Non, nous ne sommes pas habités par le malheur

Publié le 2015-01-19 | lenouvelliste.com

Dieulermesson PETIT FRERE Nous ne finirons jamais de parler du 12 janvier 2010. 12 janvier, cette date qui n’a de nom que de malheur. Nous avons vu nos rêves emportés dans le bruit du vide, le silence des ombres et la déchirure de nos corps devenus poussière. L’ailleurs nous a appelés sans annonce, et, sans tambour ni trompette, nos âmes se sont mises à errer dans ce vieux trou noir qui s’est dressé devant nous. Nous ne finirons jamais de pleurer nos morts. De lamenter sur tous ces vieux gestes fous portés disparus. Et tous ces morts-vivants qui continuent de hanter nos songes. Aujourd’hui, même debout, nous sommes tous morts, parce que vidés de nous-mêmes. Notre mémoire est trouée. Nous sommes dessus dessous. Sans repères. Des errants qui cherchent asile dans la brume et l’orage comme cette bande d’oiseaux qui contournent l’horizon, échouent sur la mer parce qu’ils ont perdu la direction du Couchant. Nous n’avons pas vu venir l’Apocalypse. Trop de fardeau à porter, trop de mépris à supporter; la terre a dansé sous nos pieds. Cette danse si fragile. Si macabre et si morbide. Et depuis nous sommes devenus si vulnérables que nous marchons avec la peur sous le bras. L’incertitude dans nos regards et l’angoisse dans notre âme. Nos mains sont vides et nos cœurs saignent intensément. Nous avons tous des orages dans nos yeux. Des bras coupés qui amarrent des folies lugubres pour des lendemains heureux. Non, nous ne sommes pas habités par le malheur. Nous ne sommes pas maudits. Un jour, les enfants de nos enfants verront le bleu du soleil s’accoupler dans le clair sombre de l’horizon. La nuit accouchera le jour. Et la vie aura certainement un goût de sel…


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