Haiti-protestation

L’opposition dans les rues pour la libération des prisonniers politiques et le départ de Martelly

Quelques milliers de personnes ont gagné les rues de la capitale jeudi pour réclamer la libération des prisonniers politiques et le départ du président Martelly et l’organisation d’élections anticipées. Cette fois, les protestataires ont pris la direction de Carrefour en soutien à Byron Odigé et Rony Timothée incarcérés là-bas depuis dimanche.

Publié le 2014-10-30 | lenouvelliste.com

Les sympathisants et membres de plusieurs groupes de l’opposition politique se sont donné rendez-vous au Bel-Air et près de l’ancienne église Saint-Jean Bosco. Il est déjà 10 heures du matin quand arrivent les premiers manifestants. Tambours et d’autres instruments traditionnels en main, les quelques dizaines de personnes sur place semblent bien équipées pour entamer la longue marche qui doit les conduire à Carrefour. « Kafou tèt dwat », lancent en choeur des manifestants qui comptent apporter leur soutien aux militants politiques Rony Timothée et Byron Odigé incarcérés à Carrefour depuis dimanche. Quoique les deux hommes aient été transférés l'un à la prison de Croix-des-Bouquets et l'autre à l'Arcahaie, les protestataires maintiennent leur objectif. Peu après onze heures, plusieurs centaines de manifestants se lancent dans une tournée dans le quartier du Bel-Air avant de prendre la direction du centre-ville. Dans les chants, les affiches et les multiples déclarations, le message est clair. Libération d’une vingtaine de militants politiques incarcérés, départ du président Michel Martelly et l’organisation d’élections anticipées sont les principales revendications de la foule qui n’a pas cessé de grossir. « Nous l’avons toujours dit, élections ou démission, le constat est clair. Cette équipe a quatre ans au pouvoir, elle n’est pas en mesure de réaliser les élections, c’est pour cela que nous exigeons le départ de Martelly », martèle André Fardeau, le dirigeant du MONOP, qui prend la tête de la manifestation. Ils sont plusieurs centaines à emprunter la rue de l’Enterrement en direction du portail de Léogâne. Les manifestants s’en prennent à tout passant portant un bracelet rose, s’identifiant au pouvoir « Tét kale ». La police a dû intervenir dans certains cas. Les manifestants n’étaient pas pour autant de tout repos. A leur arrivée près du quartier de cité Letènel, des individus non identifiés lancent des pierres en direction de la marche. Les contestataires répliquent en lançant eux aussi des pierres avant de poursuivre leur chemin. Il s’agit désormais de quelque 2 000 à 3 000 personnes qui gagnent la route de Carrefour. La manifestation est escortée par les agents de l’Unité départementale de maintien d’ordre (UDMO) et du Corps d’intervention et de maintien d’ordre (CIMO). A Carrefour, la tension monte, les écoles s’empressent de relâcher leurs élèves. Les activités commerciales et les bureaux publics ferment progressivement leurs portes à l’approche de la marche. Des curieux se tiennent des deux côtés de la rue pour voir défiler les manifestants qui entament le sprint final vers la prison civile de Carrefour. Le commissariat de Carrefour ainsi que la prison sont placés sous haute sécurité. Arrivée à Bizoton, la manifestation est une nouvelle fois prise pour cible. Des individus font tomber une pluie de pierres sur les manifestants qui ripostent. La police fait usage de gaz lacrymogène pour repousser les assaillants. « Pour André Fardeau, il s’agit de personnes payées par le pouvoir pour empêcher les manifestants d'atteindre leur objectif. Nous n’avons pas peur, nous sommes des militants engagés, nous nous remobiliserons à chaque fois en direction de Carrefour », a-t-il répliqué. « C’est bien compter mal calculer, la mobilisation se poursuit. Nous irons à Carrefour, car il est important pour l’opposition de prouver qu’elle a la capacité de mobiliser la population, qu’elle détient la légitimité populaire pour mener la bataille contre Martelly », a fait savoir Me André Michel, qui dénonce aussi les nombreuses arrestations d’opposants politiques par le pouvoir en place. Il est à peine 1 heure de l'après-midi quand arrivent les manifestants près de la prison. Les agents de la PNH les tiennent à une dizaine de mètres de l’édifice. Seuls quelques leaders seront autorisés à franchir le périmètre établi par la police. Pour conclure la marche, André Michel se charge de délivrer le message de la fin. « Nous sommes ici à Carrefour devant cette prison pour dire, au nom de toute l’opposition, que nous n’accepterons pas un retour à la dictature en Haïti, lance l’avocat-militant devant un parterre de journalistes. Nous sommes venus dire que nous n’accepterons pas la répression politique faite contre les partisans de l’opposition. Nous demandons la libération de tous les prisonniers politiques.» Me Michel termine en appelant à nouveau au départ de « monsieur Martelly dont l’administration met en péril les acquis démocratiques ».


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