Résultat d'une enquête nationale

Augmentation de plus de 50% de la consommation de la drogue dans les écoles, une situation alarmante

Le phénomène de la consommation de la drogue dans le milieu scolaire prend sérieusement de l’ampleur en Haïti. De 2009 à 2014, le pourcentage de consommateurs de marijuana, de cocaïne, de crack… a augmenté de plus de 50%, selon une enquête menée par la Commission nationale de lutte contre la drogue (CONALD) sur la prévalence de la consommation des drogues en milieu scolaire. Les résultats ont été présentés jeudi à l’hôtel Kinam, à Pétion-Ville en présence des représentants de l’OEA, de la MINUSTAH et de l’ambassade du Canada, des institutions qui ont contribué à la réalisation de l’enquête.

Publié le 2014-12-22 | lenouvelliste.com

Haïti n’est pas un pays de consommateurs de drogues, mais les résultats de la troisième enquête nationale sur la prévalence de la consommation des drogues en milieu scolaire donnent vraiment de quoi à être préoccupé. Le coordonnateur de la Commission nationale de lutte contre la drogue, David Bazile, le reconnaît bien. Depuis 2005, la consommation de drogues illicites, telles que la cocaïne, la marijuana, le crack et d’autres substances inhalées dans les écoles publiques et privées ne cesse d’augmenter. En 2014, les chiffres de consommation de ces drogues atteignent leur plus haut niveau. La cocaïne et la marijuana atteignent des pourcentages respectifs de 3, 2% et 2, 3 % alors qu’en 2009 elles étaient à 2, 04 et 2,01 %. Les substances inhalées et le crack, selon les résultats de l’enquête, affichent respectivement une prévalence de 6, 4 % et de 2, 5 % alors qu’en 2009 elles atteignaient respectivement 2, 01 et 1, 02%. D’un autre côté la consommation de l’ecstasy, de l'héroïne, du LSD reste un phénomène marginal. Une certaine baisse est, cependant, constatée pour des drogues licites, telles que l’alcool, et la cigarette. Toutefois, en matière d’incidence, les résultats ont démontré que le taux le plus élevé est celui de l’alcool qui est de 31, 45. « Sur 100 élèves, il est probable que 31 nouveaux consomment de l’alcool pour la première fois au cours d’une année », souligne le rapport d’enquête. La faute est, selon le major David Bazile, la production commerciale des boissons alcoolisées artisanales comme bwa kochon, lyann bande, leve sou mwen, bwa bòz, mache wana. « Ces boissons ont pris de l’ampleur au point qu’elles méritent d’être adressées en tant que source potentiellement importante », a-t-il déclaré dans son discours. De même, il a été découvert qu’environ quatre nouveaux élèves sur 100 ont fait usage de la cigarette, les tranquillisants ou les stimulants avec respectivement les taux d’incidence annuels de 3, 92 ; 3, 79 et 3, 93. Selon les résultats de cette enquête réalisée dans 48 institutions scolaires publiques et privées, dans 33 communes différentes, une prévalence de vie de 25 %, en matière de drogues illicites, est observée chez les garçons, soit près d’un quart des garçons ayant pris déjà une drogue au cours de leur vie. Chez les filles, cet indicateur atteint les 22 %. L’âge moyen d’initiation à la consommation de certaines drogues comme la marijuana et la cocaïne se situe aux environs de 14 ans, traduisant ainsi une consommation précoce chez les jeunes, relève l’enquête. Sur les 3 448 adolescents qui ont répondu à un questionnaire autoadministré et anonyme relatif à leur connaissance et à l’usage des drogues et sur la fréquence de consommation, il est constaté que 10, 8 % des élèves, soit environ un élève sur dix, pensent que boire de l’alcool n’est pas grave ou est peu grave. Quant à la consommation des autres drogues, trois élèves sur cinq pensent que c’est très grave d’en consommer. « Dans un pays où il n’y a pas de lois qui interdisent la vente d’alcool et de cigarettes aux mineurs, où certains jeunes consomment des substances psychotropes illicites, le phénomène de la drogue doit être pris à cœur », soutiennent tous les acteurs qui ont participé à la réalisation de cette enquête sur la prévalence de la consommation des drogues en milieu scolaire. Les représentants de l’Organisation des Etats américains et de l’ambassade du Canada, respectivement Nino Karamaroun etTristan Landry, disent souhaiter, à partir de ces informations, que les concernés prennent des dispositions pour élaborer des politiques et des stratégies de lutte contre la drogue en Haïti. Dans cette même lignée, le coordonnateur de la Commission nationale de lutte contre la drogue David Bazile, a déclaré que la Conald interviendra en vue de réduire ce phénomène en renforçant les compétences psychosociales des jeunes et en les incitant à adopter des comportements responsables. Cette enquête financée en grande partie par le gouvernement canadien et la Commission interaméricaine pour le contrôle de l’abus des drogues (CICAD) a été menée d’avril à juin 2014 sur 33 établissements scolaires dans les dix départements du pays. L’enquête était conçue pour fournir des estimations nationales et départementales détaillées sur les conduites et les conséquences liées à la consommation d’alcool et des drogues.


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