La FASCH et son contrat de communication

À quoi réfère le contrat de communication ? À un contrat d’affaire en communication ? à une forme de contrat social ? Le séminaire organisé du 14 au 28 août 2015 par l’Unité de formation continue de la faculté des sciences humaines a offert l’occasion aux étudiants inscrits aux départements de communication, sociologie, service social et psychologie de s’initier aux réflexions sur cette notion qui donne encore du fil à retordre du point de vue théorique.

Frantz DELICE frantzdelice@yahoo.fr
09 sept. 2015 — Lecture : 5 min.
À quoi réfère le contrat de communication ? À un contrat d’affaire en communication ? à une forme de contrat social ? Le séminaire organisé du 14 au 28 août 2015 par l’Unité de formation continue de la faculté des sciences humaines a offert l’occasion aux étudiants inscrits aux départements de communication, sociologie, service social et psychologie de s’initier aux réflexions sur cette notion qui donne encore du fil à retordre du point de vue théorique. Cette initiative va en droite ligne avec la mission de débat, de réflexion et de recherche de l’université. Animé par le professeur Frantz Délice, doctorant en Ethnologie et Patrimoine à l’Université Laval, licencié en Communication sociale à l’Université d’État d’Haïti (UEH-FASCH ), le séminaire a permis à vingt-sept étudiants de comprendre le concept, d’analyser des cas puisés dans la réalité haïtienne et de l’enrichir de leurs propres réflexions. Quid de l’origine du contrat de communication? Plusieurs auteurs se mettent d’accord pour accorder la paternité de l’introduction de cette théorie dans les sciences humaines au psychologue français Rodolphe Ghiglione en 1985. Des linguistes, des sémioticiens, des psychologues du langage et des analystes de discours ont contribué à approfondir cette notion qui a été développée en Europe et en Amérique du Nord. Le « contrat de communication » - définition Le contrat de communication selon Rodolphe Ghiglione (cité par Alain Blanchet, est le fait que tout sujet communicant tisse souvent à son insu avec son interlocuteur réel ou potentiel un système de règles latentes qui spécifient la communication et en gèrent le déroulement. Ghiglione le voit comme l’ensemble des savoirs partagés par l’interlocuteur sur les enjeux et les objectifs de leur dialogue. Selon cette approche, l’acte de communication est déterminé et structuré par des règles et se focalise sur la négociation dans le cadre d’un contrat implicite entre plusieurs locuteurs. Selon Patrick Charaudeau, le contrat de communication peut se définir comme un « ensemble de conditions dans lesquelles se réalise un [quelconque] acte de communication. Ce qui permet aux partenaires d'un échange langagier de se reconnaître l’un l'autre avec les traits identitaires qui les définissent en tant que sujets de cet acte, de reconnaître la visée de cet acte qui les surdétermine, de s'entendre sur ce qui constitue l'objet thématique de l'échange et de considérer la pertinence des contraintes matérielles qui déterminent cet acte ». Le contrat de communication correspond à la validation de règles conversationnelles communes. Celles-ci sont déterminées en fonction de la situation potentiellement communicative et par rapport aux intentions communicatives des interlocuteurs. Le contrat de communication analyse d’une part les bénéfices escomptés qui peuvent se traduire par la quête de reconnaissance sociale, de considération, de valorisation, d’intégration, d’individuation ; et d’autre part les risques qui sous-tendent l’acte de communication. Ces risques peuvent aller à la perte de la face, de se faire influencer, du risque de dialogue des sourds, de monologue dans une situation quelconque de communication. En plus de l’enjeu de la communication, l’analyse du contrat de communication se structure autour de la finalité des échanges qui répond à la question « Quel est le but de cette conversation ou échange? » ; de l’identité des partenaires «Qui parle à qui ? » du propos « Parler de quoi ? » ; du dispositif « Parler dans quel cadre ? Quelles sont les règles en jeu? ». Un concept qui chamboule les repères des étudiant(es) À travers la lecture d’articles scientifiques, des études de cas tirées de l’environnement médiatique haïtien, les étudiants inscrits à ce séminaire ont questionné la réalité du journalisme et des médias haïtiens en lien avec l’utilité du concept et en sont sortis satisfaits. L’étudiante en communication sociale, Sindy Ducrépin, déclare que ce séminaire lui a permis « d’avoir une nouvelle vision de la communication qui n’est pas seulement transmission de message mais un processus de co-construction de sens et de production de réalité se tablant sur des règles ». Emmanuela Exacteur, étudiante en psychologie à la Fasch, abonde dans le même sens et indique comment le séminaire la pousse à voir les médias sous un autre jour. La notion de « multiple réalité », étudiée dans le cadre du séminaire, va l’aider à concevoir les médias pas seulement comme des « dispositifs de reproduction- représentation de la réalité »mais aussi comme « des constructeurs de réalité ».En ce sens, elle invite le public à « avoir une posture critique face aux médias afin de ne pas se laisser guider par les leaders d’opinion ». Choquée par le mécanisme mis en place par le système économique et médiatique, Ruth-Stacy Emmanuel , étudiante en service social, croit que ce séminaire lui a ouvert les yeux sur le travail des médias, car ceux-ci l’ont construit comme lecteur sans le savoir, sans pouvoir donner son mot dans l’ordre des débats ». Plus loin, tout en avouant le bouleversement de repères qu’a insinué cette théorie en elle, l’étudiante Emmanuel déclare « qu’en lisant les textes de Veron, de Patrick Charaudeau…. je me suis dit que j’aurais dû faire choix de la communication sociale à la FASCH». La vision pluridisciplinaire du séminaire a éludé plusieurs préoccupations pour l’étudiant en sociologie Mackendy Valcin . Le séminaire lui a permis de comprendre que la communication est transversale et très utile pour le sociologue et que celui-ci doit éviter l’enfermement disciplinaire. Enfin, Frantzy Jean-Baptiste, étudiant en communication sociale, croit que « l’introduction de ce concept va contribuer au renouvellement de la thématique de la recherche à la FASCH et que ce séminaire a été un succès qui mérite d’être réitéré ». Les étudiants haïtiens n’ont rien à envier à ceux d’autres universités qui actuellement se penchent sur le concept. Du 3 au 5 septembre 2015, un groupe d’étudiants de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et de l’Université Laval partagent le fruit de leur recherche sur le contrat de communication à travers un colloque organisé par le groupe de recherche sur les mutations du journalisme (GRMJ), attaché au département de communication et d’information de l’université Laval.