Dessalines et la bourgeoisie intellectuelle

Par Jean-Marie Beaudouin Dialectique de l'état civil: de la colonie à nos jours Nos auteurs en histoire, toutes écoles confondues, s'éternisent dans des recherches particulières au niveau du registre familial d'état civil du leader Dessalines.

Par Jean-Marie Beaudouin Dialectique de l'état civil: de la colonie à nos jours Nos auteurs en histoire, toutes écoles confondues, s'éternisent dans des recherches particulières au niveau du registre familial d'état civil du leader Dessalines. Enfouis dans cet exercice inopportun et impossible, ils en arrivent à avancer des dates de naissance approximatives, faute d'authenticité. Chaque auteur tient une date dans sa poche, dont il souhaite imposer aux Haïtiens des deux genres. Chaque auteur tient aussi, peut-être, un nom fictif de ses parents directs dont il pourrait se vanter d'avoir fait une découverte fortuite, dans le cadre de la célébrité toujours recherchée. Dans le but également d'exercer la dictature intellectuelle sur l'esprit du genre humain jusqu'à bloquer son cerveau aux seules thèses d'accusation, servant de corde à passer au cou de Dessalines, en vue de sa pendaison imminente et/ou prochaine. Bien entendu, l'acte d'assassinat physique, qui eut lieu au Pont-Rouge le 17 octobre 1806, s'est avéré insuffisant selon ses détracteurs traditionnels et ses adversaires politiques. Conscients de l'envergure du personnage qui venait d'être abattu et compte tenu des adhésions massives qu'il reçoit dans les milieux populaires, ils [ses ennemis] décident de passer au second acte au moyen de la littérature. Un domaine dans lequel ils sont passés maîtres puisqu'ils étaient, à l'époque, les seuls nantis du savoir dans un nouvel État qui comptait environ un million d'habitants, dont 98% d'analphabètes et d'illettrés. Aujourd'hui, l'école, institution universelle, continue à être dominée par les mêmes esprits bourgeois. Avec de petites nuances qui n'ont aucune conséquence sur la philosophie et la pédagogie de départ. Là, dans le domaine de la littérature dont ils en ont fait un sanctuaire, ils martyriseront Dessalines, l'humilieront, lui accoleront toute sorte d'épithètes blessantes et avilissantes, le présenteront sous les traits d'un sauvage du paléolithique, et iront jusqu'à chercher à ressusciter sa mère et son père pour prendre connaissance des conditions de son état civil et, peut-être aussi, du régime matrimonial dans lequel il naquit. Autrement dit, ils ne négligent rien dans la recherche qui tend à clouer au pilori l'homme de Cormiers. Tout cela se fait au nom du bonapartisme et au nom du droit bourgeois. Comment comprendre que des auteurs historiens haïtiens s'intéressent à l'état civil d'un ancien esclave révolté, au lieu d'étudier honnêtement les conditions psychologiques ayant déterminé son action historique vers la fin de l'automne 1803. N'importe quelle personne raisonnable, qui était amené à produire une étude sur l'histoire émouvante d'Haïti, aurait compris sans fard et sans a priori qu'il s'était passé des choses prodigieuses dans la tête de cet homme. Pour avoir eu le culot d'affronter courageusement les bêtes fauves de Napoléon Bonaparte. Il doit donc s'agir d'une oeuvre accomplie digne d'un homme de conviction et de devoir, dont la loyauté est indiscutable. Or, à l'époque de Saint-Domingue où furent débarqués nos mères et nos pères, sauvagement capturés du continent africain, l'état civil moderne, qui remplace les registres paroissiaux ou presbytéraux, n'avait même encore existé dans le pays des Français, une des civilisations les plus avancées de l'époque. Donc, le registre paroissial des naissances, des baptêmes, des mariages, des décès, etc., est l'ancêtre de l'état civil que l'homme moderne expérimente aujourd'hui. Autant dire qu'il fait figure de phénomène historique nouveau dans certains pays sous-développés, comme Haïti par exemple. Certes, le