L\'itinéraire de Karol Josef Wojtila et le pontificat de Jean-Paul II

Publié le 2004-12-23 | Le Nouvelliste

Considérée comme l\'une des plus vieilles institutions depuis 2000 ans, la papauté est fondée sur les fameux versets 18 et 19 du chapitre 16 de l\'Évangile selon Saint Mathieu : «Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les portes de l\'enfer ne prévaudront pas contre elle. Et je te donnerai les cléfs du royaume des cieux ; et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux.» La papauté a survécu à toutes les crises internes et externes qui auraient pu concourir à sa disparition : les hérésies de Nestorius sur la nature divine du Christ, la querelle des investitures, les antipapes, la Réforme de Luther, le schisme anglais, le jansénisme, le schisme d\'Utrecht etc. ne lui ont pas empêché de traverser les siècles. Gaston Castella, dans le premier Tome de son \'\'Histoire des Papes\'\', rappelle que « parmi les sociétés, l\'Église, parmi les institutions, la papauté, ont un caractère à part : humaines par leurs membres, elles sont surnaturelles par leurs origines, par leur but et par les moyens mis à la disposition pour l\'atteindre ». L\'histore de la papauté reste et demeure l\'histoire des papes. D\'où donc l\'intérêt porté sur la vie de ces hommes qui ont assuré, assumé et symbolisé la pérrennité de cette institution. Le pape Jean-Paul II, de par sa vie, son pontificat et sa stature, est loin d\'être de passer inapercu et s\'impose comme l\'un des plus grands papes de l\'Église catholique. L\'enfance et la jeunesse du futur Pape Né à Wadowice en Pologne le 18 mai 1920, Karol Josef Wojtila est originaire d\'une humble famille. Son père, tailleur de profession, a servi dans les rangs des armées autrichienne et polonaise respectivement comme officier administratif et comme lieutenant. Sa mère, Emilia Kaczorowska, meurt en avril 1932 quand le petit Karol avait ses 9 ans. En décembre de la même année, il éprouve rudement la mort de son frère ainé. Ces épreuves n\'ont pas constitué un handicap pour le jeune Karol qui, à l\'école, se fait déja remarquer comme militant catholique en accédant à la présidence de la Société de Marie. Après avoir terminé ses études secondaires en 1938, Karol entre à l\'Université de Jagellonian où il s\'inscrit à la faculté de Philosophie et intègre \"le studio 38\", un groupe théâtral et participe à plusieurs autres groupes d\'action catholique comme la section Eucharistie et Charité. A l\'approche de la deuxième Guerre Mondiale, il est appelé sous les drapeaux et entreprend son entraînement militaire dans le camp Ozamla conçu spécialement pour les étudiants polonais et ukrainiens. Ses études de Littérature et de Philosophie entamées en 1939 marquent un tournant décisif dans l\'itinéraire universitaire du futur pape. La rencontre en 1940 avec Jan Tyranowski inaugure définitivement son engagement chrétien et sa vie comme intellectuel catholique. Jan Tyranowski l\'introduisit dans les écrits de Jean de La Croix et de Thérèse d\'Avila. Avec la mort de son père survenue en 1940, Karol Josef Wojtila doit répondre à ses besoins personnels. Il a pu donc trouver un boulot comme ouvrier à Solvay Chemical Plant en 1942. La même année, il entreprend des études de prêtrise et débuta ses cours de Théologie à l\'Université de Jagellonian. Pour le protéger de la guerre, l\'Archevêque Adam Stefan Sapieha le loge clandestinement avec d\'autres séminaristes à l\'Archevêché. Une vie sacerdotale réussie En pleine Deuxième Guerre Mondiale, pendant que les Alliés se battent pour libérer l\'Europe de l\'occupation nazie, les forces armées russes pénètrent en Pologne et libèrent Cracovie. À 25 ans, le jeune et fougueux Karol obtient son élection comme vice-président de l\'organisation étudiante à caractère caritatif, \"Bratnia Pomoc\" où il prête ses services jusqu\'à la fin de mai 1946, année à laquelle il fut succesivement ordonné abbé, diacre puis prêtre en la chapelle privée de l\'Archevêque. Il laisse la Pologne pour des études à Rome à l\'Université Angelicum où il décroche sa licence en théologie et continue des études très poussées jusqu\'à obtenir une maîtrise et un doctorat en théologie sacrée. Depuis, il commence sa vie de voyageur et de pèlerin en visitant la France, la Belgique et la Hollande. En 1948, il reçoit son doctorat en Philosophie en présentant sa thèse sur : Les problèmes de la foi dans les travaux de St Jean de la Croix. De retour en Pologne, il assume le vicariat dans diverses paroisses. Vu ses hautes qualifications et ses distingués titres académiques, il entreprend sa carrière universitaire en enseignant notamment la Morale Sociale Catholique à la faculté de théologie de Jagellonian et, plus tard, quand celle-ci a été abolie, au séminaire de Cracovie tout en continuant ses études. Il occupe également différentes chairs à l\'Université Catholique de Lublin. Sa consécration en 1958 comme Evêque auxilliare de Cracovie, puis Evêque à la Cathédrale de Wavel le placent sur le chemin de la Papauté. En 1960, il publie un texte sous le haut patronage de l\'Académie des Sciences de l\'Université Catholique de Lubin: \"Evaluation de la Possibilité de Construction d\'une Ethique Chrétienne basée sur le Système de Max Scheler\". La première édition de \"Amour et Responsabilité\"est également publiée. Karol qui fut membre de la Commission Épiscopale Polonaise pour l\'Éducation accède au poste de Vicaire Général à la mort de l\'Archevêque titulaire et prend une part active aux quatre sessions du