Pour une meilleure compréhension des causes de l'échec scolaire en Haïti

Depuis l'avènement du président Martelly au pouvoir, l'éducation est au cœur des débats.

Depuis l'avènement du président Martelly au pouvoir, l'éducation est au cœur des débats. Personne ne peut nier les efforts consentis par l’État haïtien ces dernières années pour la prise en charge effective de l’école haïtienne. Force est de constater qu'en dépit de toutes ces louables initiatives, le pays fait face à un problème récurrent d'échec scolaire qui se traduit par un faible taux de réussite des élèves aux différents examens officiels. Ces maigres résultats qui ne laissent personne indifférent, ont contraint la DEF (Direction de l'enseignement fondamental) à adopter un Plan de réussite scolaire (PRS) en vue de déconstruire le phénomène. Excellente initiative! Mais, aussi intéressante qu'elle soit, elle risque de ne pas solutionner le problème tant et aussi longtemps que ne soit posée la problématique des classes pléthoriques dans les différents lycées, et les collèges bien cotés du pays, de la situation des élèves en difficulté d'apprentissage éparpillés dans les différentes salles de classe, de la multiplication des mouvements de grève à travers le pays et du renvoi des élèves pour retard ou défaut de paiement. L'augmentation de la population haïtienne a un impact significatif sur le fonctionnement de nos écoles. Nos lycées aussi bien que nos écoles communales et certaines écoles privées regorgent d’élèves. Ce phénomène, qui est l’une des difficultés majeures de notre système éducatif, accentue la crise de l'école et entraîne une absence remarquée de motivation chez les élèves aussi bien que chez les enseignants qui se retrouvent dans une situation difficile par rapport à l’encadrement pédagogique des élèves. Comme on le sait, tous les enfants n'apprennent pas de la même façon et n'ont pas les mêmes possibilités. Certains enfants semblent comprendre les concepts à l’étude mais ne parviennent qu’avec peine à exécuter les travaux écrits; d’autres comprennent des idées complexes s’ils se livrent à des expériences mais ne les assimilent pas s’ils les appréhendent dans des textes; d’autres paraissent toujours travailler avec application mais échouent à tous les examens. Il y a aussi le problème des enfants timides qui sont moins enclins à poser des questions, à s'exercer, et à appliquer ce qu'ils ont appris quand ils sont en grand groupe; des enfants avancés qui peuvent s'ennuyer et se sentir frustrés lorsqu'ils doivent attendre les autres apprenants et des enfants en situation réelle d'apprentissage pour lesquels il faut des interventions ponctuelles. Quand, dans une salle de classe, le nombre va bien au-delà d'une centaine d'élèves au mépris des recommandations de l'Unesco qui prévoient un maximum de 25 à 30, point n'est besoin de se questionner sur la qualité de l'apprentissage et de la situation de l'enseignant lui-même qui ne peut pas individualiser son approche pour répondre aux besoins de chacun de ses élèves, particulièrement ceux en difficulté d'apprentissage. Ces enfants qui sont tout aussi intelligents que les autres sont livrés à eux-mêmes et ne peuvent travailler à leur plein rendement pour la simple et bonne raison que leur déficience n'est pas toujours facile à repérer par nos enseignants dont la majorité ne reçoit pas de formation ou n’a pas assez de connaissances en « enfance en difficulté» pendant leur formation initiale et qui sont obligés d’avancer dans le programme-cadre, même si un bon nombre d'élèves ne maîtrisent pas la matière ou les habiletés fondamentales. Aussi longtemps que nos enseignants ne reçoivent pas la formation qu'il faut pour intervenir efficacement auprès de ces élèves et prévoir des accommodements susceptibles de les accompagner, le risque pour ces élèves de produire de mauvais résultats, voire même de décrocher restera toujours évident. Les enseignantes et les enseignants ont un impact significatif sur la persévérance scolaire des jeunes. Chaque jour, ils communiquent leur passion, partagent leur savoir et motivent les élèves qu'ils permettent de développer leur capacité et donner un sens à leur apprentissage. La qualité de l’enseignement et des enseignants eux-mêmes est tout aussi essentielle à la réussite de cet apprentissage. Or ce n'est pas toujours le cas en Haïti où la qualité de vie de plus d’un enseignant est préjudiciable; où l’enseignant, pour se faire prendre en considération, doit constamment recourir à la grève, une