Odette Roy Fombrun
Le premier janvier 2014, Monsieur le maire a remercié le chef de l’État et son gouvernement pour les interventions heureuses faites aux Gonaïves. Il a surtout insisté sur les nombreux besoins qui réclament de nouvelles interventions de l’État haïtien -que l’on sait pourtant pauvre - tout en soulignant que le taux de chômage aux Gonaïves est extrêmement élevé. Malheureusement, il n’a jamais parlé d’initiatives prises par la mairie pour combattre ce chômage croissant, pour produire des richesses susceptibles de contribuer à l’amélioration des conditions de vie de ses concitoyens et contribuer au développement de sa région pourtant pleine de richesses exploitables.
J’ai alors pensé à la Corée du Sud qui était plus pauvre qu’Haïti il y a environ une cinquantaine d’années. De nos jours, classée pays développé, elle souhaite voir Haïti prendre la voie qu’elle avait prise pour se développer.
Quelle option majeure a conduit la Corée du Sud à un tel succès ?
Incontestablement, l’option du konbitisme: en incitant les villageois à se mettre ensemble pour réaliser des projets essentiels au développement de leur communauté. Le gouvernement leur procurait l’encadrement technique et les matériaux nécessaires à la réalisation de ces projets tandis que la communauté fournissait toute la main-d’œuvre. Les villageois devaient en fait SE METTRE ENSEMBLE POUR FAIRE ENSEMBLE : c’était donc la KONBIT en action. La participation volontaire de la communauté à la réalisation des différents projets était la condition « sine qua non » à la réussite du développement. Les résultats de la transformation de la Corée du Sud sont aujourd’hui spectaculaires.
Les maires devraient s’inspirer de cette approche pour dynamiser leurs communautés, canaliser les ressources humaines et physiques de leurs zones, certes avec l’assistance de l’État, mais en diminuant la pression constante sur cet État dépendant de l’aide extérieure, donc incapable de répondre financièrement à toutes les exigences de la population à travers le pays. Ils pourraient alors multiplier les activités de production communautaires indispensables à leur développement et œuvrer à l’amélioration des conditions de vie de leurs concitoyens par des projets sociaux participatifs. Du même coup, ils contribueraient à la réduction des besoins d’importations qui se chiffrent aujourd’hui à des milliards de dollars alors que les exportations nationales ne s’élèvent qu’à quelques millions de dollars. On ne s’habille plus que sur les trottoirs et les clôtures deviennent étalages d’articles importés.
Il faut freiner cette mentalité de simples commerçants d’articles importés qui appauvrit le pays et encourager, en plus de l’artisanat qui attire nos visiteurs, les initiatives telles celles des épiceries en faveur de la production nationale de fruits et légumes, de pois… et l’ouverture d’industries susceptibles de diminuer l’importation, d’utiliser plus de main-d’œuvre et aussi d’augmenter l’exportation.
Messieurs les maires, au lieu de penser toujours à l’État pour tout faire, soyez proactifs. Cherchez à identifier le potentiel qui existe chez vous pour l’exploiter avec vos mandants. Voyez avec eux quoi et comment PRODUIRE en mettant à profit «konbitiquement» cette main-d’œuvre disponible, en attente d’être utilisée. N’oubliez pas vos milliers de bacheliers chômeurs qui répondront, j’en suis certaine, à un appel justifié pour servir, au lieu de supporter les politiciens qui invitent au «kraze brize» producteur de plus de misère.
PRODUIRE DE LA RICHESSE doit être le souci de chacun de vous, de chacun de nous. C’est la seule voie pour reprendre en main notre indépendance aujourd’hui mise à rude épreuve et pour que chaque Haïtien retrouve enfin SA DIGNITÉ ET SA FIERTÉ D’ANTAN.
A l’écoute du maire des Gonaïves
Odette Roy Fombrun Le premier janvier 2014, Monsieur le maire a remercié le chef de l’État et son gouvernement pour les interventions heureuses faites aux Gonaïves.