concile de Vatican II. Ses travaux permettent sa nomination comme Evêque métroplitain. En 1966, l\'Archevêque Karol Wojtila devient Président de la Commission Épiscopale pour l\'Apostolat des Laics. Sa nomination et sa consécration au titre de Cardinal en 1967 sous la Papauté de Paul VI le qualifient à participer au Consistoire. Il prend fonction à Rome à l\'Église S. Cesareo in Palatio. Son engagement dans l\'Église polonaise lui valut d\'être nommé Vice-Président de la Conférence Épiscopale. Continuant sur la même lancée, il mène une vie active en prenant part à diverses structures de l\'Église polonaise et universelle et en publiant pas mal de textes: célebration des 50 ans de vie sacerdotale de Paul VI, convocation de la Commission Préparatoire du Synode Archidiocésain de Cracovie, Secrétariat Général au Synode des Évêques, béatification de Maximilien Kolbe, participation au Congrès Eucharistique de l\'Australie, Commémoration des 700 ans de St Thomas, Convocation de la première Assemblée Nationale des Physiciens et Théologiens, publication du texte \" Participation ou Aliénation\" au séminaire international de Fribourg, publication du texte \"Un signe de Contradiction\", participation aux funérailles de Paul VI, au Conclave et aux funérailles de Jean-Paul 1er. Au Conclave qui s\'ouvre le 14 octobre 1978, l\'Assemblée désigne Karol Josef Wojtila comme Pape. Il devient ainsi le 263e successeur de Pierre et le premier pape non Italien depuis 1522 et le plus jeune pape depuis 125 ans. Un long et dynamique pontificat Jean-Paul II, qui n\'a pas seulement exercé son Pontificat dans les limites de ce petit État qu\'est la Cité du Vatican et qui à l\'instar de l\'apôtre Paul s\'est évertué en véritable pèlerin en parcourant la planète, a effectué plus d\'une centaine de voyages à l\'étranger et a visité plus de 132 pays sans négliger les 140 visites dans les diocèses et paroisses d\'Italie. Ses sorties fréquentes ne lui ont pas empêché de continuer l\'oeuvre de la construction de l\'Église Universelle: 13 Encycliques ont été publiés, plus de 450 canonisations, plus de 1200 béatifications et plus de 200 Cardinaux nommés. Aucun Pape n\'a eu une vie pastorale aussi active. Jean-Paul II est le 12e Pape à avoir franchi la barre de 20 ans de Pontificat et caractérise la troisième longévité pontificale, soit 26 ans accomplis. Les précédents records ont été réalisés par Saint Pierre dont on ignore exactement les années de pontificat et Pie IX de 1846 à 1878, soit 31 ans, 7 mois et 21 jours. L\'action de Jean Paul II Jean-Paul II passera dans l\'histoire de l\'Église comme un pape à la fois moderne et traditionaliste. Dans une certaine mesure, il a ouvert pour l\'Église des fenêtres sur le monde moderne post-communiste. Il a utilisé également les technologies modernes, en particulier l\'aviation et la communication, au service de la prédication de l\'évangile. Le dialogue avec les autres religions, dont le fait marquant reste la rencontre d\'Assise en 1987, a contribué à tisser de nouvelles relations entre les différentes confessions. Tout en luttant contre le communisme, le pape n\'a pas hésité à visiter et à recevoir des dirigeants communistes. Toutefois, son caractère très conservateur, donc très traditionaliste, est loin de passer inapercu. Il a symbolisé le catholicisme dogmatique en enlevant le droit à la recherche théologique, en s\'opposant à l\'ordination des femmes et des hommes mariés et en reconsidérant la doctrine du catholicisme libéral initié avec le Concile de Vatican II. Jean-Paul II s\'est fait remarquer par sa dure position en matière de moralité sexuelle, de contraception artificielle, d\'avortement, de célibat des prêtres et de l\'exclusivité du sacerdoce aux hommes. Au sein de l\'Église, plusieurs escarmouches ont troublé son pontificat dont les divergences de vue avec les théologiens de la libération et des théologiens trop indépendants. A ce titre, il faut citer, plus proches de nous en Amérique Latine, les conflits ouverts entre le Vatican et des théologiens latino-américains comme Leonardo Boff et Antonio Guttierez; en France, le schisme de Monseigneur Marcel Lefèvre et l\'expulsion de Monseigneur Jacques Gayot dénommé \"l\'Évêque rouge\" par le Vatican; en Suisse, le musellement du jésuite Albert Longchamp; en Allemagne, l\'interdiction d\'enseigner du théologien Hans Küng; le cas de Eugen Drewerman, évêque et psychanaliste qui, dans son fameux et ironique ouvrage de 532 pages: \"Fontionnaires de Dieu\", a pris la liberté de faire une psychanalyse de la fonction cléricale et d\'étudier des cas de religieux considérés comme pathologiques. L\'esprit d\'ouverture de Jean-Paul II, la durée de son pontificat et son dynamisme lui confèrent déja l\'envergure d\'un grand pape et son charisme celle d\'un grand dirigeant. Même à 84 ans et après 25 ans accomplis de pontificat, son état de santé de plus en plus chancelant n\'a pas pu courber son échine pastorale. Parfois, contre l\'avis de ses médecins, il continue le rythme de ses activités apostoliques. Fermement attaché à son sacerdoce et à sa mission, le pape Jean-Paul II répond sèchement à ceux qui lui suggèrent de prendre sa retraite : « Je ne saurais pas à qui présenter ma démission. » Quoi qu\'il en soit, la succession de l\'actuel Chef suprême de l\'Église catholique romaine est déjà ouverte et les premiers éléments du prochain Conclave sont en train d\'être mis en place.
Clément Jude CHARLES Charles111@caramail.com Auteur

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