Economie et Finances d\'Haïti en 2004

Ce texte que publions fait suite à celui paru dans notre édition du 30 décembre 2004 au 2 janvier 2005 à la page 2 ayant pour titre \"Bilan de l\'année 2004\", écrit par notre collaborateur Michel Soukar. Une malencontreuse manoeuvre typographique a occasionné la publication de l\'article en question sans le nom du professeur/historien Michel Soukar. Nous nous en excusons.

Publié le 2005-01-06 | Le Nouvelliste

Introduction 1. L\'économie est en lambeaux, terminant, au 30 septembre dernier, sa 9ème année consécutive de stagnation. Les chiffres officiels provisoires n\'indiquent aucune augmentation de l\'emploi ni de l\'investissement. Selon des estimations, la production a baissé de 3.5% en 2004. La baisse continue du revenu par habitant aggrave la misère matérielle, aiguise les inégalités, favorise la criminalité et la délinquance et assombrit les perspectives de paix sociale et de gouvernance démocratique. En outre, elle élargit le fossé entre Haïti et ses voisins de la région et amenuise davantage la capacité de production de l\'économie, déjà inférieure au niveau de 1986. Performances de l\'économie La production 2. L\'exercice fiscal 2003-2004 commença dans un environnement sociopolitique tumultueux. L\'économie, qui s\'ajustait encore tant bien que mal à une augmentation généralisée des coûts de production, suite à l\'ajustement extraordinaire des prix au détail des produits pétroliers de janvier 2003, entra dans un cycle d\'agitations sociales permanentes qui culminèrent avec le départ du gouvernement au milieu du deuxième trimestre fiscal. La campagne anti-Aristide, par les lock-out, les manifestations de rues, les réactions violentes du gouvernement, a paralysé l\'activité et fragilisé les entreprises pendant près de six mois, notamment par des accumulations indésirables de stocks. Selon les estimations officielles, les émeutes de février et mars 2004 ont coûté en dégâts à l\'économie l\'équivalent de 5.5% du PIB, (environ G8.0 milliards). 3. Pour le deuxième trimestre fiscal 2003-2004, l\'INSTITUT HAÏTIEN DE STATISTIQUES ET D\'INFORMATIQUE (IHSI) relève une baisse de 1.1% de la construction, de 11.5% de la production industrielle, de 15.9% de l\'activité commerciale, de 28.4% du volume des importations et de 53.4% de la production d\'énergie électrique. Dans l\'ensemble, tous les indicateurs de l\'activité économique étaient en baisse au second trimestre de 2003-2004 par rapport à la même période de 2002-2003. Dans la construction, le nombre de salariés était revenu au niveau du premier trimestre de 2001-2002 après une chute de 3%. Après le séisme sociopolitique, l\'économie dut faire face à deux catastrophes majeures dans le Sud-Est (Mapou et Fonds Verrettes) en mai et sur l\'axe Gonaives-Port-de-Paix en septembre. Bien que le bilan définitif ne soit pas encore publié, les estimations de pertes en jardins et en bétail varient de G508 à 757 millions, excluant les immeubles, voies de communications et systèmes d\'irrigation détruits ou abîmés. Apparemment, le secteur primaire a été le plus affecté avec une valeur ajoutée en baisse de 11.3% en 2004. 4. Les performances auraient été encore plus désastreuses sans une reprise des exportations qui ont augmenté de 13%, sous l\'impulsion des industries d\'assemblage. Grâce à la lente reprise de l\'économie américaine, les réexportations, en effet, ont atteint U$372 millions en 2004 dépassant le niveau des U$330 millions pour la première fois depuis l\'exercice 1999-2000. En outre, répondant à la détresse de la mère patrie, la diaspora a transféré US931 millions en Haïti en 2004, soit U$121 millions de plus qu\'en 2003, en tout cas le plus haut niveau de transferts jamais enregistrés qui ont permis de soutenir la consommation privée face à la baisse de la production. Les finances publiques 5. Le gouvernement intérimaire partage avec l\'administration Lavalas la responsabilité de l\'exercice fiscal 2003-2004 qui vient de se terminer et contemple l\'horizon 2006 à travers un programme d\'investissements publics approuvé par les bailleurs de fonds dans le cadre du CADRE DE COOPERATION INTERIMAIRE (ou CCI). L\'héritage Lavalas est lourd : boudé par la communauté internationale et le secteur privé des affaires, le populisme sacrifia la gourde sur la planche à billets pour financer d\'une part, des dépenses d\'investissements mal conçus et sans effet sur la production (parce que réduites en fait par les prélèvements de corruption) et, d\'autre part, des transferts en faveur de sa base politique sous forme de subventions, sans mentionner des dépenses occultes pour la sécurité du régime. Il est significatif que la gourde ait baissé de 7 à 2 centimes de dollar américain, pour une croissance nulle ou négative entre 1995 et 2001, provoquant, avec l\'augmentation de la population, une augmentation explosive de la pauvreté et une dégradation sans précédent de la qualité de la vie en Haïti, en général, et dans les centres urbains en particulier. Au départ de Lavalas le déficit budgétaire s\'approchait de 3% du pib à cause d\'une irresponsabilité fiscale qui porta la dette publique interne (de G8.0 milliards en 1995) à G19.0 milliards et ramena les réserves nettes de change de US 209 millions en 1999 à US 17 millions en mars 2004. En l\'année du bicentenaire de l\'Indépendance, l\'Etat était en faillite, le pays en morceaux, l\'économie en ruines et le peuple en guenilles. 