Céleur Jean Hérard : ses oiseaux sur les toits du grand Palais

Un croquis, des croquis se sont glissés dans l’article sur Céleur Jean Hérard, notamment les photos reproduites ne sont pas ses œuvres. Le rédacteur s’excuse auprès de l’artiste et des lecteurs. Un nouvel article et choix de photos suivent.

Publié le 2014-11-03 | lenouvelliste.com

Art contemporain : Par Wébert Lahens Céleur Jean Hérard défie tout pronostic sur ses œuvres. Ses dernières créations vénèrent les oiseaux qu’il a découverts sur un rivage en Angleterre. Parfois, ces oiseaux migrateurs laissent, en hiver, l’Angleterre, pour s’enfuir en Afrique en vue de chercher un sol plus accueillant comme les toits du grand Palais. Exposée au grand Palais – le vernissage est prévu pour le 19 novembre à Paris – la série «oiseaux» de Céleur Jean Hérard bouleverse les déjà-vu, les présupposés. L’artiste avance un autre discours sur l’art contemporain. Fondé sur ses propres convictions d’homme et conceptions philosophiques, son art se démarque des autres. Initié par son frère aîné Christophe Hérard qui lui a appris l’art de maîtriser l’anatomie, les rudiments du métier de sculpteur, Céleur Jean Hérard [48 ans, (20 mars 1966)]n’entend point reproduire aucun autre artiste. «Je me bats, nous a-t-il chuchoté à l’oreille, pour affirmer mon identité.» Sa profession de foi : me rendre beaucoup plus libre ; «c’est moi seul qui dois d’abord apprécier, ajoute-t-il, en mon cœur». Comme sculpteur, ses débuts remontent dans l’artisanat, aux années 1990 ; il travaillait, à l’époque, pour la mangeaille, notamment il vendait au marché en fer ou effectuait des voyages en République dominicaine, à Porto Rico et dans les autres petites Antilles pour écouler ses produits, ses «Ti Roro, ses marchands de pâtés » et autres sujets couramment sollicités par les acheteurs. Au cours des années 1998-1999, il a décidé, à ses risques et périls, de rompre avec le système, avec le marché traditionnel, pour se positionner définitivement, vers l’an 2000, dans la dimension artistique de la sculpture –la sculpture d’art. D’ailleurs, il a dans un premier temps participé, en 1998, à la première exposition de JAMA au Champ de Mars, avec la mairie de Port-au-Prince, au sein de sa direction culturelle. Et, en second lieu, en 2001, à l’Institut français en Haïti, une exposition organisée par la fondation Africa America qui avait pris pour thème «Atis resistans», l’un des titres de ses travaux. En tant que père de famille [quatre (4) enfants dont la première a 22 ans], il prenait appui sur le restaurant de sa femme (morte en juillet 2008) qui avait soutenu ses préférences. «Je travaillais pour développer ma carrière», a-t-il précisé à notre attention devant notre étonnement au sujet de son choix. «J’ai commencé, a-t-il poursuivi, avec le mouvement de récupération à la Grand-Rue, et les autres m’ont suivi.» En effet, « j’ai ramassé des fers, des objets hétéroclites, des détritus dans les rues chargées de mécaniciens dans mon environnement» (Zone Fort St-Clair, rue Magasin de l’État), au bas de la ville de Port-au-Prince. Autre philosophie Sa philosophie campe sur l’affirmation de ses propres valeurs. Ce que les gens méprisent, et rejettent, ce sont ces choses-là qu’il voit, et valorise dans ses œuvres. En outre, il interprète, à sa manière, la globalisation. L’artiste Céleur Jean Hérard crée cette série d’œuvres de récupération pour dénoncer le poids des grandes puissances sur les autres peuples. Ses oiseaux symbolisent la liberté et prônent le partage. D’où lui vient, d’ailleurs, cette idée ? D’abord, une déception personnelle : il a essuyé un refus dans un consulat étranger pour l’une de ses filles. Cela l’avait touché et marqué profondément. Plus tard, il a été invité en Angleterre où, avec un ami, il a découvert, au cours d’une promenade, un rivage occupé sur toute la surface par ces sénateurs. Son ami lui a appris alors que ces mouettes, chaque hiver, laissent l’Angleterre pour se rendre en Afrique et, en été, y retournent. Provenant d’Afrique, ces palmipèdes apportent toute la culture, toutes les traditions et habitus de leur environnement cultuel et culturel. Dans un troisième temps, l’artiste traduit l’esprit d’Amérique. Les grandes puissances entrent dans nos pays et prennent nos richesses. Elles nous offrent des avions, des jets et autres objets volants – comme ces fameux oiseaux - pour nous conduire ou nous orienter vers notre propre perte. Céleur Jean Hérard du groupe «Atis resistans» de la Grand-Rue pratique l’art de les croquer dans son œuvre, sous les pattes agressives des oiseaux de mer qui occupent l’espace de cette série de sa création. Ceux-là qui veulent le suivre dans le déroulement de sa philosophie doivent retenir qu’il préconise l’art du partage et nous invite à piailler, avec lui, aux toits du grand Palais.
Wébert Lahens webblahens@yahoo.fr
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