Alerte de l\'Initiative Citoyenne aux démocrates et aux patriotes

Publié le 2004-12-23 | lenouvelliste.com

Depuis le déclenchement de l\'infamante \'\'Opération Bagdad\'\' par les gangs armés de Lavalas, en proie à la déraison terroriste et patricide, s\'est installée la perception d\'un désarroi grandissant autour et au sein de l\'actuel gouvernement de transition. Non pas comme effet ou conséquence de ladite opération - tant s\'en faut -, mais comme révélateur, nouvellement affirmé, des faiblesses et contradictions du gouvernement lui-même! Absorbé depuis le 29 février dernier dans les dédales d\'une transition destinée à l\'engager enfin (depuis 1987!) sur la voie de l\'Etat démocratique et d\'une société moderne, le pays se débat aujourd\'hui dans une sorte d\'hébétude collective nourrie par les attentes déçues et les insatisfactions quotidiennes de cette transition. La presse écrite et parlée a fait écho des demandes, revendications et récriminations de larges secteurs de la population qui, à travers une mobilisation populaire intense, sans répit et sans précédent depuis des décennies, avaient contribué à l\'évacuation du régime liberticide, despotique et maffieux de Lavalas-Aristide. Pour mémoire, il est impératif d\'en rappeler ici l\'essentiel, car l\'insatisfaction de la communauté nationale se donne libre cours non seulement face aux réalisations forcément limitées du gouvernement mais surtout par rapport à ses non-réalisations et à ses manquements. Heurs et malheurs de la transition Dans la foulée certes euphorique du 29 février, nombre de nos concitoyens avaient appelé de leurs voeux l\'avènement d\'une ère nouvelle dans la gestion de l\'Etat proprement dite: remembrement de l\'appareil d\'Etat, assainissement de l\'administration publique, renouvellement et consolidation de la force publique, redressement des services publics, etc. Cette ère nouvelle impliquait aussi la mise en branle d\'une dynamique de réconciliation nationale mais assortie d\'abord et avant tout de réformes concrètes de l\'appareil judiciaire, garantissant de manière crédible le fonctionnement de l\'Etat de droit. Le phénomène de l\'insécurité, tout en étant ponctuel et aléatoire, paralyse de larges pans de la vie nationale: éducation, commerce, transport, santé publique, etc. Se déployant en plein jour, l\'insécurité affecte toutes les catégories sociales et menace de saper durablement les fondements et la cohésion, déjà passablement ébranlée, de notre communauté nationale. Bref, malgré l\'Accord du 4 avril 2004, à toutes fins pratiques largement inopérant, entre le gouvernement de transition et les forces socio-politiques à l\'origine de la nouvelle transition, celle-ci, selon l\'avis, l\'opinion ou la perception de plus d\'un, apparaît bloquée, en panne ou à la dérive. D\'autant plus que les promesses non tenues de la Communauté Internationale, ajoutées aujourd\'hui au spectre ou au ballon d\'essai, récemment agité, d\'un \'\'protectorat international,\'\' contribuent de fait à alimenter sinon à aggraver les insuffisances opérationnelles du gouvernement de transition. Dès lors, faut-il s\'étonner que des voix de plus en plus dissidentes, mais historiquement légitimes, demandent, qui un \'\'changement de gouvernement\'\', qui la dissolution du CEP, mais les unes et les autres sans proposition de solution alternative? Sans compter bien entendu les manoeuvres souterraines et très peu avouables de forces occultes, y compris celles liées à l\'ancien régime, qui verraient volontiers le renvoi sine die de l\'échéance démocratique, i.e en fait de la normalisation politique qui doit mettre fin à \'\'la transition qui n\'en finit pas\'\'. Légitimité et gouvernabilité Les démocrates et les patriotes de tous bords doivent se démarquer du lot de manipulateurs et autres manoeuvriers du pouvoir personnel par un consensus de départ: il est vain de s\'enfermer dans le faux débat sur la légitimité constitutionnelle de l\'actuel gouvernement de transition, compte tenu de sa genèse historique et de ses conditions mêmes d\'émergence. Ce gouvernement est à la fois a-constitutionnel (la Primature) et en partie constitutionnel (la Présidence). Solution politiquement bâtarde, reflétant à la fois la rupture inévitable de \'\'l\'ordre constitutionnel\'\' - d\'ailleurs subverti et perverti par Lavalas/Aristide - et la nécessité de maintenir une certaine continuité étatique, sous peine d\'anarchie ou d\'occupation étrangère pure et simple. A l\'instar de bien d\'autres formules gouvernementales dites de transition qui l\'ont précédé depuis 1987, ce gouvernement s\'abrite sous le paravent constitutionnel, tout en étant porté factuellement à se mouvoir souvent en marge de la Constitution. Pourquoi? Parce que notre situation fondamentale de référence est celle d\'une instabilité politique et institutionnelle chronique, à laquelle seul un large consensus national et majoritaire peut remédier durablement. Cela dit, un gouvernement de transition doit lui aussi gouverner, i.e