6. Face à ce tableau pathétique, le gouvernement intérimaire, largement subventionné par la communauté internationale et accueilli à bras ouverts par le patronat, ne pouvait guère se permettre de délai d\'apprentissage ne serait-ce que par son profil technocratique. Mais les «TECHNOCRATES AU POUVOIR» prirent plus de trois mois pour négocier un simple accord de principe avec le FMI et, paradoxalement, gelèrent les dépenses publiques en faveur des contribuables -contrairement aux dispositions de l\'accord- après s\'être octroyés de généreuses augmentations de salaires agrémentées d\'un inexplicable 14ème mois d\'appointements. Au début de juillet 2004, le gouvernement disposait d\'un surplus de G2 milliards provenant des recettes fiscales et d\'une ligne de crédit de G1.2 milliard de la banque centrale pendant que des montagnes de détritus décoraient des rues défoncées parsemées de piétons en quête désespérée de transports publics de plus en plus rares et de céréales de plus en plus chères. Le gouvernement intérimaire ne sait pas comment dépenser l\'argent de l\'Etat et demande l\'aumône de l\'étranger. 7. Certains analystes reprochent au gouvernement intérimaire d\'avoir aggravé la crise en contractant (ou en réduisant) les dépenses de l\'Etat par la recherche d\'un surplus budgétaire. En fait, les dépenses totales de l\'Etat -à G16.1 milliards- n\'ont pas baissé en 2004, au moins en valeurs nominales ; elles ont même dépassé les montants prévus -G15.5 milliards- dans le budget initial de Lavalas et dans le correctif budgétaire du deuxième semestre. Contrairement à Lavalas, les dépenses ont été financées d\'une part, par une augmentation de G1 milliard des recettes fiscales prévues et, d\'autre part, surtout par des supports budgétaires substantiels - (près de G2 milliards)- de la communauté internationale. Cette politique fiscale a permis un déficit nul pour le deuxième semestre (correspondant aux six premiers mois du gouvernement intérimaire) et la limitation du déficit budgétaire annuel aux G3 milliards émis par Lavalas sous forme de monnaie. 8. Apparemment la composition des dépenses du gouvernement intérimaire a changé radicalement par rapport à l\'administration Lavalas. Une option minimaliste de politique publique -qui aurait créé peut-être moins de mécontents- aurait été de continuer les grands travaux de Lavalas (construction et/ou réparation d\'écoles, de places publiques, adoquinage des routes urbaines, réfection des routes départementales, alimentation-alphabétisation, transports publics, etc.) en les rationalisant et en les purgeant du coût de corruption. Cette économie combinée à l\'assistance internationale permettrait de réaliser davantage par centime dépensé sans perdre la sympathie des bénéficiaires. Cette ligne d\'action serait renforcée par l\'expansion rapide de l\'effectif de la PNH et/ou par la création (au sein de la PNH ou dans la municipalités) de forces communales de police de seconde catégorie et non armées (à l\'image de celle de Pétion Ville qui a été malheureusement démobilisée). Les prix 9. Deux effets de l\'austérité fiscale relative observée au deuxième semestre auront été la baisse de l\'inflation de 42.5% l\'an en septembre 2003 à 22.5% l\'an en septembre 2004 et le renforcement de la valeur de la gourde par rapport au dollar qui passa de G42 à moins de G37 sur la même période. En fait, l\'inflation aurait baissé plus vite si les prix relatifs du riz, des soins de santé, des transports et de l\'essence n\'avaient repoussé l\'indice global à 25.4% l\'an en avril. De même, le prix du dollar américain serait aux alentours de G30 si la banque centrale n\'avait acheté des devises sur le marché local-plus de U$30 millions- pour reconstituer ses réserves de change. 10. Certains agents, comme les intermédiaires bancaires, ont payé cher la tournure des évènements. D\'une part, la dépression économique a détérioré la qualité du portefeuille de crédit des banques, augmenté les risques et réduit l\'offre de crédit ; d\'autre part, la dépréciation du dollar américain a réduit les opportunités de profit sur la spéculation pendant que la banque centrale réduisait les taux d\'intérêt sur ses bons (gardés exclusivement par les banques). Dans l\'ensemble, les bénéfices (nets d\'impôts) des intermédiaires bancaires ont chuté de moitié en 2004. Certains spécialistes anticipent des changements en profondeur dans le système bancaire local au cours des prochaines années en raison de la taille décroissante du marché par rapport au nombre de banques. Les perspectives pour 2004-2005 11. Les perspectives pour 2005 reposent sur le programme d\'investissements publics prévus dans la Cadre de Coopération Intérimaire qui, avec des décaissements externes de U$358 millions en dons et U$100 millions en prêts, assumera une croissance de 2.5% de la production avec le soutien des exportations de l\'assemblage et des transferts de la diaspora pour un objectif d\'inflation de 12% en septembre 2005. Pour plus d\'un, ces objectifs sont trop optimistes ; déjà les turbulences du premier trimestre de l\'exercice 2004-2005 en terme de sécurité publique ont compromis le résultat final. Tout dépendra du deuxième trimestre et de l\'attitude des bailleurs de fonds de la communauté internationale.
Michel Soukar Décembre 2004 Auteur

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