Les déboires des Haïtiens en R.D se poursuivent et s’aggravent.

Descente aux enfers

Par : Robert Paret « Qui veut son respect se le procure.

Par : Robert Paret « Qui veut son respect se le procure. » Cette sage recommandation, notre jeune compatriote Claude Jean Harry se souciait de l’appliquer régulièrement, si ce n’est journellement, aux dires de ses parents. N’empêche qu’il fut victime récemment de la barbarie de quelques détraqués de la société dominicaine. Si on se réfère aux témoignages de certains citoyens dominicains qui le connaissaient et le fréquentaient pendant longtemps, on peut dire que ce jeune homme était d’un bon commerce, apprécié pour sa simplicité et son amabilité. D’où la sympathie dont il jouissait au sein de sa communauté malgré sa condition misérable de cireur de chaussures. Quand on sait que de tels actes se reproduisent fréquemment en République dominicaine en toute impunité, à visière levée ou dans l’anonymat, on comprendra l’exaspération du peuple haïtien face à ces traitements inhumains que subissent leurs compatriotes. Les résidents de la région pointent du doigt les secteurs xénophobes anti-haïtiens du FNP, associés au PLD de l’ex-président Leonel Fernandez, dont la virulence à l’égard des migrants haïtiens n’échappe plus à personne. En dépit de l’évidence, les autorités policières dominicaines tentent, dans une fuite en avant, de couvrir cet odieux crime d’un grotesque maquillage en le faisant passer comme un règlement de comptes entre Haïtiens. La presse réactionnaire dominicaine colporte à tout vent cette thèse. Un supposé vol de meubles serait, selon les déclarations de deux inculpés haïtiens, le motif de ce fratricide. Pourquoi donc cette théâtralisation qui s’apparente aux méthodes et mise en scène du Ku klux klan ? Un Noir, pieds et mains attachés, pendu à un arbre ! Quand on sait que des adeptes dominicains de cette secte diabolique et raciste se faisaient voir récemment, sans gêne, lors du défilé carnavalesque et en d’autres circonstances, dans leur accoutrement traditionnel (vareuse et cagoule blanche, avec une croix rouge sur la poitrine), comment ne pas penser à l’implication de tels énergumènes dans ce lynchage ? La police dominicaine a-t-elle cherché de ce côté ? On comprendra bien vite que ce simulacre d’enquête est destiné à la consommation internationale, une façon de dissimuler la vérité, faire porter le chapeau à la communauté haïtienne et tenter de faire disparaître l’opprobre qui rejaillit sur le pays. Malheureusement trop de crimes de cette nature ont été perpétrés sur le territoire pour qu’on n’en attribue la responsabilité aux hautes sphères de l’État. La montée en flèche de l’antihaïtianisme prend de nouvelles dimensions. On s’en prend maintenant en toute impunité au symbole de la République d’Haïti : le drapeau national, récemment brûlé en pleine rue, et on viole en plein jour la résidence de l’ambassadeur haïtien, pourtant protégée par la convention de Vienne. Pour comble de nuisances dans les relations haïtiano-dominicaines, les visiteurs haïtiens sont constamment attaqués sur les routes par des bandits dominicains, les dépossédant de tous leurs effets, à toutes heures du jour ou de la nuit. Dans tout pays où la notion de « Nation » est symbole d’unité et de solidarité, un tel crime donnerait lieu à une condamnation immédiate et énergique de la part de l’État qui se trouve outragé par un acte aussi abominable frappant l’un de ses ressortissants. De plus, il s’en suivrait une demande d’enquête célère afin de déterminer les circonstances du drame - non pas une enquête bidon, sur mesure, comme nous l’avons mentionnée. Les représentants diplomatiques n’omettraient pas d’entreprendre des démarches en vue d’obtenir justice et réparation pour la famille endeuillée. Malheureusement chez nous, la mansuétude a habitué notre diplomatie à de simples notes habituelles de protestation qui ne corrigent en rien les dérives commises à l’encontre du respect des droits humains, malgré l’application du traité interaméricain y relatif, signé par les deux républiques. Récemment une délégation diplomatique, présidée par le chancelier haïtien d’alors, a donné la mesure de son incohérence. Après avoir entamé brillamment des négociations au sujet de l’application de l’arrêt TC- 168/13, défavorable aux Dominicains d’origine haïtienne, ne l’a-t-on pas vu se dérober, d’un coup de plume, de sa mission qui consistait à dénoncer cette sanction, alors que la CARICOM et l’OEA étaient prêtes à la supporter dans sa démarche ? Cette surprenante initiative ramenait les négociations à des accords bilatéraux favorables à la partie adverse. Les observateurs se sont questionnés sur la raison de cette dérobade. Depuis lors rien ne va plus. Cette attitude de sujétion a été en maintes fois dénoncée et réprouvée, fort heureusement, par certaines associations ou organisations de la société civile démocratique qui y voient, à juste titre, un affront à la dignité nationale. Dans le cas qui nous préoccupe présentement, ces associations et organisations pensent nécessaire de redresser les torts en planifiant une série de manifestations pouvant attirer l’attention de la conscience universelle sur ces procédés barbares qui accompagnent toujours de tels actes. Il est toutefois à déplorer que les contestations émises de bonne foi par ces entités ne sont jamais prises en compte par les responsables de l’État et ne durent, de ce fait, que le temps de l’épanchement émotionnel, en attendant le prochain chapitre. C’est à se demander d’où provient cette difficulté à ne pouvoir nous assumer comme nation, avec tout ce que cela implique d’engagement et de sens des responsabilités ? Pourquoi ne pouvons-nous pas garantir à nos compatriotes un cadre de vie honorable ? Pourquoi doivent-ils chercher leur salut dans la fuite en direction de cieux plus cléments, en cheminant par- ci, par-là les bras ballants, jusqu'à se voir traités de Juifs errants de la Caraïbe? Cette réflexion ne nous pousse-t-elle pas à admettre que le ver est dans le fruit ? Comme pour convenir que nous sommes responsables de nos malheurs ? Malgré les qualités innées de l’Haïtien, sa force de travail et la valeur culturelle qu’on reconnaît à ce peuple, peine est de constater que nous n’avons jamais pu enclencher le levier du développement. Sauf en de rares occasions où certaines initiatives privées ou gouvernementales laissaient poindre une lueur d’espoir, malheureusement vite compromises par l’instabilité sociale, politique et la faillite de nos élites. Face à ce dilemme à quoi peut-on s’attendre? sinon à la récupération intéressée de cette potentialité intellectuelle et productive vacillante, par des pays à l’affût de telles aubaines! Par ces méfaits : de l’Afrique à l’Amérique, en passant par l’Europe et les Caraïbes, Haïti a enrichi le sol de bon nombre de pays de la sueur et du sang de ses fils et de ses filles, au détriment de sa propre prospérité. Comme dit le dicton créole : «Sòt ki bay, enbesil ki pa pran.» Quoi de plus normal, dans ce contexte, que le peuple haïtien soit profondément meurtri et réclame justice et réparation? L’accumulation de tant de malfaçons, de concessions et d’une politique aussi délétère de la part de nos dirigeants ont conduit la patrie dans une situation de soumission totale à l’égard de nations étrangères, grandes ou petites. Comme pour parodier Edouardo Galeano, Haïti a ouvert ses veines au monde entier et en est sortie anémiée. À l’instar d’Emile Zola déversant sa hargne envers certains hauts gradés français et leurs acolytes lors de l’affaire Dreyfus, qui, chez nous, doit-on mettre en accusation pour tant de forfaitures ? À cette question, je vous laisse la réponse.