de déchets.
La mise en place d'un plan opérationnel d'assainissement qui tiendrait compte de ces réalités s'avère définitivement nécessaire afin d'offrir aux citoyens un service efficace dans le but de protéger l'environnement et la qualité de vie de la population. Un tel objectif sera atteint lorsqu'une parfaite synchronisation entre les différents intervenants sera réalisée.
Pour une meilleure gestion des déchets, un « modus operandi » doit être aussi établi entre la population et les firmes assurant la collecte vers la décharge de Trutier, ce pour éviter toute confusion qui consisterait à accumuler des déchets dans des points de collecte non répertoriés suite à de récentes opérations d'enlèvement des détritus.
Compte tenu de la capacité limitée des matériels de collecte, des différents systèmes de collecte réclamés par les ménages, des gabarits des véhicules de collecte et des différents types de voiries, il faudrait redéfinir des itinéraires spécifiques de collecte par circuit et par zone et une gestion beaucoup plus fine de la collecte qui devrait être adaptée à chaque type de déchets.
Au niveau d’un programme d'éducation civique, des animateurs sociaux pourront recevoir une formation adéquate en vue de conduire des campagnes de sensibilisation et de motivation appropriées. La population serait informée des différents points de collecte (lieux, heures d'entreposage, jours et fréquences de collecte par semaine) désignés par les instances concernées (SMCRS, TPTC, MDE, MAIRIES et ONG), ce qui éviterait tout dépôt ou point de stockage sauvages.
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Gassendy CALICE
DEA en analyse et politique économiques approfondies
Master en management
DES en planification économique
gassendy@gmail.com / www.dagconsulting.ht
(+509) 38 71 21 62
Utilité économique des déchets solides
(Cet article est un extrait d’une intervention de l’auteur dans un colloque organisé à l’Université Quisqueya en février 2013) I.