11 septembre 1988, l'histoire en dérision...

Edito des autres

Publié le 2014-09-11 | Le Nouvelliste

Hérold Jean-François Le 11 septembre 1988, notre pays a vécu le terrorisme d’État dans son expression la plus permissive. Des bandes armées se sont attaquées aux fidèles de l’Église Saint-Jean-Bosco où Jean-Bertrand Aristide, prêtre salésien de son état, célébrait une messe qui allait tourner au drame. Les dénommés « brassards rouges » liés au régime et à des personnalités de référence ont pris d’assaut la petite chapelle de Saint-Jean-Bosco à La Saline. De nombreuses victimes dont une femme enceinte poignardée et sauvée de justesse... La nation est sous le choc. Et, circonstance aggravante, les hommes de main qui ont perpétré ce crime public ont été à la Télévision Nationale, pour revendiquer leur forfait. Aucun mandat n’a été émis contre eux alors que leur image était publique, tout le monde a vu leurs visages de terroristes sur le petit écran. Mais, concours de circonstances, leur cible principale, le père Jean-Bertrand Aristide, protégé par les siens, ses dévots, a pu être évacué à temps et mis hors de danger. Haïti, avec ce fait de sang qui nous renvoyait à la terreur des moments les plus sanglants de la dictature duvaliériste renversée il y avait juste trente-et-un mois, venait de prendre un tournant… Le général Henri Namphy qui a perdu son statut de « Chouchou » depuis le renversement du régime du président Leslie François Manigat il y a moins de trois mois, mettait la République en grand danger avec une tendance à la déviation vers les sentiers battus du pouvoir militaire autoritaire. Ses pairs se chargeront, six jours après l’acte inqualifiable du 11 septembre 1988, de le faire tomber du pouvoir et de l’embarquer pour l’exil en République dominicaine voisine où il réside depuis. L’histoire se développe à un rythme vertigineux en Haïti pendant la transition ouverte le 7 février 1986, après trois décennies environ de dictature. On est à moins de trois ans de la chute du régime des Duvalier et la transition nous a déjà montré son profil d’instabilité qui n’augurait rien de bon pour la suite. Les élections programmées pour le 29 novembre 1987 se sont terminées dans le sang des votants pendant le massacre de la ruelle Vaillant, mais avant ladite date, que d’événements n’avions-nous pas vécus ! Les manifestations de rue, les grèves sauvages, la marche des femmes du 3 avril 1986 avec une participation monstrueuse estimée à 300.000 personnes, la manifestation commémorative du 26 avril 1963, vingt-trois ans après, soit le 26 avril 1986 et les violences de Fort Dimanche, la manifestation monstre du 7 novembre 86 où 200000 personnes réclamaient Charlot Jacquelin, un professeur militant de Cité Soleil arrêté le 19 septembre 1986 et porté disparu…Après les élections manquées du 29 novembre 1987, l’on a vu le retour du profil du pouvoir militaire suivant le modèle des juntes de l’après-Lescot en 1946, Paul Eugène Magloire, figure dominante entre cette année et 1956, jusqu’à l’éclatement des fractions le 25 mai 1957 après l’illustration des figures du général Léon Cantave et du général Antonio Th. Kébreau qui a ouvert la voie à François Duvalier. Le 11 septembre 1988 ouvrait la voie aux « petits soldats » qui faisaient écran au profil du général Prosper Avril. Le sergent Joseph Hébreux et sa clique aideront au démantèlement de l’armée mise à mal dans son pilier central, la hiérarchie maltraitée…En moins de trois ans de transition démocratique, Haïti est revenu à ses vieux démons, le pouvoir militaire, l’ambition des hommes en uniforme. Deux coups d’État en trois mois et la voie est ouverte aux déchirements entre les civils démocrates qui auront du mal à faire asseoir la suprématie du civil sur le militaire, comme cela se passe en régime démocratique. Espoirs et désenchantements ont marqué cette première période sensible de la transition démocratique qui court encore à cause de l’irresponsabilité des uns et des impostures des autres qui ont fait l’objet de nos passions et que l’histoire dévoilera plus tard comme n’ayant pas valu la peine… Vingt-six ans après le 11 septembre 1988, nous en sommes aux constats. L’armée a disparu de l’horizon après un ultime coup d’État, celui du 30 septembre 1991 contre l’homme de Saint-Jean-Bosco, celui-là même que l’on visait le 11 septembre 1988. Jean-Bertrand Aristide est aujourd’hui un dieu déchu. Il est passé du statut de saint à celui de mortel ordinaire confronté aux tracasseries inhérentes à la condition de simple citoyen, poursuivi par la justice, accusé de tous les maux de la République, à l’instar de ses prédécesseurs et pour les mêmes raisons infamantes... Ses avocats parviendront-ils à faire le miracle de le rendre blanc comme neige ou l’administration Martelly, à travers le magistrat Lamarre Bélizaire, maintiendra-t-elle la perception qu’il est rouge comme cramoisi (Ésaïe 1:18) ?... Le 11 septembre 1988, vingt-six ans après, le recul aidant, nous montre comment nous n’avons pas eu les leaders que nous méritions pour sortir le pays de la mauvaise passe de dirigeants incompétents, incapables de s’élever à la hauteur des attentes de la nation et de transformer Haïti en un pays viable en conformité avec le rêve de ses Fondateurs. La suite n’a pas été plus rationnelle, voire… Ce texte éditorial a été présenté au Journal de 17 heures de Radio IBO le jeudi 11 septembre 2014.
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