doit faire face à l\'obligation de résultats. Le gouvernement Latortue ne fait pas exception. Se pose alors une double problématique: celle du mandat de gouverner (quel contenu? quels objectifs? selon quels horizons temporels?) et celle de la capacité de gouverner - la gouvernabilité - (quels voies et moyens? quelles assises politiques?). Commençons par la gouvernabilité. Sur le plan national, l\'instrument de revitalisation de la mécanique gouvernementale demeure l\'Accord du 4 avril 2004 qui devrait être rapidement remis en marche de manière formelle et prévisible, mais aussi redynamisé et actualisé, notamment depuis le consensus de concertation établi au Cap-Haïtien le 18 novembre entre les partis, organisations politiques et la société civile. Gouvernabilité signifie: transparence de l\'action gouvernementale, recherche de compromis et d\'équilibres entre intérêts sectoriels divergents, fiabilité du discours politique des acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux, fluidité des canaux de communication entre le gouvernement, les acteurs socio-politiques significatifs et la population en général. Sur le plan international: réaffirmation formelle de la nature et de la durée de la mission de la MINUSTAH, afin de conforter l\'acceptation nécessaire par la population de cette force étrangère d\'interposition et de dissuasion au moins durant la période de transition. Quid du mandat gouvernemental? Le gouvernement de transition a pour mandat principal de mettre le pays sur la voie de la normalisation politique à travers un processus électoral politiquement sincère et transparent, techniquement crédible et acceptable. Résultat attendu de ce processus: un nouveau gouvernement légitime et fort d\'un consensus électoral et fonctionnel, garant de sa stabilité politique. D\'où le rôle-charnière du CEP qui, lui aussi, est condamné de ce fait à une obligation de résultats. Or, sans un redressement définitif des rapports fonctionnels au sein de l\'actuel CEP, sa désintégration institutionnelle est à portée de main, avec comme corollaire la perte de crédibilité du processus électoral comme tel. Une action gouvernementale concertée s\'impose donc avec urgence et fermeté. Mais, à court terme, le gouvernement de transition doit gouverner, i.e résoudre un certain nombre de problèmes (ou en tout cas en amorcer la solution) afin, d\'une part, de renforcer sa propre légitimité au sein de la population, de consolider ses propres assises de fonctionnement et, d\'autre part, de déblayer autant que possible les voies d\'accès aux politiques publiques du prochain gouvernement. En ce sens, il se doit de faire la preuve que, même avec les moyens du bord, il peut donner le ton, signaler des orientations, établir des garde-fous, etc. (A ce titre, la réalisation récente d\'un surplus budgétaire par l\'actuel ministre de l\'Economie et des Finances en est un excellent indicateur qu\'il faut bien sûr applaudir des deux mains mais aussi mettre en perspective.) Les problèmes de premier ordre sont innombrables, on le sait. Mais les plus criants sont récurrents et doivent occuper le centre de l\'action immédiate du gouvernement. En voici quelques-uns, sans ordre hiérarchique préconçu: -La question de l\'insécurité: Elle doit être abordée à bras le corps, avec les moyens appropriés en la circonstance. Elle doit être fermement résolue pour le pays, pour asseoir l\'autorité de l\'Etat, pour éradiquer la violence terroriste comme menace directe visant le processus de normalisation politique auquel aspire l\'ensemble de la population. -Le problème \'\'des militaires démobilisés\'\'. A examiner et à résoudre sans faux-fuyants, sur tous ses aspects et ce, avant le déclenchement du processus électoral proprement dit. Approche de vérité indispensable à une solution durable. -Les infrastructures de base. Le pays est déstructuré, désorganisé, nous le savons, mais il existe des poches de fonctionnement relatif. Encore une fois, avec les ressources disponibles, le gouvernement pourrait entreprendre des améliorations et des redressements, pourvu qu\'ils soient priorisés, systématisés et aient recours à l\'initiative locale. Responsabiliser les communes en leur facilitant l\'accès effectif à des ressources décentralisées. Favoriser véritablement le partenariat privé-public. -La dépolitisation de la fonction publique. Mettre fin au clientélisme et aux accusations de népotisme. Transparence systématique dans les nouvelles nominations à des fonctions gouvernementales. En province, tenir compte des sensibilités et aspirations locales; arbitrer les intérêts conflictuels et faire attention aux situations de polarisation politique entretenues par des suppôts de l\'ancien régime. -L\'environnement comme problème de survie physique du pays. La création d\'un Ministère de l\'Environnement est un signal fort et positif. Quid des voies et moyens réels pour asseoir son autorité? Mesures conservatoires et prioritaires à l\'échelle du pays. Partenariat privé-public à travers