Trop de médecins en Haïti ?

Publié le 2004-12-29 | lenouvelliste.com

Les taux de mortalité maternelle et infantile qui sont des indices de développement humains des Nations Unies sont alarmants pour Haïti. Suivant un rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) daté de 2003, le quotient de mortalité infantile en Haïti est de 7,6% de naissances vivantes alors qu\'il est de 3,5% de naissances vivantes pour la République Dominicaine. Le quotient de mortalité maternelle 1985-2003 est de 520/100.000 naissances vivantes pour Haïti alors qu\'il est de 180/100.000 naissances vivantes pour la République Dominicaine. Le rapport médecin par habitant chez nous, est de 1.8 médecin pour 10.000 habitants (en 2004) Depuis les années soixante, pour des raisons de sécurité et de stabilité politique, Haïti est devenu un grand exportateur de produits finis. En effet, les grandes villes nord-américaines (New York, Miami, Montréal) disposent chacune d\'entre-elles, de plus de professionnels haïtiens en santé, formés au pays, que ceux qui peut-être recensé sur l\'ensemble du territoire national. Certaines promotions de médecins gradués de l\'Hôpital de l\'Université d\'Etat d\'Haïti ne comptent plus aucun de ses diplômés en Haïti. Le Ministère de la Santé Publique, malgré ses efforts, ne pouvant assurer une couverture sanitaire adéquate a eu recours aux services de médecins cubains, rémunérés, nourris, blanchis et logés grâce aux taxes du contribuable haïtien. La faculté de Médecine ne peut plus répondre aux besoins, grandissant et pressant de la population. Face à un nombre croissant allant jusqu\'à 5000 postulants par année, cette dernière ne peut recevoir qu\'une centaine. C\'est dans ce contexte que les universités Quiqueya (1995) et Notre-Dame (1996), commencent à former des professionnels en santé et reçoivent l\'homologation de leur diplôme moyennant qu\'elles soumettent leurs étudiants à un internat et un service social supervisé par l\'état. Ce que les universités ont accepté. Voila trois ans que ce programme a débuté et cette année, l\'Hôpital Universitaire Justinien devait recevoir la troisième promotion. Malgré l\'ouverture officielle de l\'internat par le directeur de l\'Hôpital, le Dr Anthony Constant, des résidents II et III (médecins diplômés en cours de spécialisation) n\'ont pas voulu commencer l\'Internat sans les Résidents I. Devant l\'hostilité manifeste des premiers, le directeur départemental du Nord, en ces termes, nous a prié de laisser l\'Hôpital : « Pour éviter tout dérapage, on surseoit à l\'Internat ... » Et depuis ce 15 novembre, les cent six internes des universités Quisqueya et Notre-Dame se retrouvent dans l\'impossibilité de poursuivre leur formation. On serait porté, en considérant cette situation anormale, à se demander, s\'il n\'y a pas un problème quant au fonctionnement des hôpitaux universitaires vu que, ce qui est valable pour Port-au-Prince, ne l\'est pas pour le Cap-Haïtien. Effectivement, depuis le 8 novembre, l\'Internat a débuté à l\'Hôpital de l\'Université d\'Etat d\'Haïti (HUEH) sans les médecins résidents I si indispensables pour l\'Internat du Cap-Haïtien. La présence ou l\'absence des résidents I, constitue-t-elle le vrai problème ou faudrait-il chercher des instigateurs à cette crise qui perdure ? Ne devrait-on pas prendre du recul pour voir les protagonistes tels qu\'ils sont réellement ? Des pions sur un échiquier sociopolitique déplacés par une main machiavélique ? Et à regarder les coups joués par cette dernière, on constate qu\'elle est motivée par la conviction qu\'il y a beaucoup trop de médecins pour Haïti.
Les Internes de l\'UNDH et de l\'UNIQ (2004/2005)
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