citoyen africain connaît par coeur les principes de la morale et les pratiquait dans sa communauté avec enthousiasme, mais quand il a été amené de force à Saint-Domingue et soumis aux pires traitements des bêtes, il ne s'en souvient plus. Il devient alors un automate dans les champs de culture, ainsi qu'au domicile des colons. Aux yeux de ces derniers, l'esclave était un animal, ils l'avaient traité comme tel. Peut-être qu'il nous faut rappeler pour la bien-pensance haïtienne que les pièces d'identité requises par l'État pour chacun de ses citoyens font partie des acquis de la civilisation et relèvent d'une société qui est régie par la loi. Laquelle législation s'étend à l'ensemble des habitants pendant qu'elle traduit, dans les faits, les comportements et réflexes sociaux ayant rapport avec la culture nationale. Nous ne pensons pas qu'un esprit raisonnable puisse penser que c'était le cas dans nos sociétés esclavagistes précolombiennes-colombienne, où trois classes étaient reconnues par l'État colonial: classe des blancs, celle des affranchis ou des anciens libres et celle des esclaves. Encore qu'il faut admettre que cette définition du concept de classe est pour le moins moyenâgeuse. Le statut d'esclave enlève d'office toute liberté chez l'individu qui s'abandonne au bon vouloir de son maître, qui, par conséquent, se trouve coupé du reste du monde. De telle sorte que sa liberté ne peut dépendre que de lui, et de lui seul. Même dans le monde moderne, c'est une seule classe qui domine les débats: la bourgeoisie. En plus du droit canon de Max Weber qui justifie a priori et a posteriori les actions malhonnêtes, antidémocratiques et criminelles de l'État bourgeois, quand il écrit: « L'État a le monopole de la violence physique légitime. » Sans fournir de détails qui soutiendraient sa thèse: c'est-à-dire à quel moment de l'histoire l'État peut-il se donner la faculté d'utiliser ses forces répressives de manière légitime? Ou, plus précisément, à quel moment l'État peut-il violenter légitimement? Inventer des concepts qui vont dans le sens des aspirations de la classe d'intérêts, comme « guerre préventive, guerre humanitaire, devoir moral », voilà la mission qui est dévolue à la structure humaine de la société intellectuelle bourgeoise. Pour nous, l'homme de lettre haïtien (des deux genres, bien sûr), en assumant sa responsabilité sociale et en prenant la décision d'écrire ou de narrer l'histoire des Nègres de Saint-Domingue ci-devant Haïti, aurait dû placer sur sa table de chevet ces trois prémisses suivantes: La Bulle pontificale de Janvier 1454, L'Édit de mars 1685 et, ce qui est aussi très important, l'attitude conciliante des Lumières. Lesquelles prémisses lui fourniront des raisons évidentes du comportement diabolique des colons européens qui, eux-mêmes, ont conclu sur l'animalité et la bestialité de l'esclave africain, à l'époque de l'ancien régime. Beaubrun Ardouin qui écrit notre histoire de peuple après 49 ans de l'indépendance nationale continue de croire que l'arrivée de l'expédition napoléonienne fut une démarche très prometteuse pour l'ensemble du corps social de l'île. Certes, il n'était qu'un enfant de 8 ans quand, en 1804, la révolution emporta pour la vie la loi du 20 mai 1802 et jeta à la poubelle de l'histoire le pouilleux système colonial et son cortège de maladies puantes, de vermine et de bactéries qu'il avait entrainées derrière lui pendant son expérience trois fois séculaires. Son livre parut en 1853, il en avait alors 57, pourtant la révolution haïtienne n'a exercé aucune influence sur lui. Il naquit le 30 octobre 1796 et s'éteignit le 30 aout 1865. Lui et son associé idéologique Madiou règnent (en histoire) sur notre système d'éducation. Voici son appréciation de l'arrivée des forces militaires françaises: « On peut donc le dire: en majorité, la population de toute l'île de Saint-Domingue était satisfaite de l'arrivée de l'armée française: - les colons, en voyant les forces européennes à leur donner plus d'empire encore que sous le gouvernement de Toussaint; - les hommes de couleur, en les croyant disposée à les protéger contre de nouvelles atrocités; - les noirs, en pensant que le régime de la vraie liberté allait être établi sous leurs auspices; - les anciens espagnols, en les délivrant du joug des noirs; - la plus grande partie de l'armée, enfin, en s'imaginant que ses services rendus à la France par la conquête du territoire sur les Anglais, allaient recevoir leur récompense. » Source: Études sur l'histoire d'Haïti. Tome 5, page 37-38. Auteur: Beaubrun Ardouin. Maintenant, dans le feu de l'action des Français, l'historien, dans ses joyeusetés coutumières, constate et rapporte les conquêtes éclairs et les remue-ménages qui s'ensuivirent: « Chargé d'en prendre le commandement, Boudet fit sommer les autorités militaires de la lui livrer (ville de Port-au-Prince). Le général Agé, commandant de l'Arrondissement, le colonel Dalban, commandant de la Place, le chef de bataillon Lacombe, directeur de l'arsenal, tous trois Français, le voulaient bien: ils partageaient naturellement les sentiments des colons et de tous les blancs qui habitaient Port-au-Prince, du Préfet apostolique Lecun qui s'empressa de travailler les esprits, et, disons-le, de la généralité des mulâtres et des noirs, tous désiraient en finir avec le despotisme de Toussaint et de Dessalines, commandant des départements de l'Ouest et du Sud. » Du même auteur, dans le même volume, à la page 57. Dans la conclusion de son premier volume, Madiou évoque la guerre du Sud avec des paroles troublantes mais allant toujours dans le sens du bonapartisme-esclavagiste que voici: « L'Agent Roume fut effrayé des horreurs qui se renouvelaient chaque jour de toutes parts. Il vit que les destinées de la colonie étaient compromises, et il ordonna au colonel du génie Vincent de s'embarquer pour la France en le chargeant d'exposer fidèlement au Directoire Exécutif l'état de la colonie. Vincent partit, et les passions politiques se développèrent avec une nouvelle fureur. Déjà, la révolution du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) par laquelle Bonaparte se saisit du pouvoir s'était opérée. Le gouvernement des consuls suivra à l'égard de Saint-Domingue la même politique que le Directoire. Toussaint n'ayant plus rien à craindre des Rigaudins du Nord, et certain de contenir les troupes du Sud dans les limites du Grand-Goâve, ordonna à Dessalines de réunir sur un seul point toute son armée qui s'élevait alors à trente mille hommes, et d'aller assiéger Jacmel. Après la chute de cette ville, le département du Sud ne pourra plus offrir une longue résistance. » Source: Histoire d'Haïti. Volume 1, page 361. Auteur: Thomas Madiou. Voilà un écrivain qui commence la littérature de l'histoire d'Haïti, quoiqu'après plus de quarante années de la Révolution, il continue de croire que le régime colonial avait sa raison d'être. Continue de croire que les conditions de vie des esclaves pouvaient changer sous le Consulat. Si changer veut dire décimer et/ou exterminer, eh bien oui! Napoléon Bonaparte allait apporter le changement. De fait, le but de l'Expédition de 1802 visait pour une grande part l'extermination de toute une race de femmes et d'hommes. Mais l'historien Madiou ne l'a pas compris ainsi, hélas! Avec eux, débute la période littéraire proprement dite. Le nouvel État peut alors jouir d'une certaine visibilité, quoique toujours maintenu dans un cruel cordon sanitaire imposé par les têtes couronnées d'Europe. Il faut, cependant, souligner que la littérature naissante, malgré ses lumières qui la bercent et l'animent, a été adroitement amputée de son premier créateur: Louis Boisrond-Tonnerre. Personne ne s'est jusque-là penché sur cette absence remarquablement injustifiée dans la littérature haïtienne, toute période confondue? Personne, jusqu'à