les associations nationales et les ONG spécialisées. Mobilisation de l\'action internationale appropriée. -L\'amélioration des conditions de vie de la population (baisse des prix de produits de base, accès aux biens et services publics, sanitation publique, routes, transports publics, etc.). Il y a eu certes une amélioration de grands indicateurs macroéconomiques (stabilisation du taux de change, réduction de l\'inflation, etc.). Mais la situation économique du plus grand nombre reste caractérisée par une misère sans nom qui demande à être soulagée par des politiques publiques, ciblées, soutenues et viables. -La redéfinition progressive des relations extérieures du pays et le rétablissement de son image de marque. Quelles orientations pour nos rapports avec les puissances dites amies, le système des Nations Unies, l\'OEA, la CARICOM, la République Dominicaine? En direction des communautés haïtiennes de l\'étranger? Perspectives et engagements L\'ampleur et la complexité des tâches de la transition invitent à la modestie et requièrent un examen serein mais solidaire de notre situation nationale. Sauf à retomber dans les travers de la démagogie populiste qui nous a entraînés au bord de la désintégration étatique et légué un héritage de violence terroriste lié au narcotrafic et au grand banditisme (kidnappings, crimes crapuleux, assassinats politiques, etc.), il n\'y a ni recettes miracles ni solutions passe-partout. Seuls le dialogue ouvert, discipliné, crédible ainsi que la recherche constante de consensus peuvent, au-delà des divergences politiques et idéologiques non polarisantes, nous amener au bout du processus de transition et sur la voie de la normalisation politique. L\'Initiative Citoyenne est persuadée que la réussite de cette nouvelle transition, malgré les difficultés et les conditions pénibles dans lesquelles elle se déroule, constitue le passage obligé pour l\'édification d\'un Etat démocratique dans notre pays. Il s\'agit, surtout à ce stade, de réfléchir aux moyens appropriés pour garantir de nouvelles pratiques de gouvernement et poser un ensemble de questions pertinentes. Pourquoi nos \'\'changements\'\' ont-ils tant de peine à enfanter le changement? Pourquoi la formule autoritaire non participative est-elle jusqu\'à ce jour la formule privilégiée? Serait-ce un autre \'\'déterminant culturel\'\' ou un autre masque occultant la recherche du pouvoir personnel? Pourquoi ne pouvons-nous pas surmonter ce legs historique de toute évidence improductif? L\'Initiative Citoyenne est convaincue qu\'il nous faut travailler à aménager une participation ordonnée des acteurs significatifs de cette transition afin de renforcer les institutions qui en sont partie prenante. Des éléments de réussite ont été clairement identifiés dans l\'Accord du 4 avril 2004. Une actualisation de cet Accord (six mois après!), assortie de nouvelles règles pour sa mise en pratique régulière, est donc à l\'ordre du jour. Ceci dans la plus grande transparence et avec une vigilance de bon aloi. Déjà, dans sa Déclaration du 17 novembre 2004, l\'Initiative Citoyenne avait tiré la sonnette d\'alarme et avancé certaines propositions. Elle invite à nouveau le Premier ministre Gérard Latortue à réexaminer les mécanismes de concertation du gouvernement avec le Conseil des Sages et le Comité de suivi. Par ailleurs, s\'impose parallèlement une clarification de la nature du Conseil des Sages en tant qu\'organisme para gouvernemental. Là-dessus, nos interrogations se font également pressantes. Organe de contrôle? Organe de consultation? Pourquoi le Conseil des Sages connaît-il le même sort que le Conseil d\'Etat, de mémoire peu reluisante, sous la présidence provisoire de Madame Ertha Pascal Trouillot? Pourquoi est-il plutôt perçu comme un facteur de blocage? Est-ce son déficit de représentativité, et s\'il faut l\'élargir, quand? comment? Selon quel mode de sélection? Est-ce le nombre qui va lui conférer la représentativité indispensable à sa crédibilité? Enfin, quelles en sont les attributions précises, claires et reconnues sans ambiguïté par tout un chacun? Autant de questions et de champs de décisions qu\'il s\'agirait d\'aborder avec détermination et dans les meilleurs délais, idéalement avant la fin de l\'année 2004. L\'Initiative Citoyenne réitère sa disponibilité pour contribuer positivement à la clarification et à la résolution des problèmes soulevés. Encore une fois, si la réussite de la transition ne doit pas être ravalée à une incantation de plus, elle exige des démocrates qu\'ils mettent tout en oeuvre pour y parvenir en toute dignité et dans le meilleur esprit de concertation patriotique. Ethique de compromis, éthique d\'abnégation, éthique de responsabilité: la démocratie est à ce prix! Bonne année 2005! Initiative Citoyenne, Cap-Haïtien, le 8 décembre 2004 Pour authentification, Fred E. DENIS, Cary HECTOR, Dr. phil. Charles MANIGAT, DDS Directeur Exécutif Conseiller I.C. Conseiller I.C.
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