République dominicaine : modèles économiques, 1950 – 2010.

Hancy PIERRE Plus d’un fait l’éloge du « Modèle dominicain » des soixante dernières années.

Hancy PIERRE yeye105@hotmail.com
22 sept. 2014 — Lecture : 7 min.
Hancy PIERRE Plus d’un fait l’éloge du « Modèle dominicain » des soixante dernières années. Il s’agit de l’intégration de la République dominicaine à la dynamique de spécialisation à l’échelle mondiale, associée à sa croissance économique. Toutefois, d’autres conjonctures ont donné lieu à la stagnation, l’exclusion ou la décadence productive. La République dominicaine a fait une volte-face au début des années 1970 alors qu’apparaissaient déjà les signes avant-coureurs des crises de 1973 et 1976 liées à un tournant de l’économie globale dans sa version néolibérale et de dérégulation. Elle s’est aussi projetée comme un modèle postindustrialisation à l’horizon des années 1990, en raison de sa compétitivité dans la communication, le tourisme et les produits pharmaceutiques à côté d’autres acteurs comme Barbade et Porto Rico, dans la région (Pantojas, 1998). Le cas dominicain est souvent abordé dans les milieux haïtiens comme un mythe. Plusieurs intellectuels tentent d’étudier et d’expliquer les disparités dans les dynamiques économiques, politiques et sociales dans l’île d’Haïti, en l’occurrence en République dominicaine et en République d'Haïti. Nous devons citer, parmi ces intellectuels, Ramolina Brea,Ruben Silie, Andre Corten, Roberto Cassa,Franc Baez Evertz,Bernado Vega. Des contributions d’intellectuels haïtiens se sont généralement centrées sur les thématiques de la migration, les relations internationales, les conditions de travail, les problèmes culturels, le commerce, la frontière et l’histoire des relations entre les deux républiques (Marinez, 1986). Le professeur Sauveur Pierre Etienne vient frayer des pistes jusque-là non explorées dans « Haïti, la République dominicaine et Cuba-Etat, économie et société (1492-2009), l’Harmattan, Paris 2011. Il est question dans la perspective de l’auteur d’interroger la trajectoire spécifique de Cuba, République dominicaine et Haïti à l’intérieur du système capitaliste en tenant compte de l’expansionnisme européen. Il a privilégié alors une connaissance des transformations politiques, économiques et sociales en relation à la formation d’un système d’Etats concurrentiel et du système capitaliste occidental. Il y a lieu d’aider à mieux cerner la question dominicaine, ses mythes et réalités. En ce sens, nous voudrions mettre à profit les positionnements de contemporains dominicains tels que Carlos Julio Baez Evertz et Franc Baez Evertz, le premier qui situe le moment historique de l’accumulation de capitaux soldée d’un succès météorite du modèle économique de Balaguer. Quant au deuxième, dans son ouvrage intitulé «la formacion del sistema agro exportador en el caribe-Republica Dominicana y Cuba, 1515-1898. Editora Universitaria, Santo Domingo 1986», il a proportionné l’analyse des structures de Cuba et République dominicaine et ses transformations, spécifiquement durant le XIXe siècle. Les cinq pays qui constituent les grandes Antilles ont été considérés étant donné la pertinence à rechercher dans l’utilisation d’une matrice explicative basée sur la comparaison entre ces pays. Ainsi, le présent article tient lieu à mettre en relief les aspects fondamentaux du « modèle dominicain ».Nous nous limitons à quelques indications de base en guise d’éléments essentiels de compréhension de la situation. Dans l’histoire économique dominicaine, nous pouvons relever les modèles suivants : le modèle trujilliste 1950-1961, le modèle de croissance axée sur le déséquilibre 1962-1964 et le modèle général (Carlos,Ascuasiati, 1986).Le premier modèle fait intervenir l’exportation, le secteur public dans la génération de revenus en dépendant exclusivement de la demande externe. Nous avons noté alors une croissance de l’ordre de 6.5%. La génération de devises est primordiale et doit impulser la croissance économique. Les mécanismes autoritaires en vigueur ont permis de modérer les niveaux de consommation et aussi se dévier de fortes importations éventuellement. Ainsi les ressources internes sont mobilisées en lieu et place de l’aide externe. Le marché est étroit pendant que la propriété est concentrée et la dépendance vis-à-vis des Etats-Unis, considérable avec 40% des exportations destinées vers ce pays. Le deuxième modèle de croissance axée sur le déséquilibre se définit à partir du niveau élevé de salaire, du volume d’emplois et des exportations limitées. L’investissement privé est déterminant. Il y a une hausse spectaculaire dans la consommation privée, de l’investissement privé et des importations. Quant au modèle général, il réunit les secteurs suivants : la production, la circulation du produit, la consommation du ménage et le secteur externe. Les exportations, les dépenses publiques et l’investissement privé favorisent le plein rendement des secteurs productifs et de circulation de produit. Mais les exportations influencent le plus l’économie dans la mesure qu’elles génèrent la demande monétaire, en