Manuel Sambour, gouverneur de la guitare

PUBLIÉ 2013-12-11
Il est né au Panama d´un père haïtien et d´une mère équatorienne. A 22 ans, ce citoyen du monde travaille pour Peavey et solidifie sa réputation en Amérique latine grâce à sa maîtrise de la guitare. Son grand succès ne lui fait pas oublier ses origines haïtiennes.


Présente-toi à nos lecteurs. Je m'appelle Manuel Sambour, je suis né au Panama le 7 janvier 1991. Mon père, Johnny Sambour, était un architecte décorateur de renommée en Haïti et internationalement, particulièrement reconnu pour les dessins et constructions de l’Infini, de Taras et de la décoration du palais national dans les années 1980. Ma mère a étudié le fashion design à l'école Parsons de New York et avait créé plusieurs boutiques de prêt-à-porter au Panama et en Équateur. Au cours des années 1990, mes parents, Johnny et Ana Sambour, se sont séparés alors que j'étais encore très jeune. J'étais donc constamment en train de voyager entre Haïti et Equateur avec mon frère Jean. Parle-nous de tes débuts dans la musique. J'ai commencé à montrer une affinité pour la musique à un jeune âge. Quand j'avais 9 ans, ma grand-mère m'a inscrit au conservatoire Franz Liszt où j'étudiais la percussion. Plus tard, j'ai changé mon instrument à la guitare électrique, lorsqu'un ami de mon grand frère avait laissé son instrument chez nous par mégarde, avant de partir aux États-Unis. Ainsi, c'est à 15 ans que je me suis retrouvé avec un nouvel instrument chez moi: ma passion pour la guitare électrique aura commencé ce jour-là. Même sans formation académique formelle, en m'entraînant devant la télévision, plusieurs heures par jour après le lycée, j' ai développé une technique solide et une ouïe de plus en plus fine. 2 ans après, plusieurs amis et mes parents me motivaient à me lancer dans le monde de la musique et des concerts. Et quand as-tu commencé à te faire connaître du public? C'est en 2009 que mon frère Jean et moi avions commencé un groupe de hard rock/métal en Equateur appelé Hydra. Lors de ma première apparition sur scène, nous avons gagné la première place dans les auditions pour le grand concert Vivamos las Fiestas en Paz, qui se jouait devant le palais national de Quito devant des milliers de spectateurs. Je dois avouer qu'à l'époque, je n'avais assisté à ce type de festival musical que comme spectateur pendant de nombreuses années, et n'imaginais même pas pouvoir y participer un jour. Cependant, une fois sur scène, je me suis senti plein d'énergie et la réaction positive du public m'a donné beaucoup de confiance en moi. Plus tard, dans la même année on a été invités à jouer dans la tournée de la Semaine del Rock 2009, le plus grand festival de rock du pays. Nous avons d'ailleurs été choisis comme un des deux seuls groupes qui auraient le privilège de jouer dans toutes les villes du festival (Quito, Guayaquil, Cuenca, Riobamba, Lago Agrio). Nous avons finalement clôturé notre première année de carrière, le 31 décembre avec le concert Al Sur del Cielo, avec environ 1 0000 spectateurs à la Concha Acustica de la Ferroviaria de Quito. A cette époque j'avais un goût pour la musique plutôt "agressive", j'écoutais particulièrement du rock et du métal avec de petites exceptions (musical de Notre-Dame de Paris). Mon père avait toujours eu un goût et une passion pour l'opéra, qui m'aura influencé par la suite à écouter des artistes contemporains comme Emma Chaplin, Garou, entre autres. Ironiquement je n'aurai pas commencé à prêter mon ouïe à ce genre de musique avant que mon père ait été assassiné en 2003. Quand as-tu senti que t´es devenu véritable virtuose? A 18 ans, Hydra a vu sa fin dû au fait que mon frère devait partir pour poursuivre ses études en Suisse. J'ai commencé à jouer dans des groupes d'hommage au rock classic et j'ai compris l'importance de la versatilité. Cet aspect de ma formation ne s'est qu'accentué quand je me suis inscrit à Musicians Institute. Mon ami d'enfance (Jose Roman) avec qui je jouais de la musique très souvent en Equateur a fini ses études au lycée Français un an avant moi et je lui ai recommandé d'aller étudier à Musicians Institute, où je pensais poursuivre mes études après avoir mon bac. Un an plus tard, on s'est réunit pour former le groupe qu'on a aujourd'hui, Daphne's Roots. Avec Daphne's Roots on a lancé un premier CD de 4 chansons pour nous promouvoir et commencer à jouer. La réponse du public ici à Los Angeles a été très positive depuis le début, ce qui nous a permis, d'être de plus en plus actifs. On vient de finir d'enregistrer notre premier disque complet de 12 chansons intitulé "The Voyage" et on pense le lancer au début de l'an prochain. Tu te dis versatile, alors où se situent tes goûts musicaux exactement? J'ai toujours eu un goût pour la musique sophistiquée, pas nécessairement compliquée mais de bon goût. Mon guitariste préféré est Pat Metheny, un virtuose du Jazz, alors que mon groupe préféré est Periphery, qui est du metal assez "complexe" mais mélodiquement très riche. La formation qu'on a reçue au Musicians Institute nous a certainement permis de grandir exponentiellement en tant que compositeurs et musiciens. Ceci dit, je connais plusieurs musiciens qui n'ont pas eu de formation académique en musique et qui sont vraiment extraordinaires. Je pense que dans la musique comme dans la vie il suffit de comprendre qu'il faut écouter pour bien parler, de comprendre la situation où l'on se trouve pour réagir de façon appropriée et je crois que cet aspect se traduit bien à travers notre musique. Comment est ta relation avec Peavey? Ma relation avec eux a commencé il y a un peu plus d'un an quand j'étais en stage au showroom qu'on a sur Sunset Boulevard. Peavey Electronics est une compagnie d'équipements d'audio âgée de presque 50 ans et reconnue mondialement pour la qualité et la performance de ses produits. Aujourd'hui, je m'occupe de plusieurs tâches comme par exemple ingénieur de son pour nos événements qu'on diffuse en direct ainsi que des séminaires informatifs et des démonstrations de produits devant nos distributeurs à niveau des États-Unis. Quel rapport tu gardes avec Haïti que tu as quitté depuis un bail? Ma relation avec Haïti a changé de façon assez drastique avec la mort de mon père, car à cet âge je pensais qu'il n'y avait plus trop d'intérêt d'y aller constamment si ce n'était pour visiter papa. Mais au cours des années, j'ai compris qu'il m'a laissé plusieurs choses qui m'attachent à cette terre. J'ai une famille énorme qui me soutient et me motive immensément dans tout ce que je fais et je l'apprécie infiniment. Maintenant que mon frère habite là-bas, mon lien avec le pays ne s'est que renforcé. J'ai compris que mon père peut vivre toujours en moi, à travers ma relation avec Haïti. Pour moi un des aspects les plus valorisants du peuple haïtien est que même si le pays est toujours dans une situation difficile, nous, les Haïtiens, ne baisserons jamais les bras. Notre esprit combattant doit toujours redoubler d'efforts, pour transmettre la gaieté et la magie d'Haïti à travers la musique et les arts.



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