Fred D. Mc Guffie
L’homélie est un terme qui vient du grec « homelia » (entretien, réunion) qui, lui-même, vient du mot « homos » (même). L’homélie est un discours qui s’adresse aux croyants d’un même Dieu, croyants qui se rassemblent et forment une communauté. Elle est généralement un entretien qui part du texte sacré et permet au prêtre d’expliquer les vérités de la foi et les règles de la vie chrétienne.
L’homélie est, somme toute, un entretien familier dans un cadre liturgique, sur le ton de la conversation, pour actualiser la parole de Dieu et susciter la louange et l’action de grâces. C’est un art subtil, situé au carrefour de la réflexion théologique, de l’ouverture pastorale, de la situation du monde et de l’expérience spirituelle du prédicateur. L’homélie doit être le trait d’union entre la parole et la vie des gens.
L’homéliste a pour obligation d’actualiser ses interventions. Pour ce faire, il doit être imbu du contenu du texte, le situer autant que possible dans son contexte et chercher à connaître le prétexte.
La première qualité d’un homéliste est l’écoute. Pour prêcher convenablement, il doit s’imprégner de la vie des gens, savoir leurs aspirations, leurs attentes, leurs déceptions et leurs joies. Au cours de sa conversation avec le peuple de Dieu, assemblé devant lui, il doit pouvoir toucher toutes les catégories sociales : enfants, adolescents, hommes et femmes, célibataires, couples, veufs et veuves, vieillards, hommes et femmes, des personnes d’origines culturelles très variées, des chrétiens de toujours et des « recommençants ». C’est un défi redoutable.
Celui qui est appelé à commenter la Parole de Dieu a pour obligation de bien écouter l’actualité et la vie des gens. Il doit être imbu de certaines de leurs préoccupations, aspirations, déceptions, etc. L’homéliste doit chercher à discerner le niveau de son auditoire et savoir quel langage qu’il faut employer.
L’homéliste doit être au courant de l’actualité dans laquelle évolue le peuple de Dieu. C’est malheureux d’entendre dire par un homme d’Église « je n’ai pas de temps pour écouter la radio, lire les journaux ». C’est dommage ! Je les plains …
L’homéliste a pour devoir d’écouter le Seigneur en mûrissant le texte dans le silence et la prière. Cette étape, malheureusement, est escamotée, pressés sont les prêtres qui pensent, pour avoir lu le texte des dizaines de fois, arriver à le maîtriser. L’homéliste consciencieux s’impose la discipline d’écouter le Seigneur et d’écouter ensuite le texte, même s’il croit le connaître.
Dans son exhortation apostolique postsynodale « Sacramentum Caritatis », le pape émérite Benoit XVI avait déclaré :
« En relation avec l’importance de la Parole de Dieu, il est nécessaire d’améliorer la qualité de l’homélie. Elle fait partie de l’action liturgique. Elle a pour fonction de favoriser une compréhension plus large et plus efficace de la Parole de Dieu dans la vie des fidèles. Les ministres ordonnés, évêque, prêtre, diacre, dit-il, doivent préparer l’homélie avec soin, en se basant sur une connaissance appropriée de la Sainte Écriture.
L’homélie, poursuit-il, doit mettre la Parole de Dieu proclamée en étroite relation avec la célébration sacramentelle et avec la vie de la communauté en sorte que la Parole de Dieu soit réellement soutien et vie de l’Église. »
Les homélies doivent avoir un lien avec l’histoire et la situation concrète des auditeurs. Elles ne doivent pas non plus manquer de qualité par suite d’une préparation bâclée. La prédication doit être évangélisatrice et prophétique de façon à attirer les fidèles vers Dieu par l’appel au salut. L’homélie ne doit pas être un supplice pour l’auditoire. Elle n’a qu’un but : permettre à la Parole de venir habiter chez les siens.
Bernard Jouanno, de son côté, nous enseigne que l’homélie fait partie de la liturgie et elle est fort recommandée, car elle est nécessaire pour nourrir la vie chrétienne. Son objectif essentiel est d’expliquer soit un aspect des lectures de la Sainte Écriture ou bien un autre texte de l’ordinaire ou du Propre de la messe du jour.
Loin d’être un enseignement de théologie, un cours d’exégète ou d’histoire, une leçon de catéchisme ou encore une exhortation morale, l’homélie est une méditation, un commentaire sur les lectures bibliques lues au cours de la messe. Elle est prononcée juste après la lecture des textes bibliques du jour, en clôture de la liturgie de la Parole.
Le pape François considère l’homélie du prêtre, lors de la messe, comme un moment capital pour évangéliser. Dans son exhortation apostolique, il en a profité pour fustiger les prêtres qui ne la préparent pas. Pour lui, c’est un acte malhonnête et irresponsable, car l’homélie doit pouvoir brûler les cœurs.
