Changement de paradigme

Ingrid Pater Comment expliquer mon amour pour Haïti? Comment expliquer l’inexplicable? Peut-être ce petit coffret de bois reçu de mon père au retour de son voyage dans un pays alors inconnu à l’âge de quatre ans, marqué de l’empreinte de l’artisan ? Mon premier voyage en Haïti,il y a maintenant trois ans, ne m’a pas laissée indemne.

Par Ingrid Pater
30 mars 2015 — Lecture : 3 min.
Changement de paradigme
Ingrid Pater Comment expliquer mon amour pour Haïti? Comment expliquer l’inexplicable? Peut-être ce petit coffret de bois reçu de mon père au retour de son voyage dans un pays alors inconnu à l’âge de quatre ans, marqué de l’empreinte de l’artisan ? Mon premier voyage en Haïti,il y a maintenant trois ans, ne m’a pas laissée indemne. Ce fut un choc provoqué par le contraste entre les images véhiculées au niveau international et la réalité constatée. En tant que jeune Guadeloupéenne, j’ai tout de suite ressenti la responsabilité qui s’imposait à ma conscience. J’ai su immédiatement que je devrais désormais témoigner des beautés de ce pays. C’est la raison pour laquelle j’ai commencé à créer des liens forts avec mes amis, mes sœurs et mes frères haïtiens. Parmi toutes mes initiatives pour donner vie à ma conscientisation et envie aux autres de découvrir cette jolie perle cachée des Antilles, j’ai, cette année décidé de célébrer la Journée de la Femme en Haïti avec des personnalités de Guadeloupe et de Paris qui n’y étaient jamais venues auparavant. Lors de notre découverte du Nord, de ce Nord chargé d’histoire où siègent la Citadelle Laferrière et le Palais Sans Souci, nous sommes allées à la Bibliothèque Gorges Castera du Limbé pour l’activité du 8 mars 2015 où nous avons été accueillis avec une réception grandiose. Au programme, nous avons pu entendre chants, déclamations poétiques, passages littéraires et même assister à une adaptation théâtrale de Tach Solèy de Clément Benoit II, présentée par l’Atelier Tanbou Kreyòl sous la direction de Edentz Ulysse et de Donaldson Louis, tous deux jeunes membres de la Société des poètes du Limbé (SOPOL). Cette œuvre est un hommage à la femme, à la vie et à l’espoir qu’elle porte. Comme l’a dit une de nos intervenantes guadeloupéenne : « Chaque année, nous œuvrons pour apporter notre pierre à une nouvelle façon de penser la femme. Ceux qui jusqu’ici nous ont fait croire que la femme serait faible, alors qu’elle est simplement fragile, donc aussi précieuse que le cristal, sont responsables de la stigmatisation qui s’acharne sur l’Autre que nous sommes. » M ap kwè an Fanm Doubout, celle qui est déterminée, qui brave l’adversité et qui se dépasse pour atteindre ses rêves et élever ses enfants. La bibliothèque du Limbé est un exemple à suivre. Au-delà de cette journée consacrée à la femme, c’est un lieu en mouvement perpétuel qui essaime la culture aux quatre coins du monde. Je tiens à remercier et à rendre hommage aux jeunes, venus en grand nombre, qui ont animé la manifestation. Je remercie tout particulièrement Clément Benoit II qui, à travers son engagement pour la cause culturelle et la défense des droits des femmes, nous aura fait vivre l’inoubliable. Je tiens également à remercier la ville du Limbé qui m’a fait l’honneur de me remettre symboliquement la clé de la ville et les nombreux partenaires de la bibliothèque. À toutes les femmes je veux dire ce message tiré de l’œuvre du Dr Fresnel Larosillière. Et si mes larmes m’étaient contées: « Et toi femme, femelle et féminin Qui te crois souvent victime du destin Accusée d’être, à tort, la cause de notre sort D’anges nus, d’immortels déchus Tu exhibes ta femelle pour revendiquer Et piétines ton féminin pour me ressembler Ne sois pas femelliste mais féministe Mélodie de ton être sur ton clavier avoir Saveur du contenu d’un fruit contenant.» L’aventure continue, rendez-vous en Guadeloupe au mois de juin 2015 pour le festival Métanoïa qui mettra à l’honneur Haïti.