grève qui affecte considérablement la journée scolaire de nos élèves qui ont assez payé des erreurs du système. Nos enseignants, on le sait bien, se sacrifient pour nos enfants. Mais ils ne sont pas compris par ceux-là même qui devraient les valoriser. Pour cause, certains abandonnent la profession, parfois au beau milieu de l’année pour d’autres horizons. L’on n’est pas sans savoir que la majorité du parc éducatif haïtien appartient au secteur privé. Sur 2 210 221 élèves recensés en 2011, l’État n’a pu héberger que 486 620, soit un pourcentage de 22,2% seulement . Le reste, on le sait, est à la charge du secteur privé qui fixe comme bon lui semble ses frais de scolarité qui ne sont pas toujours abordables pour les parents qui font face à d'énormes difficultés financières. Pour se faire payer, ces écoles, qui ne reçoivent pas de subventions de l’État et qui doivent honorer leurs obligations envers leur personnel, recourent le plus souvent à l'expulsion des élèves, parfois au beau milieu de la période des examens. Ce renvoi, comme on le sait, est très préjudiciable aux intérêts de l'élève qui perd parfois des semaines, voire même le mois entier de scolarisation pour des raisons que nous connaissons. Comment peut-on alors conjurer ces maux pour une prise en charge effective de nos élèves? Sans prétendre à l'exhaustivité, nous pensons que l'État pourrait, à court terme : • créer la double vacation dans les écoles nationales et les lycées à l'échelle du pays afin d'améliorer le ratio maître-élève; • nommer des professeur(e)s ressources dont les rôles seraient d’assister les enfants en difficulté d’apprentissage (les écoles privées en surnombre pourraient en faire autant); • étendre le PSUGO à certaines écoles secondaires en vue d’alléger le fardeau financier des parents défavorisés. Étant donné la difficulté pour bon nombre d'élèves d'être à l'heure à l'école. À long terme, l'État, tout en tenant compte de l'évolution démographique des différentes communautés du pays, pourrait penser à la construction de nouvelles infrastructures et la mise en œuvre d'écoles communautaires comme cela se fait dans tout pays organisé pour éviter les longs déplacements et la fatigue des élèves. Puisqu'il n'est pas toujours facile de mobiliser l'attention de tous les élèves dans une classe où le ratio « élève-enseignant » est loin d’être respecté, nous encourageons nos enseignants, tous niveaux confondus, à créer une certaine synergie entre les élèves en expérimentant différentes stratégies d’enseignement comme le «tutorat par les pairs et l’apprentissage coopératif » qui sont de bonnes pratiques pédagogiques. Ils ou elles veilleraient bien entendu à ce que ces groupes ne soient pas homogènes, c’est-à-dire formés d’élèves de différents niveaux. Ce faisant, ils mettraient les élèves, artisans de leurs propres savoirs, au cœur même de leur processus d'apprentissage. Dans l’état actuel de l’éducation, on ne peut pas déresponsabiliser les parents qui doivent être assurés de leur place à l’école et de la nécessité de dialoguer avec l’enseignant notamment lorsqu’il y a un problème. Pour cela, il est de toute urgence pour les enseignants de les engager au cœur du processus d’apprentissage de leur enfant dès la première rencontre parents-professeurs. Cela se ferait par l'organisation des réunions ponctuelles avec eux pour les informer des attentes dans la matière enseignée, des résultats scolaires de son enfant, des difficultés rencontrées par l’élève et des moyens d’y faire face, des éléments qui sont susceptibles d’éclairer les résultats insuffisants ou en déclin, de la qualité de ses travaux scolaires et les conseiller sur les démarches qu’ils peuvent entreprendre pour contribuer à ses progrès scolaires tout en leur offrant des ressources éducatives pour appuyer cet engagement. Pour ce qui est de la situation des enseignants, nous conseillerions au MINISTERE DE L’ÉDUCATION NATIONALE ET DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE de mettre tout en œuvre en vue de l’application de la Recommandation conjointe OIT-UNESCO concernant la condition du personnel enseignant (1966) et la Recommandation de l’UNESCO concernant la condition du personnel enseignant de l’enseignement supérieur (1997) qui définissent des lignes directrices et de bonnes pratiques concernant le statut des enseignants, leur formation, leurs conditions de travail, l’évolution de leur carrière et leur participation aux décisions en matière d’éducation grâce à des consultations et des négociations.