HAÏTI EN QUETE D\'UN LEADERSHIP DU XXIe SIECLE

Par : Jean-Robert SIMONISE

Publié le 2004-12-23 | Le Nouvelliste

Professeur au CEDI Le XXIe siècle haïtien sera un siècle de vitesse. Un siècle où les idées acceptées seront bousculées. Un siècle où notre pays devra regarder ses voisins immédiats et comprendre qu\'il est un peu trop différent. Comme il ne dispose guère de moyens d\'imposer sa différence aux autres et, qu\'au demeurant, cette différence n\'est point enviable, il doit donc sortir de son cocon afin de faire ce qu\'il convient pour lui-même. Lors de cet « auto-regard », la nation va peut-être commencer à comprendre l\'importance de la maîtrise du temps, tout le mal causé par le gaspillage du temps. Plus elle avancera dans cet exercice thérapeutique, plus elle comprendra qu\'elle ne peut se permettre d\'aller au même rythme que ses voisins. Elle est prise à la gorge par son retard. Pour survivre, elle se doit de faire plus vite que les autres. Bien entendu, cet « auto-regard » est possible dans la mesure où les élites haïtiennes comprennent que le temps de la pause nationale est arrivé. Il faut absolument désarmer la dialectique et rentrer dans une dynamique de compromis et de stabilité. Fort souvent, des acteurs proéminents réclament un effort du Pouvoir vers un peu plus de stabilité sans comprendre qu\'elle ne peut être qu\'une oeuvre consensuelle. Quand elle ne l\'est pas, elle engendre une forme de gouvernement impropre aux exigences du XXIe siècle. Une pause nationale ne signifie nullement absence de rivalités. La rivalité étant nécessaire au progrès, il ne pourrait en être le cas. La pause nécessaire à notre propulsion au XXIe siècle implique l\'acceptation de la perte d\'une bataille politique pour permettre la victoire commune sur les urgences nationales. Point n\'est besoin de les énumérer ici. Elles sont connues. Elles sont dans tous les bons rapports sur Haïti. Cependant, je me permets de souligner ceci : les urgences nationales sont de deux ordres. Dans le premier groupe, on retrouve celles qui menacent la vie de milliers de personnes à la fois, c\'est le cas de nos problèmes environnementaux et dans le deuxième groupe, on retrouve celles qui tuent à petits feux et qui frappent des individus et des familles à un rythme moins spectaculaire, c\'est le cas des questions sécuritaires, sanitaires, etc. Evidemment, les urgences ne doivent point être prétextes aux palabres infinis et aux colloques interminables. Elles sont mères de l\'action et apanages d\'hommes résolus et pragmatiques. Elles sont des purulences qui ne requièrent point de masques. Elles doivent être affrontées de face et, à cet égard, la quête de résultats, si modestes soient-ils, doit être le leitmotiv des gens actifs. Hélas, nous sommes soumis à une culture de phrases vides. A une abondance d\'intentions proclamées au chevet d\'un grand malade dont les râles sont étouffés par la suffisance et la fausse intelligence. Certes, il ne peut y avoir de remède sans diagnostic franc. Mais quand la franchise est reléguée au rang de jouet, il faut comprendre l\'urgence de l\'urgence, le mal qui est fait au mal. Le « que faire » de Lénine est impropre en ses lieux. La saison chasse les réalités. Malgré sa cruauté, on préfère les discours admis et les placebos de coterie. Hélas ! Pourtant les petits clercs eux-mêmes savent que la faillite est le produit des \'\'grands\'\'. Mais la lâcheté intellectuelle a toujours été plus tenace que celle des gladiateurs. Le silence hypocrite fut toujours plus nocif que le cri des loups supposés. Cet environnement hideux et cette débâcle de toutes les peines ont des géniteurs. Plus arrogants qu\'avant. Plus diserts que devant. La nation souffre mais ils prennent des galons. Essaient des explications. Osent même dire des solutions. Avec l\'étranger qui parfois, et fort souvent, tire profit de ce cas d\'école qui semble échapper à tous les raisonnements, pourtant si simple à circonscrire : il est archaïsme et fils de pensées qui relèvent de l\'archéologie idéologique. Et pour traduire le passé devant le tribunal du présent, il convient de convoquer les managers du présent et les manières du futur. Tout le mal est là. Toutes les solutions passent par le vrai. Bien entendu, les forts en thèmes ne désarmeront point devant l\'insolence de l\'échec et l\'évidence du geste à accomplir. Il faut le courage d\'assumer. Et surtout le courage de faire autrement avec ceux qui peuvent. Ces derniers sont là. Ils sont de l\'avenir et fils d\'un temps à venir. Ils sont du XXIe siècle haïtien en gestation. Là, au fonds du puits. Au fond de l\'abîme où on gît mais que nous refusons d\'appréhender. Les sémillants discours des hommes du passé étalés sur les places vides ne font plus rire. Ils suscitent grimaces et perplexité, car ils n\'ont point de réel sur lequel prendre formes. Ils sont vides et ne résonnent même pas. Ils commandent silence et action. Ils commandent un autre leadership. Une autre manière de voir et surtout un goût de risque que les archaïques ne peuvent point supporter car il y a déficit de force d\'âme. Bien entendu, cet Etat à construire ne sortira guère de l\'amateurisme qui se veut \'\'force nouvelle\'\'. Les affaires d\'État ne peuvent être liées, par la force des choses, aux succès de boutique. De grâce, évitons cette erreur afin de ne point regretter la médiocrité du moment. Ce serait une répétition de 91 avec soutane en moins. Sachons tirer profit de l\'histoire-se-faisant même si nos yeux rougissent de peur et de quête d\'un Diogène qui ne s\'annonce point. Au fait, il y a une élite qui n\'ose point franchir le rubicon indispensable à son salut. Elle se contente de formules annoncées parce qu\'elles sont de saison. Les morts, les pertes de biens et de temps devraient commander un peu plus de réalisme et surtout un peu moins de frilosité. Oser est le verbe qui devrait présider toutes les bonnes têtes. Oser dire et faire ce que l\'urgence commande. Ce que l\'intérêt bien compris de chacun exige. A vouloir remettre à plus tard ou dans un tiroir où reposent toutes les lâchetés, les décisions à prendre, on risque de conduire le troupeau dans un tunnel où au bout il ne prévaudra que les gesticulations des fonctionnaires venus de partout pour puiser, dans ce bouillon de misère, leur os à sucer.
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