Une année d\'espoir gâchée et de promesses non tenues

Débutée dans une atmosphère de tension générée par une crise politique datant de 2000, l\'année (2004) du Bicentenaire de l\'indépendance que chacun entrevoyait comme l\'année de la fierté retrouvée, aura laissé, au contraire, un arrière-goût très désagréable de désillusion et d\'échec à tous les niveaux. Sur le plan économique, on est tous unanimes à admettre que jamais en 200 ans d\'histoire, le pays n\'a offert une telle image de pauvreté et de désespoir. Le seul réconfort auquel peut s\'aggripper l\'Haïtien d\'aujourd\'hui demeure le fait qu\'il nous est impossible de descendre encore plus bas que nous le sommes. Donc, on ne peut qu\'espérer mieux.

Publié le 2004-12-30 | Le Nouvelliste

Rien n\'a changé dans le paysage socio-économique du pays, à en observer les différents indicateurs depuis les premiers jours de cette année 2004. Le climat de crise et d\'insécurité permanentes installé dans le pays depuis le déclenchement de la campagne anti-lavalas au cours de l\'année 2003 et les échauffourées politiques qui ont conduit au départ de Jean-Bertrand Aristide du pouvoir en février dernier, n\'ont pas été propices à l\'investissement ni à la production nationale, voire à la croissance. Beaucoup d\'entreprises (formelles et informelles) ont fermé leurs portes ou ont tout simplement été détruites, précipitant bon nombre de citoyens dans les affres du chômage. Les révocations à la chaîne opérées par le gouvernement intérimaire dans certains organismes publics, dans l\'objectif d\'alléger les charges de l\'Administration publique et de réduire au strict minimum les dépenses de l\'Etat- néolibéralisme oblige - n\'ont fait qu\'augmenter la liste des chômeurs et affaiblir davantage le pouvoir d\'achat de la population. L\'état d\'anémie avancée de l\'économie haïtienne apparaît dans toute sa crudité aux lendemains de la chute du pouvoir lavalas où insécurité et catastrophes naturelles se sont ajoutées aux lourds héritages de gabegie administrative cumulées depuis deux siècles pour faire d\'Haïti un concurrent imbattable dans la course au sous-développement. En attestent les rapports du PNUD et de Transparancy International. Les espoirs d\'un renouveau placés dans le gouvernement de transition tardent à se matérialiser. Même la communauté internationale semble de moins en moins solidaire de la crise du pays dont elle est pourtant partie prenante. Environ six mois après l\'approbation par les bailleurs de fonds étrangers et la communauté internationale du Cadre de coopération intérimaire (CCI), qui marquerait la reprise de l\'aide financière à Haïti coupée depuis tantôt cinq ans, les premiers décaissements se font toujours attendre. Plus d\'un milliard (1,4 milliard) de dollars ont été promis à Haïti à la signature du CCI les 19 et 20 juillet 2004 à Washington . Ce document qui devait permettre aux autorités haïtiennes d\'entreprendre des actions dans le sens d\'une amélioration des conditions de vie en Haïti, a coûté, pour sa préparation, près de deux millions de dollars américains à l\'Etat haïtien. Les causes jusque-là avancées pour justifier le retard des premiers décaissements du CCI sont, entre autres, un manque de structure pour accueillir ces fonds. Pour sa part, le secteur industriel, l\'un des plus touchés par la crise, est de moins en moins performant. Ce sont les petits employés qui payent le contre-coup de cette situation en se retrouvant de plus en plus nombreux sur le pavé. Certaines initiatives entreprises par les dirigeants de ce secteur pour essayer de le revitaliser restent sans succès. C\'est le cas par exemple du HERO (Haitian Economic Recovery Opportunity) Act, une loi qui a pour objet de promouvoir la production des industries d\'assemblage en Haïti en lui offrant certains avantages dans les échanges commerciaux avec les Etats-Unis, comme par exemple celui de pouvoir acheter le textile n\'importe