Peinture

Les sirènes de Boyer et de Dubréus aux Ateliers Jérôme

Sur le thème «Artistes du mythe et de l’aiguille»’’, l’exposition de David Boyer et Lhérisson Dubréus sera clôturée le 26 novembre 2015. Celle-ci introduit les 30 ans de la Galerie Jérôme.

Publié le 2015-11-26 | Le Nouvelliste

Wébert Lahens Les deux artistes ont conduit, à leur manière, « la Sirène » au camp. Pour le sacrifice expiatoire. Sous l’œil amusé et, parfois, incompris des regardeurs, un acte sacrificiel s’accomplit. Peut-être, étions-nous perdus dans des détails qui nous ont dilué la pensée? Quelque chose se noue et se joue, sous nos regards indifférents. Qu’est-ce que les artistes coudent avec leurs aiguilles ? Ce sont nos histoires, nos rituels, nos rites de passage, nos illusions, nos poupées, nos masques, nos héros, nos loas, nos saints qu’ils confectionnent. Nos visions sont cousues à coups de fils, à coups de boutons, chez Boyer ; à coups de brosse, à coups d’aiguilles chez Dubréus, mais enjolivés dans des attitudes qui ne nous laissent guère insensibles, qui modifient nos manières de voir ou de nous percevoir. Les créateurs sont-ils hantés, comme le souligne Mircea Eliade, par le «mythe de l’éternel retour» ? Ils sont engagés dans un passé, parfois lointain, parfois, aussi, récent, voire immédiat. Un destin s’est engagé, sous les aiguilles et les mythes. Un sacrifice. La pièce de Boyer traduit la tendresse dans le port du visage ; c’est comme la reine Marie Antoinette conduite au bûcher. Une expression de la mine qui peut toucher le regardeur ; pour Dubréus, une certaine retenue. Sa sirène se replie sur elle-même. Entourée, comme sa pièce «Metrès» de miroirs brisées, de décoration diverses, «la Sirène» de Dubréus nous tient en laisse. Les deux artistes tentent de construire un univers onirique à travers les aiguilles et les mythes. Ils invitent les regardeurs « à s’approprier la réalité symbolisée par les mythes». Christ, avant de rendre son dernier souffle sur la croix, a confié à Dieu que sa volonté soit faite, non la sienne. Le sacrifice s’est accompli. Des loas, des saints, et tout le bataclan est mobilisé, à cet effet : achevé le temps du sacrifice. Ce pouvoir représente le temps mythique, un temps qui recouvre certains aspects de la réalité que nous ne daignons évoquer. Des histoires qui sont à l’intérieur de chacun de nous . Les choses sont là, en nous, mais nous ne les laissons pas paraître. Combien d’entre nous se reconnaissent comme mystiques, jouissent parfois d'un pouvoir sur les mythes, sur les aiguilles, les emmerdements ou les tracas, mais qui, parfois, ne laissent rien paraître ou, au contraire, s’exhibent? L’approche mystique nous expose aux contre-pouvoirs qui passent dans les œuvres de ces artistes des mythes, de la fête et du vaudou. Nous nous engageons dans différentes voies parmi celles que les artistes nous ont cousus ; parfois – tête en bas. Est-ce une occasion pour nous illuminer ou nous éclater ? Parfois, aussi, nous nous perdons dans la pratique des traditions, des mythes. Les préjugés, les illusions, les fréquentations de loas, de saints, les artistes Boyer et Dubréus les ont parfaitement enfilés dans leurs œuvres. En initiés, en maîtres d’œuvres. Les sirènes sont libérés. Soyons prêts pour l’envol !
Wébert Lahens webblahens@yahoo.fr Auteur

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