Joseph Obas (Jocil), le bombardier aux pieds d’or

Publié le 2014-09-17 | Le Nouvelliste

Obas fut une valeur nationale. Un homme qui a soulevé des foules dans des circonstances extraordinaires. Il a fait trembler presque tous les filets du pays et de la Concacaf. Il a enlevé le sommeil à de nombreuses équipes et dirigeants adverses par son génie et son talent. Il a réussi à lui tout seul ce que la politique n’a même pas encore tenté. Il aurait dû avoir un hommage de qualité, digne de son rang et de ses exploits. C’est la nation haïtienne tout entière qui devait savoir qui il fut et ce qu’il a réalisé. Un homme de cette trempe a droit à autre chose qu’a des demi-vérités de complaisance ou des banalités de circonstance même protocolaires. Les ministères concernés par ce deuil devaient diffuser des spots donnant des informations sur sa vie et ses œuvres pendant au moins trois jours avant ses funérailles, des colloques auraient du être organisés pour permettre à notre cher public passionné du ballon rond de mieux connaître le personnage. Nous allons essayer, par notre témoignage d’admirateur mais aussi de victime, soucieux de vérité, de contribuer modestement à esquisser le profil du personnage pour la postérité dans toute la gloire qu’il a méritée comme une figure emblématique de notre sport-roi malgré sa modestie légendaire, et sa simplicité coutumière. On a tué Obas une nouvelle fois, en faisant ses funérailles à la cloche de bois dans l’indifférence totale de la population pour laquelle il a sacrifié une partie de sa vie. Car, après un niveau de services, vivant ou mort, vous ne vous appartenez plus. Vous rentrez d’office dans la légion d’honneur. La légion d’honneur est la première haute décoration instituée pour récompenser en un grand brassage national les mérites d’un citoyen. Nous avions grandi dans l’entourage de Xavier Célestin (Boss Ton) et de Max Chauvel, tous deux membres influents du Zénith Athlétic Club (ZAC) qui entretenaient de bonnes et solides relations avec notre famille. Donc nous étions fan du ZAC dans l’âme et nous vivions de plus prêt leurs inquiétudes à l’approche d’un match Association sportive capoise (ASC) contre ZAC. Il fallait trouver deux gardes du corps à Jocil pour l'empêcher de tirer au but. Même Ti Jac, l’excellent gardien du Zénith était effrayé par ses tirs fulgurants. Nous sortions le plus souvent perdant de ces rencontres. Cependant, le problème allait changer de phase lorsqu’on devait constituer le « All Cap » avec les meilleures stars de toutes les équipes capoises. La ville comme un seul homme marchait derrière son équipe. Notre vision et notre admiration pour Obas allaient aussi changer. Joseph Obas est devenu une véritable force de la nature qui a séduit tout le monde, partisans et adversaires. Obas et le football capois Joseph Obas est l’un des joueurs qui ont marqué de manière indélébile le football capois ; mais ce football a commencé bien longtemps avant lui. Daumec Bobo, un Capois en pension à Saint-Louis de Gonzague à Port-au-Prince, venait passer ses vacances dans sa ville natale. En juillet 1906, il s’y rendit avec un ballon de football. Sitôt arrivé, il fonda le « Junior club capois » qui avait comme président le professeur Louis Mercier. Au cours de la deuxième moitié de l’année 1906, un autre club prit également naissance au Cap-Haïtien: Il a été créé par les frères Durand. C’était le Racing club capois. Il a survécu jusqu'à l’occupation américaine en 1915.Il a fallu attendre 1925 pour une reprise timide des activités sportives et l’arrivée de « L’indépendant Club » avec Louis Béliard, Max Jean-Jacques et consorts. Ce dernier club n’a survécu que l’espace d’un matin. Les dissidents créèrent l’Association sportive capoise (ASC) en 1930 qui régna en maître jusqu'à la fondation du Zénith athletic club (ZAC). Joseph Obas a grandi à La Fossette, un quartier populaire situé à l’entrée Nord de la ville du Cap. Il a été éduqué par sa mère qui faisait du commerce. Il intégra l’ASC à la fin des années 1950 à l’âge de 17 ans et demi. A cette époque, pour être un membre de la sélection nationale, il fallait jouer la fameuse coupe Pradel à Port-au-Prince pour être vu et évalué par les grands techniciens de la fédération. Obas était un athlète solide, puissant, bien bâti, qui allait devenir un milieu de terrain indiscutable de l’ASC, du Racing club haïtien (RCH) et de la sélection nationale. Au niveau national, il éclata en 1962 au cours d’un match opposant le Violette contre All Cap qui s’était soldé par une victoire du All Cap par 2 buts à 0. Les deux buts avaient été réalisés par Joseph Obas. Dès lors, il ne devait plus rester au Cap. Des négociations ont commencé avec le Violette le jour même du match pour deux des échantillons de l’All Cap : Claude Barthélemy et Joseph Obas. Ils se sont fait devancer par le puissant et intrépide Roger Lafontant, un homme pour qui la passion du football n’avait ni prix ni limite. Après des voyages incessants au Cap, il finit par les faire rentrer à Port-au-Prince au cours de la même saison. Obas a marqué trois brillantes saisons en coupe Pradel (1963-1964-1965). Il donna au Racing son seul et unique titre de champion international de la Concacaf, deux ans seulement après sa fondation. Durant près de 10 ans, ses exploits considérables ont tenu les amants du ballon rond en haleine. Il était mondialement connu et est entré debout dans l’histoire. Il prenait un réel plaisir à entraîner ses tirs des deux pieds et à longue distance. Leur puissance laissait généralement pantois les gardiens de but. Haïti a eu un rayonnement extraordinaire et son football avait une valeur marchande très appréciable. La carrière internationale de Joseph Obas Le mariage d’Obas avec la sélection nationale fut de longue durée et donna des résultats satisfaisants. D’abord en 1968, l’équipe haïtienne a été amenée aux portes de la qualification pour les Jeux olympiques de Mexico en perdant la finale régionale contre Costa Rica. Obas allait écrire sa plus belle page d’histoire pour le Mondial de 1970 à Mexico. Au Salvador, comme à travers toute l'Amérique centrale, il était très connu, comme toutes les stars du football haïtien de l’époque en raison de sa performance, surtout de sa réussite et de sa capacité à décider du tournant d’un match grâce à ses missiles qui étaient l’un de ses atouts. Il joua son dernier match au Stade Sylvio Cator en 1974 face au Violette. Emu jusqu’aux larmes, il reçoit une marque d’attention pour les services rendus au football haïtien et surtout à son club de prédilection, le Racing club haïtien, à l’occasion du cinquantenaire du vieux Lion. C’était l’ingénieur Paul Mathon, membre du comité d’organisation qui lui remit le parchemin. Après sa retraite bien méritée, il s’installa à New York avec sa famille, travaillant durement pour faire l’éducation de ses 14 enfants dont deux vivaient en Haïti. Le samedi 21 juin 2014, alors qu’il suivait le match Argentine-Iran dans le cadre de la phase finale de la Coupe du monde, il s’est éteint des suites d’une crise cardiaque. À Port-au-Prince, on garde encore le souvenir de celui qui faisait la terreur des gardiens de but. Malheureusement, nous laissons partir l’un après l’autre ces héros qui ont écrit l’histoire sans commune mesure et sans crier gare. Nous présentons des condoléances à sa famille, à l’ASC, au RCH, à la FHF et à tous ceux qui l’ont connu et aimé.
Islam Louis Etienne Auteur

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