Jalousie derrière les couleurs

Jalousie a changé de visage depuis la décision du gouvernement de peindre les centaines de maisonnettes de ce quartier visible un peu partout à Pétion-Ville. D’autres types d’interventions visant à changer les conditions de vie des résidents à l’intérieur du quartier étaient aussi prévus dans le cadre du programme du gouvernement. Si Jalousie a fait peau neuve, certains problèmes demeurent à l’intérieur de ce grand bidonville sis au pied de Morne-Calvaire.

Publié le 2014-01-15 | lenouvelliste.com

Il est 2 heures, le temps est à la détente en cet après-midi de samedi. Sur la petite place publique à l’entrée du quartier, jeunes et vieux s’affrontent dans une passionnante partie de dominos. A deux pas de là, la mythique bande de rara du quartier, “Silibo tèt syèl”, est en pleine répétition. Le son des instruments à percussion rythme les pas des passants et les multiples activités de commerce concentrées dans cette petite rue qui donne accès à cet énorme quartier qui surplombe la commune de Pétion-Ville. Beaucoup d’activités à l’intérieur de ce quartier qui connaît depuis quelques mois pas mal de transformations. En effet, le programme du gouvernement intitulé Jalousie en couleurs a permis de changer l’image du quartier. Partout à Pétion-Ville, les centaines de maisonnettes revêtues de multiples couleurs attirent beaucoup plus les regards qu’avant. Une initiative que des habitants de jalousie saluent. « La décision de peindre les maisons a donné beaucoup plus d’attraction à notre quartier », a reconnu Manès Pierre, un petit vendeur de produits alimentaires, qui s’est installé juste à côté du couloir qui traverse tout le quartier. A mesure que l’on visite le quartier, on peut se rendre compte des améliorations, des besoins et des défis qui restent à relever dans ce bidonville qui s’est développé à la sortie sud de Pétion-Ville. En termes de réalisations, on peut noter aussi le bétonnage de certains couloirs, qui permet une meilleure circulation à l’intérieur du quartier. Des lampadaires solaires sont installés dans quelques points du quartier, ce qui est loin de garantir l’éclairage à l’intérieur du bidonville, conformément à ce qu’avait promis le gouvernement. Une fontaine d’eau potable est mise aussi à la disposition de la population. Les jolies couleurs appliquées sur les maisonnettes attirent, invitent certes à aller plus loin, mais les habitants partagent les lieux avec des piles d’ordures placées dans plusieurs coins. Le quartier fait face à un grand problème d’assainissement. Des habitants de Jalousie aimeraient que le gouvernement investisse dans d'autres problèmes auxquels font face le quartier. Les travaux réalisés jusque-là n’ont pas encore apporté de grands changements à l’intérieur de Jalousie, selon John Berny Drouillard. Assis sur un mur avec deux copains, le jeune homme de 21 ans, qui a grandi dans le quartier, a quand même énuméré quelques améliorations dans la vie des gens. « Il y a des jeunes du quartier qui ont pu avoir un emploi au sein de l’administration communale. Je n’ai pas encore de boulot, mais je suis content pour mes amis qui ont pu avoir un poste ». John dit croire que la création d’emplois en faveur des jeunes de son quartier est l’un des moyens les plus sûrs pour aider les familles à sortir de la misère et combattre l’insécurité. John Berny ajoute que les travaux entrepris à l’intérieur de Jalousie devraient s’accompagner de projets sociaux. Comme d’autres personnes interviewées, il aimerait voir plus que le revêtement des maisonnettes. « Le quartier a besoin au moins d’un centre de santé; les gens sont nombreux à vivre ici, cela aiderait à donner des soins à certaines personnes en cas d’urgence. On aimerait voir construire aussi une école communautaire qui permettrait aux enfants de débuter au moins leurs études ici », a indiqué le jeune home, qui invite le gouvernement à investir dans des activités socioculturelles. Patrick est vendeur de boissons alcoolisées. Pour lui, le succès des projets du gouvernement tient à l’achèvement de certains travaux. Patrick nous montre un espace qui avait été destiné à la construction d’un terrain de basket-ball, qui, jusque-là, n’a pas été entamée. De même que le terrain de foot que les autorités gouvernementales avaient promis de transformer en un ministade. Ce jeune trentenaire invite les responsables à se pencher sur le problème de l’insalubrité auquel fait face le quartier . Si des membres de la population se montrent insatisfaits, il est peut-être encore tôt pour conclure que le projet va rester là. Les multiples promesses du Premier ministre Laurent Lamothe lors de sa dernière visite dans le quartier laissent croire que le gouvernement voit plus loin pour ce bidonville déjà en chantier.


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