date, n'a demandé pourquoi Boisrond-Tonnerre subit-il ce singulier courroux dans les récits d'histoire? Pourquoi le premier écrivain haïtien a-t-il été illégitimement soustrait de la culture, en général? Peut-être pour sa conclusion très lisible dans ses mémoires. Après avoir énuméré région par région, ville par ville, bourgade par bourgade, localité par localité, quartier par quartier, où Leclerc et ses collègues assassins firent couler à flot le sang des Nègres pendant l'occupation des forces expéditionnaires, le citoyen intégral et vertical Boisrond-Tonnerre conclut sur ces mots: « Haïtiens, que le courage d'un héros a relevés de l'anathème du préjugé, en lisant ses mémoires, vous mesurerez de l'oeil l'abîme d'où il vous a retirés! Et vous, esclaves de tous les pays, vous apprendrez par ce grand homme, que l'homme porte naturellement dans son coeur la liberté, et qu'il en tient les clés dans ses mains. », lisant Mémoires pour servir à l'histoire d'Haïti; auteur: Boisrond-Tonnerre. La phobie de rendre squelettique la révolution des esclaves, la recherche constante de l' « effet domino » et l'instinct qui consiste à démolir les leaders noirs sont une préoccupation intéressée des auteurs en histoire qui, tout en rapportant les évènements et les hauts faits d'armes, relativisent la valeur des chefs militaires qui les ont rendus possibles. Ainsi, pour mieux démolir complètement Dessalines l'Ancêtre, on ne veut rien laisser au hasard. Bien que l'homme haïtien (des deux genres) soit Africain dans le sang, on veut savoir ses origines: d'où il est, sa date de naissance, son acte ou extrait de baptême, sa mère, son père, et sous quel régime matrimonial ses parents se sont-ils unis dans le mariage? Osinon èske se yon loraj ki te kale-l? Son corps mutilé - dont on avait laissé sur les lieux du crime pour les pourceaux - et le courroux dont il est l'objet sous la plumes des écrivains sont jugés insuffisants, on a aussi besoin de remonter ses origines. Pour toutes ces raisons, jointes aux recherches très limitées des auteurs, nous réfutons sans ambages l'argument ad hominem dirigé contre la personne, contre l'intégrité morale du leader Dessalines l'Ancêtre. L'histoire des Indigènes d'Haïti, telle qu'elle fut vécue à Saint-Domingue, doit être écrite avec la plus grande rigueur, avec l'exactitude des faits et avec la certitude qu'elle fera l'unanimité parmi la communauté nationale. Objectif que le narrateur doit se fixer dès lors qu'il se décide à exercer la science historique: un domaine des sciences sociales, qui se libère de toutes formes de passion, d'état d'âme et de sensibilités partisanes. Telle est notre attitude. L'état civil est une institution universelle qui a rapport, au point de vue juridique, avec l'identité de l'espèce humaine dans toutes les parties du monde. Il est fait obligation à tout citoyen des deux genres d'entrer en possession des pièces légales supervisées et délivrées par l'État: acte de naissance, de baptême, de mariage, de décès, carte d'identification nationale, etc. En réalité, l'institution de l'état civil pénètre dans les foyers familiaux pour connaître l'identité des personnes, et ne s'intéresse aucunement à l'origine sociale des citoyens qui se présentent devant elle pour se faire enregistrer. Elle en est, en cette matière, le juge impartial qui fait taire toute forme de sensibilité politique, ou de préjugés de couleur. Sauf qu'en Haïti, elle n'a pas réellement évolué et fonctionne toujours au rabais. Ce qui n'est pas dû ni à la structure ni à l'infrastructure dont les officiers de l'état civil ont besoin pour étendre efficacement le service obligatoire d'identification à la population. Mais ce mode de fonctionnement approximatif est plutôt dû à l'élitisme culturel et traditionnel qui, tel qu'il se pratique dans la société, a fait que la plupart des organes de pouvoirs publics deviennent des offices vénaux. De telle sorte que, pour