Comme l’a souligné le pape émérite, l’homélie doit être prononcée par l’évêque, le prêtre ou le diacre qui sont les ministres consacrés. Le cardinal Arinze, préfet de la Congrégation pour le culte et la discipline des sacrements, dans une lettre datée du 1er décembre 2005, adressée au responsable du chemin néocatéchumenal, l’a déclaré en ces termes :
« L’homélie qui fait partie de la liturgie elle-même est réservée au prêtre ou au diacre. » Pas question d’en donner la responsabilité à un laïc. A défaut du prêtre ou de l’évêque, elle peut être dite par un prêtre non concélébrant.
L’homéliste a pour devoir de laisser mûrir les textes dans le silence et la prière. La parole du prédicateur n’est pas une parole sans racine. Il est responsable de l’Autre et, devant lui, comme il l’est de ceux auxquels il s’adresse. A ce stade, sa tâche consiste à pencher avec lui sur les textes bibliques et à discerner comment Dieu se révèle maître aussi de son existence.
L’homélie est un entretien familier qui donne un témoignage de foi. Il s’agit pour celui qui a la charge de commenter cette parole d’aller à l’essentiel. Dieu est là, il est présent et a des choses importantes à nous dire.
Encore faut-il que l’homme, lui aussi, soit là. Il est très important que ceux qui écoutent se sentent concernés. Il s’agit de rejoindre l’attente que ces personnes portent en elles, peut-être à leur insu. L’homéliste doit prendre conscience que le Saint-Esprit est déjà à l’œuvre et qu’il a pour mission de chercher à éveiller son auditoire, voire le réveiller.
L’homélie doit être différente en fonction de l’assemblée. La façon de prêcher devant une assistance réduite sera différente dans une cathédrale remplie. Elle sera différente aussi en fonction du groupe d’âge en présence et du niveau intellectuel de l’assistance. Il est toujours bon de savoir à qui l’on s’adresse afin de s’y adapter. L’homélie doit passer par l’intelligence de celui qui prêche, mais aussi par son cœur. Il n’est pas recommandé de lire son texte. L’homélie doit être une forme de dialogue avec l’assemblée. Les personnes à qui vous vous adressez ne vous répondent pas verbalement, mais, à travers leurs yeux, leurs regards, on peut savoir si on est suivi ou non.
L’homélie lors d’une célébration de mariage sera différente de celle des obsèques. A ce carrefour, l’homélie doit être empreinte de compassion et la bonne nouvelle de l’espérance chrétienne sera plus réceptive pour les parents et amis affligés. L’homéliste doit avoir à l’esprit que, dans l’assemblée, il peut y avoir des incroyants. Plusieurs catégories de personnes fréquentent l’Église. Généralement, le prêtre a, en face de lui, 4 catégories d’auditeurs : des chrétiens de conviction (ils ont soif de progresser) ; un troupeau de chrétiens de tradition qui, nés ailleurs, seraient des vodouisants, des protestants (ils doutent et ont tout à apprendre) ; des chrétiens d’occasion venus pour une fête ou un évènement (ils ont leurs interrogations et, pour eux, l’homélie peut être une chance) ; des personnes en recherche (ces brebis perdues pour lesquelles le berger éprouve tant de joie en les retrouvant). L’homélie doit n’en ignorer aucun. Le message doit pouvoir atteindre une bonne partie du peuple de Dieu. L’homélie représente un espace particulier de communication qui touche au spirituel et à l’humain : une communication qui permet d’atteindre chaque dimanche un nombre élevé de personnes. L’homélie doit parler au cœur des fidèles, dans le sens biblique et patristique du terme. Les homélies qui ont le plus influencé la vie des fidèles viennent des personnes qui ont été les témoins de l’union intime avec le mystère de Dieu.
Enfin, nous pouvons dire que les homélies diffèrent d’un ministre ordonné à un autre. L’homélie du prêtre sera différente de celle du diacre. Le prêtre a la charge des âmes et a mission, au nom de l’évêque et avec lui, d’enseigner le peuple chrétien. Le diacre, quant à lui, est ordonné non pour le sacerdoce mais pour le service. La responsabilité du diacre à l’égard de la parole de Dieu ne se limite pas à l’homélie. Elle exige de lui un effort de conversion permanente pour que cette parole nourrisse et imprègne toute sa vie.
L’homélie est, pour de nombreux chrétiens, le moment capital de la rencontre avec Dieu. Elle est le temps de préparation à l’Eucharistie et est devenue le seul lieu de formation pour beaucoup. Que les homélistes prennent garde de façon à ramener vers la maison du Seigneur les brebis égarées !
Nos remerciements à Marie Florence Belizaire, Pierreline Sénat à la maison Handal et au group Sehsa
Qu’est-ce qu’une homélie ?
Fred D.