où à meilleur marché avec comme perspective la création d\'environ 100.000 emplois. Cette loi élaborée à l\'initiative du secteur privé haïtien et introduite depuis le 31 mars 2004 devant le Congrès américain attend toujours le vote des locataires du Capitole. Un vote qui risque d\'attendre longtemps encore, car, entre-temps, des industriels du textile aux Etats-Unis se regimbent contre le HERO Act qui, pressentent-ils, nuirait à leurs intérêts. Il en résulte que la matérialisation du HERO Act semble de jour en jour plus compromise. Malheureusement, la population n\'a jamais été édifiée sur ce sujet. Car les initiateurs de cette législation regroupés au sein de l\'ADIH (Association des Industries d\'Haïti) n\'ont pas pris la peine d\'informer le pays sur la réalité qui entoure ce projet et les obstacles empêchant sa concrétisation. Les officiels américains, pris entre l\'enclume de protéger les intérêts économiques américains et le marteau de tuer l\'espoir de renaissance de l\'industrie d\'assemblage haïtienne, n\'osent pas encore se prononcer sur la question. L\'inflation galopante depuis tantôt trois ans, n\'a pas connu de répit en 2004. Les produits de première nécessité tendent à devenir des produits de luxe au regard du pouvoir d\'achat de la population qui a considérablement diminué. Malgré une certaine stabilité du dollar observée depuis le début de l\'année et les fluctuations descendantes du pétrole sur le marché international, les prix grimpent de jour en jour au grand dam de la ménagère qui, à chaque fois, a besoin de plus d\'argent pour remplir son panier. Les informations concernant l\'Indice de prix à la consommation (IPC) publiées régulièrement par l\'IHSI témoignent de cette réalité. En effet, depuis janvier 2004, l\'IPC n\'a jamais décru. Pour le mois de décembre, les chiffres risquent d\'être plus déconcertants à entendre les plaintes incessantes des petits marchands du bas de la ville face à la montée vertigineuse des prix de certains produits en l\'espace de quelques semaines et la rareté des acheteurs occasionnée en partie par ce phénomène. Selon ces derniers, la caisse de l\'huile de cuisine qui se vendait à 550 gourdes début novembre est passée à 570 gourdes; le sac de sucre passe de 800 à 825 gourdes; la caisse de lait Carnation passe à 570 gourdes; la marmite de maïs moulu passe de 60 à 75 gourdes, etc. Ajouter à cela, l\'insécurité qui pèse de tout son poids sur le commerce du Centre-Ville, on comprend alors pourquoi les fêtes de cette fin d\'année sont si ternes et ceci en dépit de la présence importante des gens de la diaspora qui ont défié les informations accablantes sur la situation en Haïti et débarqué à l\'Aéroport Toussaint Louverture. Même nos habituels saoulards titubant sous l\'effet de leur breuvage éthylique n\'ont pas été remarqués, comme à la coutumée, dans les artères les plus animées de la capitale pour cette fête de Noèl. Signe des temps ou précarité économique ? L\'argent est devenu si rare et le temps si peu sécure qu\'il vaille mieux avoir les yeux et l\'esprit clairs en attendant le prochain «Kouri », semble dire ces derniers. La situation économique sombre de l\'année 2004 a tout de même connu une certaine éclaircie en ce qui a trait au déficit budgétaire qui a considérablement diminué par rapport aux années antérieures. Au niveau du taux de change, la gourde a maintenu au cours de cette année une nette stabilité par rapport au billet vert. Les perspectives économiques pour l\'année 2005 ne sont pas encore clairs eu égard aux résultats de 2004. Toutefois, il y a lieu d\'espérer que les bailleurs de fonds cessent de faire du lest et que la communauté internationale matérialise enfin les promesses faites aux dirigeants haïtiens. N\'est-pas le voeu commun de la MINUSTAH, du gouvernement et de toute la population hatienne pour le nouvel an?
Cyprien L. Gary Auteur

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