Le vendredi 8 août 2014, le titulaire du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), Nesmy Manigat, a annoncé « 12 mesures » visant à reprendre le contrôle de l’école haïtienne et à améliorer la vie éducative. Au moment de cette communication publique, le président de la République, Monsieur Michel Joseph Martelly, et quelques syndicalistes étaient présents pour appuyer le ministre pour ces mesures qualifiées de « courageuses ».
Le système éducatif haïtien, abandonné par l’État depuis des lustres, devient de plus en plus malade, et les tentatives visant à son relèvement doivent être bien évaluées. L’attaque du problème doit être faite dans sa racine si on veut vraiment apporter des solutions durables.
Depuis 1982, sous l’instigation de Monsieur Joseph C. Bernard, ministre de l’Éducation à l’époque, il était prévu de poser un ensemble d’actions pour que l’éducation de chez nous ne forme plus des citoyens « dépaysés ». Elle devait être « un moule à façonner ». Trente-deux ans après, on ressuscite ce décret de la « Réforme éducative » après avoir constaté enfin que notre éducation prend la direction de la descente aux enfers (si elle n’y est pas déjà arrivée). Les mesures annoncées méritent des explications additionnelles que les responsables d’écoles, les professeurs, les élèves et les parents sont en droit de savoir. Le président de la République avoue que « l’heure est grave. Le moment est historique et solennel. Il est venu le temps d’un grand examen de conscience national face aux résultats négatifs enregistrés dans le système ».
À entendre le président et le ministre, on pourrait dire que l’état d’urgence est décrété dans le secteur éducatif. Cependant, quelques-unes des mesures nous rendent sceptiques. Prenons celles annulant les examens de la sixième année fondamentale (examen de fin d’études primaires) et la rhéto (bac I). La réforme éducative de 1982 sert de référence à ces annulations.
Aujourd’hui, n’importe qui peut intégrer une institution scolaire à titre de « professeur »: sans qualification, sans compétence. On enregistre moins d’échec dans les classes où l’évaluation est assurée par les directions d’école, pas parce que les enseignants sont performants mais parce que les directions d’écoles facilitent le passage de l’élève à une classe supérieure. Comment permettre aux directions d’école d’organiser les examens pour les classes de la sixième année fondamentale et la rhéto sans que le MENFP s’assure que le personnel enseignant réponde aux critères prédéfinis et qu’une certaine moralité s’établisse progressivement au sein des directions d’école sur le territoire national ?
L’enseignant, un des acteurs clés dans le système, a un ensemble de rôles qu’il est appelé à jouer pour réussir son enseignement. Claude Bordeleau et Linda Morency font mention de huit dont les rôles de leader, d’enseignant, d’animateur, de personne-ressource, de gestionnaire, de psychologue, de surveillant, de motivateur. Comment penser à la réussite scolaire si celui qui intervient ne connaît ni ne maîtrise pas ses rôles. Attendre neuf ans pour évaluer les élèves officiellement ne constitue-t-il pas le risque d’avoir beaucoup plus de catastrophes ? Il est vrai qu’on prévoit une évaluation avant d’atteindre la sixième année fondamentale mais, en plus d’être incertaine, cette mesure ne peut nullement donner une bonne idée du niveau des apprenants, étant basée sur une seule matière.
21,31% est le résultat du bac I (rhéto) pour le département de l’Ouest. Cela veut dire que près de 80% de nos élèves ne peuvent réussir les examens d’État pour ce niveau. Éliminer ces examens, est-ce une action rationnelle ? Les responsables du MENFP ne pensent-ils pas que l’unique examen prévu pour le secondaire risque de donner plus d’échec que celui d’aujourd’hui ? Le professeur Leslie F. Manigat pourrait dire « soyons sérieux ! ».
On sait que la question de l’éducation concerne essentiellement trois acteurs indispensables, à savoir le personnel enseignant, l’apprenant et les parents. Ces derniers ont un rôle incontournable à jouer pour permettre à l’enseignement d’être effectif. On imagine mal que le ministère de l’Éducation nationale ne dise rien sur cette catégorie. Comment croire à la réussite de nos élèves sans une implication directe des parents dans le processus ? Au moment où nous vivons, les parents sont dépassés. Ils ne s’impliquent plus dans le processus pour des raisons diverses. Le plus souvent, c’est un manque de disponibilité: puisqu’ils travaillent toute la journée, ils n’ont pas le temps de contrôler le travail de leurs enfants. Le niveau académique des parents par rapport aux élèves est aussi une phase à explorer ; les parents, ayant un niveau académique inférieur aux enfants, ne peuvent pas les contrôler. Trouver des stratégies pour impliquer les parents dans le processus s’avère nécessaire et le MENFP ne peut pas s’en passer s’il veut que l’école haïtienne soit une école de qualité et de réussite.
Pendant que les responsables annoncent un train de mesures dans le secteur éducatif, il est important qu’ils précisent pour le public quelle école ils veulent et pour quelle société. C’est après avoir explicité cette interrogation qu’on peut comprendre les mesures annoncées.
Steve Bissonnette, Mario Richard et Clermont Gauthier indiquent que « le défi qui se pose à ceux qui veulent mettre en place des mesures visant à favoriser la réussite scolaire consiste à identifier les types d’intervention qui seront les plus efficaces ». Est-ce qu’on a déjà identifié ces interventions dites efficaces ? Il faut se rappeler que « l’essentiel n’est pas dans la hauteur des intentions mais dans ce qu’apprend réellement l’élève ». Former les acteurs clés de l’éducation et les intégrer, améliorer leurs conditions de travail et fixer des objectifs clairs et raisonnables sont, entre autres, les principales actions que devraient envisager les responsables du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle pour la réussite scolaire.
Au-delà des « 12 mesures » du MENFP !
Le vendredi 8 août 2014, le titulaire du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), Nesmy Manigat, a annoncé « 12 mesures » visant à reprendre le contrôle de l’école haïtienne et à améliorer la vie éducative.
Guison CELESTIN
Étudiant en Travail Social
UEH/ Faculté des Sciences Humaines
guisoncelestin@yahoo.fr
25 sept. 2014 — Lecture : 4 min.