Watson Denis, Ph.D.
« L’union fait la force », c’est le slogan mobilisateur que nos illustres ancêtres,les révolutionnaires d’humanité nouvelle, avaient adopté au tournant irreversible de leur lutte contre l’esclavage et le colonialisme au sein de la fabuleuse colonie française de Saint-Domingue. Après l’Indépendance, ce slogan triomphant est devenu la devise du nouvel État, inscrit comme une marque identitaire dans l’âme nationale. À l’époque, cette devise était porteuse d’un message si puissant que d’autres États du monde, dont la Belgique en Europe, l’ont adopté. La portée de cette devise est encore d’actualité !
Hier comme aujourd’hui, cette devise est un message de liberté, d’émancipation politique et de rédemption sociale. L’emblème L’union fait la force est associé au rassemblement national, à l’intégration sociale, à l’interaction identitaire et à la solidarité nationale face à l’adversité, qui peut surgir des conditions socio-économiques d’existence à l’intérieur même de l’État comme l’infortune peut venir du monde extérieur.
Dans l’un ou l’autre cas, l’expression « L’union fait la force » est un rempart salvateur pouvant servir de mot d’ordre dans la quête d’une cohésion nationale pour renverser une tendance négative. Comme on le sait, les mots, les termes, les concepts, les expressions n’ont pas de sens de par eux-mêmes, ils ont que des significations exprimées suivant les contextes historiques et sociologiques. À cet égard, le leitmotiv « L'union fait la force » peut servir de cadre de référence pour un énoncé de politique extérieure.
Au niveau interne, quand la patrie est en danger (par exemple,en butte aux manifestations récurrentes des phénomènes naturels de type géophysique, hydrométéorologique et des problèmes politiques majeurs affectant la majorité de la population), les patriotes de tout bord, les citoyens et les citoyennes de toute idéologie sont appelés à constituer un front commun, une sorte d’unité en faisceaux en vue de faire face à la situation ou d’affronter l’adversité. Dans ce contexte, les membres du gouvernement qui conduisent les affaires de l’État doivent tenir les mêmes éléments de langage et orienter le peuple dans le sens correct des intérêts supérieurs de la nation. Il va sans dire que les compatriotes, en défense de l’intérêt national, peu importe la place momentanée occupée par chacun sur l’échiquier, sont appelés à adopter la même attitude de compréhension patriotique. Les aléas d’une politique saugrenue, venant de l’extérieur, ne doivent, en aucune manière, affecter les assises historiques de la nation et l’identité culturelle de l’homme et de la femme haïtienne.
En d’autres termes, face à l’infortune qui peut ébranler les ressorts de la nation, le citoyen ou la citoyenne, quel que soit son appartenance sociale ou son credo politique, est appelé à resserrer les coudes pour former l’union nationale. D’autant plus, si nous vivons en régime démocratique, si les élections sont garanties par le suffrage universel, s’il y a alternance institutionnalisée, on admet volontiers qu’il peut y avoir des dissonances au niveau de la politique interne, mais les dissensions au niveau de la politique extérieure de l’État, dans un pays comme Haïti, sont nettement préjudiciables à l’intérêt national. Les enjeux fondamentaux pour l’existence continue de l’État exigent l’union, la concorde, la cohésion, la solidarité, l’Union qui fait la force. S’il y a concordance de points de vue sur les intérêts supérieurs de la nation, adopté dans un cadre démocratique pluraliste, le pays possède déjà l’arme la plus redoutable contre l’adversité et l’infortune. La dissonance des points de vue sur une question de politique nationale donne les apparences d’une armée potentiellement forte, mais en débandade, en capitulation désordonnée.
Il est opportun de rappeler que l’arme idéologique tournant autour du drapeau national L’union fait la force est la plus puissante armée de l’État, malheureusement trop souvent accroupi en situation de subalternisation. La meilleure politique extérieure commence à l’intérieur de ses propres frontiers. Dans les circonstances actuelles de notre vie de peuple, tout n’est pas perdu. Il y a en chacun de nous des dons qui, par le travail assidu et le respect des normes établies, peuvent galvaniser les énergies et des capacités qui sont à même de transformer nos conditions socio-économiques d’existence. Nous sommes capables, en adoptant le principe de L’union fait la force d’inventer une nouvelle humanité démocratique, développée et socialement juste. Par rapport à d’autres communautés, Haïti est un pays jeune, Haïti n’a que 219 ans de jeunesse. On peut encore mobiliser les forces et les énergies, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays au tour du principe : L’union fait la force. Nous avons chacun de nous une responsabilité citoyenne envers nous-mêmes et envers notre communauté et un engagement responsable envers les autres.
Dr Watson Denis est professeur d’histoire de la Caraïbe, de la pensée sociale haïtienne et des relations internationales à l’Université d’État d’Haïti.
29 juin 2015
Le principe de l’union fait la force
Watson Denis, Ph.