Inventaire des différentes espèces d’oiseaux sauvages dans le parc de Martissant

Depuis la Convention de Rio, adoptée en 1992, le principe de maintien de la biodiversité occupe une place centrale dans les diverses conventions et les divers principes de développement durable.

Le Nouvelliste
29 oct. 2015 — Lecture : 5 min.
Depuis la Convention de Rio, adoptée en 1992, le principe de maintien de la biodiversité occupe une place centrale dans les diverses conventions et les divers principes de développement durable. Or, le rôle de la biodiversité dans le maintien des écosystèmes et les services qu'elle apporte à l'homme ne sont pas encore intégrés dans la conscience collective. Cette affirmation est d'autant plus vraie pour les humains habitant en milieu urbain. Pourtant, ces milieux constituent une mosaïque complexe et dynamique de biotopes, offrant des habitats multiples à de nombreuses espèces d'animaux et de végétaux, à l’instar du parc de Martissant. Le parc de Martissant, un des rares espaces verts situé à l’entrée sud de la capitale d’Haïti, a été déclaré d’utilité publique par arrêté présidentiel en date du 29 juin 2007 (paru dans Le Moniteur du 12 juillet 2007, N0. 65). Il est constitué des terrains de quatre anciennes résidences privées couvrant une superficie de 17 hectares (l’ancien hotel, dit « habitation Leclerc », dont la résidence Pauline, les anciennes propriétés privées de Katherine Dunham et Albert Mangonès). Cet espace, majoritairement boisé, a pour fonction la conservation et la mise en valeur des ressources naturelles qui s’y trouvent pour le bénéfice de la collectivité, éducation, tourisme et recherche scientifique. Les connaissances sur la biodiversité faunistique d’Haïti sont diverses et éparses. Les données sont connues pour certains groupes d’animaux et végétaux ; et ils sont limités pour d’autres. Le parc héberge une avifaune endémique et sédentaire importante et fait donc partie des viviers importants pour certaines espèces d’oiseaux migrateurs. En vue d’enrichir les connaissances sur la diversité aviaire qu’abrite le parc de Martissant tant sur le plan quantitatif que sur le plan qualitatif, une recherche a été réalisée dans le parc pendant huit mois, d’avril à novembre 2014, par Jean Mary Exantus, un étudiant finissant en agronomie à l’Université Episcopale d’Haïti. La recherche a été subdivisée en deux grandes périodes : la période de reproduction des espèces endémiques et sédentaires (avril-août 2014) ; et celle de la transhumance des espèces migratrices (septembre à novembre 2014). Il abrite 25 espèces d’oiseaux qui se répartissent en 23 genres, 17 familles et 6 ordres différents. Des 31 espèces endémiques connues en Haïti, six ont été dénombrées dans le parc de Martissant, soit 19.35%. Comparativement, 12 espèces sédentaires, soit 10 % des 120 espèces existant dans le pays et sept espèces migratrices, soit 6.6% des 160 connues en Haïti. Les espèces sédentaires représentent le statut dominant avec 48%, soit 12 espèces au niveau du parc de Martissant. Ce sont des oiseaux qui demeurent toute l’année en Haïti et qui se reproduisent dans le pays. Mais, ces espèces ne sont pas confinées à Haïti. Tableau 1 : Espèces sédentaires identifiées dans le parc de Martissant (avril à novembre 2014). Noms scientifiques des espêces Noms vernaculaires français et créoles Anthracothorax dominicus Mango doré/Wanga Nègès Buteo jamaicensis Buse à queue rousse /Malfini ke wouj Coereba flaveola Sucrier à ventre jaune /Kit Columbina passerina Colombe à queue noire /Zòtolan Falco sparverius Crécerelle d'Amérique /Grigri Fran Mellisuga minima Colibri nain /Zwazo mouch Nyctanassa violacea Bihoreau violacé /Kòk lannwit ,kouwòn jòn Passer domesticus Moineau Domestique /Mwano kay Tachornis phoenicobia Martinet petit-rollé /Jòljòl Tiaris olivaceus Cici grand-chanteur /Ti Zèb Tyrannus dominicensis Tyran gris/Pipirit Zenaida macroura Tourterelle triste /Toutrèl ke fine Les oiseaux endémiques connus dans le parc de Martissant représentent 19.35%, soit six espèces. Ces espèces d’oiseaux sont confinées sur l’île d’Hispaniola et ne se trouvent nulle part ailleurs dans le monde (voir tableau 2). Tableau 2 : Espèces endémiques identifiées dans le parc de Martissant (avril à novembre 2014). Noms scientifiques Noms vernaculaires français et créoles Coccyzus longirostris Tacco d'Hispaniola /Tako Corvus leucognaphalus Corneille d'Hispaniola /Corneille Dulus dominicus Esclave palmiste /Zwazo-palmis Icterus dominicensis Oriole à capuchon /Bannann-mi Melanerpes striatus Pic d'Hispaniola /Sèpantye Phaenicophilus palmarum Tangara à couronne noire /Kat-je tèt nwa 7, soit 28% des oiseaux répertoriés dans le parc, sont des migrateurs. Ils appartiennent tous à la famille des Parulidés (les parulines). Ce sont les espèces d’oiseaux qui se reproduisent ailleurs mais qui hivernent en Haïti en dehors de leur période de reproduction. Tableau 3 : Espèces migratrices identifiées dans le parc de (avril à novembre 2014). Noms scientifiques Noms vernaculaires francais et creoles Dendroica caerulescens Paruline Bleue /Ti Rchit ble kou nwa Dendroica palmarun Paruline à couronne rousse /Ti Tchit palmis Mniolita varia Paruline noir et blanc /Ti Tchit demidèy Parula americana Paruline à collier /Ti Tchit ble pal Setophaga ruticilla Paruline flamboyante /Ti Tchit dife Seiurus aurocapilla Paruline couronnée /Ti Tchit dore Seiurus noveboracensis Paruline des ruisseaux /Ti Tchit mang lanmè Le parc de Martissant est caractérisé par la présence d’une diversité biologique (animale et végétale) assez intéressante avec des espèces endémiques et exotiques jouant un rôle prépondérant dans l’équilibre écosystémique. Cette étude nous montre comment le parc contribue largement à la protection, la conservation de l’environnement et de la biodiversité haïtienne. Malgré son environnement urbain, où la densité est forte, qui pourrait perturber l’équilibre écologique du milieu, les résultats de l’inventaire reflètent la richesse de ce paysage et sa diversité biologique. À cet effet, il est important de protéger ces espèces d'oiseaux tout en faisant une gestion raisonnée. En ce qui concerne la dynamique des espèces, les données devront être actualisées sur une période plus étendue (au moins 3 ans) en vue de permettre une meilleure appréciation de la fluctuation du nombre d’espèces. Il s’avérait nécessaire de mener une étude sur la bio écologie des oiseaux du parc, procéder à l’installation des mangeoires et des nichoirs artificiels spécialement pour la crécerelle d’Amérique qui peut entrer en compétition avec le pic d’Hispaniola pour le nid, tous deux oiseaux de cavités, établir un plan de récupération pour la Corneille d’Hispaniola (Corvus leucognaphalus), l’unique espèce classés « vulnérable » parmi les oiseaux du parc.