conséquence, la capacité d’importer. Pour le moment, nous ne nous attardons pas à aborder le fonctionnement des trois modèles alors révisés. Nous allons porter une attention au modèle économique de Balaguer de 1969 à 1973. La République dominicaine de 1969 à 1973, au prix du bonapartisme de Balaguer (Roberto Cassa, 1976), a connu une accumulation de capital malgré la promotion d’un modèle extraverti de l’économie. Tout s’inscrit dans un contexte post occupation qui a occasionné, par la force des choses, le gel de salaires et l’augmentation des taux de bénéfices à partir de la loi d’austérité de 1966. Tout compte fait, l’exploitation de la main-d’œuvre haïtienne a été cruciale aussi bien que les dépossessions des paysans dominicains et l’émigration qui ont caractérisé le paysage politique et social. Entre-temps s’est promulguée la loi 299 relative à la promotion industrielle en 1968. Elle a favorisé l’investissement étranger à travers des avantages juteux en termes d’exonérations fiscales dans la filière des entreprises des zones franches. L’industrie de construction parallèlement a été en avant-garde, en occupant alors 100 000 salariés. Cela a été l’option du moment, à savoir la promotion des activités non productives de sorte qu’à exclure l’Etat de la sphère industrielle, d’après Franc Baez Evertz (1983), n’en déplaise à ceux qui croient en une entreprise personnelle du Dr Balaguer. D’où le mythe dominicain. Le secteur industriel non sucrier a fait un bond jusqu’à concurrence de 48.9% des investissements globaux en 1968 et 59.5%, en 1972. Toutefois, l’importation est élevée en raison de la participation de matières premières en provenance de l’étranger. • La dette externe est considérable. Elle est passée de 158.1 millions dollars en 1966 à 1 076 millions dollars en 1977. Les domaines de spécialisation étaient l’industrie d’extraction minière, le montage et le tourisme. Tous les trois contrôlés par le capital étranger. Par exemple, les mines à 99%. Il s’est formé une bourgeoisie civico - militaire. Le président a eu la marge de distribuer les ressources publiques à des secteurs de la bourgeoisie traditionnelle en vue de garantir une accumulation capitaliste à travers des mécanismes de détournement. D’un budget de 8% assigné à la présidence, elle s’accaparait de 46%. Pour contrebalancer le poids des classes dominantes, le Dr Balaguer a tenté de coopter un secteur de la paysannerie à travers des lois agraires édictées en 1972.Ce qui allait être une source de dissensions à l’intérieur du bloc au pouvoir. La conjoncture favorable 1969-1973, due aux prix élevés du sucre sur le marché international, a expliqué le fonctionnement du modèle économique de Balaguer. Ceci n’était qu’éphémère, avec la chute subite des prix après 1973. Ainsi le taux de croissance du produit intérieur brut fut de 11% et chute de manière considérable à 6.9% en 1974, 5.6% en 1975, 6.3% en 1976 et 3.3% en 1977.Ce modèle est dès lors en agonie. La crise sévit. La médiation existant de la perspective du bloc au pouvoir s’est effritée et a préparé des conditions à la mise en place du pacte de 1977, lié à l’avènement au pouvoir du Parti révolutionnaire dominicain (PRD) de 1978 à 1986. C’était la débandade économique et l’endettement vis-à-vis de l’extérieur. Au retour de Dr Balaguer 1986-1990, la dévaluation du peso était de presque 400%. Les éloges de croissance de 7.5 % à l’ère de Fernandez (1996-2000) ne confortent pas la République dominicaine sur le plan économique et social .Ce, après 16 années quand, entre 1971 et 1980, la moyenne du taux de croissance était de 7% (Daniel, 1996). Il ressort une pauvreté, de l’ordre de 75% dans les régions Bahrona, Pedernales, Bahoruco et Independencia ;de 70% au Cibao occidental, Santiago Rodriguez, Dajabon, Monte Cristi, Cibao Oriental, Salcedo, Duarte et Samana. Dans le District national, la pauvreté extrême est autour de 40% (Pedrazuela, 1998). Ces régions constituent les principaux pôles de développement. Jusqu’en 2002, l’on a connu une certaine reprise, avec une croissance annuelle de 8%. Cette croissance est due à une conjoncture internationale favorable à l’augmentation du tourisme et des exportations des zones franches. La situation s’est renversée peu de temps après, avec une augmentation du peso de presque 100%, soit 32 pesos pour un dollar comparativement à 17.50 pesos en 2000 (Diaz, 2003). Ensuite, c’était la banqueroute de Banco Intercontinental (BANINTER) qui a provoqué une dévaluation de 37% du peso (Hancy Pierre, Le Nouvelliste du 7 novembre 2003). L’agronome Mejia (2000-2004) a enfoncé le couteau dans la plaie, loin de résoudre la crise économique, le taux de croissance de 2.7% en 2001 passe à -6% en 2002 et une dette externe représentant 24% du PIB. L’inflation bat son plein dans un contexte où des dépenses publiques se sont orientées à tort dans des activités dans la mire de la réélection de « papa », surnom donné à l’agronome Mejia Rodriguez. La stabilité a été rétablie durant l’expérience 2004-2008 sur fond de misère, de désespoir et d’émigration incontrôlée ; l’exploitation et la prostitution juvénile , grandissantes.