ONU - Trafic d’enfants

Edmond Mulet au cœur d'un scandale de trafic d'enfants au Guatemala

Le diplomate onusien Edmond Mulet, actuel sous-secrétaire général de l'ONU en charge des opérations de maintien de la paix et éventuel candidat à la présidentielle du Guatemala, est cité par une investigation pour trafic d’enfants. Les faits remontent à trois décennies et sont évoqués dans un article paru dans les colonnes du Boston Globe sous la plume de Louisa Reynolds.

Publié le 2015-02-23 | Le Nouvelliste

Le diplomate guatémaltèque de haut rang à l'ONU, Edmond Mulet, a été largement considéré pendant un temps comme « l'honorable candidat» qui pourrait sauver le système politique de son pays de la corruption. Mais tout à coup, des informations rapportant que Mulet a fait l'objet d’une enquête pour traite d'enfants par les autorités guatémaltèques en 1981 sont apparues comme une tache d’encre dans son CV irréprochable jusque-là. Portant aussi un coup sévère à la crédibilité de l'ONU en Amérique latine, compte tenu du fait que l'UNICEF a passé des années à faire du lobbying auprès du gouvernement guatémaltèque afin de le pousser à adopter des lois d'adoption strictes qui mettraient fin à la traite des enfants. Edmond Mulet, guatémaltèque d'ascendance française, est le sous-secrétaire général de l'ONU en charge des opérations de maintien de la paix. Il a également exprimé son intention d’être candidat à la présidence lors des prochaines élections de septembre pour le parti Todos. L’ancien président disgracié Alfonso Portillo, qui sera libéré d’une prison fédérale aux États-Unis le 25 février, après avoir passé moins d'un an en prison de sa peine de six ans pour conspiration en vue de blanchir $ 2,5 millions à travers le système bancaire américain, est prétendument l'un de ses principaux partisans. Dans les années 1980, Mulet était un avocat et un candidat au Congrès pour le PNR, parti d'extrême-droite. Il a également fait partie de « Les Enfants du Soleil », un groupe d'adoption international qui fournissait des enfants guatémaltèques à des parents adoptifs au Canada. Un exposé publié par le site de journalisme d'investigation guatémaltèque Plaza Pública, le 30 janvier dernier, allègue que Mulet a employé une femme qui avait pour mission de rechercher des femmes enceintes pauvres dans les marchés de Guatemala et de leur offrir de les «aider» en trouvant des foyers d'adoption pour leur bébé. Les lois sur l'adoption guatémaltèques exigent, entre autres choses, un rapport des services sociaux sur l'aptitude des parents adoptifs. Le processus peut prendre jusqu'à un an. Toutefois, le rapport affirme qu’Edmond Mulet a conçu un système astucieux où les parents biologiques de l'enfant ont signé un document accordant la garde de leurs enfants à Les Enfants du Soleil. Des visas touristes ont ensuite été délivrés pour les nourrissons et en seulement deux mois, ils étaient dans un avion pour le Canada. Mulet a été emprisonné après que la police eut investi un hôtel à Guatemala City où quatre femmes canadiennes se préparaient à quitter le pays avec cinq bébés guatémaltèques, mais il a été rapidement libéré. Selon lui, il a été libéré de prison car les accusations portées contre lui ne collaient pas et que tout ce qu'il faisait était légal. D'autres avocats sans scrupules allaient bientôt découvrir par la suite que les bébés étaient une denrée précieuse. En 2008, le Guatemala est devenu le premier exportateur d'enfants dans le monde, selon l'UNICEF. La plupart des enfants ont été adoptés par des couples américains. Au fil des ans, de nombreux enfants ont été enlevés à leurs parents pour nourrir l'industrie d'adoption. Heureusement, l'adoption d'une nouvelle loi sur l'adoption en 2007 a permis de mettre un terme à l'entreprise et a conduit plusieurs avocats derrière les barreaux. Bien que l'exposé de Plaza Pública ait été repris par des médias au Chili, au Mexique, au Pérou et au Salvador, il n’est pas encore clairement établi dans quelle mesure ces révélations concernant cette enquête pourraient entraver ses aspirations politiques. Mais une chose est certaine: si l'ONU décide de maintenir Mulet à son poste, sa crédibilité au Guatemala, et dans toute la région, sera sérieusement compromise. Tous les quatre ans, le Guatemala est rappelé à l’ordre par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU pour avoir l'un des taux d'homicide les plus élevés dans le monde, pour viol systématique des droits des travailleurs et pour ignorance des griefs des autochtones. Depuis les accords de paix de 1996 qui ont mis fin à 36 ans de guerre civile au Guatemala, l'ONU a envoyé d'innombrables missions dans le pays afin de documenter les violations des droits de l'homme. Les longs rapports sont écrits et soumis, mais ils demeurent ignorés. L'ONU parraine également la Commission internationale contre l'impunité au Guatemala (CICIG), un organisme d'enquête indépendant qui a joué un rôle central en aidant le Bureau du procureur général à démanteler la corruption et plusieurs réseaux de trafic de drogue. Rappelons que c'est suite à une enquête lancée par la CICIG qu'un certain nombre d'avocats « de l'adoption » ont été jugés et condamnés pour trafic d'enfants. Le passé de Mulet est maintenant une source d'embarras pour l'ONU, une erreur comparable à la nomination d'un baron de la drogue en tant que directeur de la DEA. L'ONU doit maintenant prendre position sur la question. Ne pas le faire pourrait sérieusement compromettre la crédibilité de l'ONU au Guatemala et en Amérique latine. Traduit de l’anglais par Patrick SAINT-PRE
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