chaque service de base, le citoyen universel haïtien doit non seulement payer la taxe régulière, mais aussi doit se faire soutirer de l'argent par des racketteurs qui sont souvent issus des réseaux maffieux de l'administration centrale. L'assainissement de nos institutions publiques s'impose à la société? Établir des registres de naissance, dans ses aspects corollaires adjacents et sous-jacents, est un acte social et moral. Codifier cet acte pour lui donner force de loi est encore une démarche responsable, incombant à l'État qui impose son autorité dans la société. Et, maintenant, l'étendre [l'acte légal] à l'ensemble de la population devient alors une oeuvre universelle qui ne souffre pas de restriction, ni de discrimination, ni de préjugés. Devant l'état civil (personne morale) riches et pauvres, instruits et incultes, croyants et non- croyants sont égaux. Le contraire, l'institution de l'état civil serait un anachronisme d'un autre temps. Dessalines défie la morale bourgeoise et ses hypocrisies Dessalines naquit dans la colonie et mourut en Haïti, octobre 1806. Certains auteurs avancent l'idée qu'il serait né en Afrique, encore une faiblesse notable qui prouve que les recherches se sont révélées très limitées, mettant en doute l'exactitude des récits d'histoire. Dessalines est esclave dès le sein de sa mère, d'après le texte de Colbert, paru en 1685. Il n'avait pas de nom. Sa mère et son père voulussent aller à la paroisse la plus éloignée dans l'île de Saint-Domingue si on le leur demandât, mais ils n'avaient pas le droit de se présenter devant les pères bretons pour se faire enregistrer. Les noirs, dont les lèvres sont toujours grosses selon le philosophe Voltaire, eussent exaspéré les pères s'il advenait qu'ils foulassent les mosaïques de la maison des religieux. C'eût été même une offense ou un outrage faits à l'Église de voir un Nègre se tenir debout devant ses saintes personnes, au risque d'entrainer la colère de la divine Providence. L'oeuvre de Dessalines, ce géant de l'histoire, parle pour lui et plaide en sa faveur. Ce grand homme qui se détache de l'histoire était tellement préoccupé par la cause de la liberté de son peuple qu'il en oubliait les stigmates qu'il portait lui-même pendant l'époque de l'esclavage, où Satan le Diable fut présent en personne dans la colonie. Il faut vraiment avoir les nerfs malades pour penser même une seconde que nos pères-fondateurs et nos aïeux pouvaient se permettre de réfléchir sur leur propre identité. L'histoire les avait placés au carrefour de la révolution, et la mission qui leur était dévolue, ils l'ont accomplie dans la plus grande ferveur, dans la plus grande sérénité et dans la plus grande dignité. Dessalines, grand contributeur à la civilisation universelle, avait une vision de l'État et de la société qui dépassent les aléas de la morale bourgeoise. Les conventions bourgeoises qui prévalurent dans l'ancien régime des féodaux et des États pontificaux, il les jeta par-dessus bord pour ne voir que la liberté et l'indépendance du peuple des esclaves dont il partageait les douleurs et les calamités coloniales. Il avait voulu jeter les bases structurelles d'un État de type nouveau, qui puisse répondre et satisfaire aux aspirations légitimes de la nouvelle société issue de la révolution haïtienne, sans distinction aucune. Il fut, certes, un leader de la nouvelle classe dominante, mais, au point de vue de la raison universelle, il se distingua des profiteurs, des avares et des cupides. Et il est assassiné pour ses convictions politiques. Cependant, on pourra toujours inventer des subterfuges et d'imaginaires prétextes pour l'abimer, pour porter atteinte à son intégrité morale, mais on ne pourra pas effacer son oeuvre qui restera à jamais gravée dans la mémoire collective nationale. Et, de l'arrogance des dominants à la soumission des dominés, ces trois pensées du leader national s'imposent: « Noirs et Jaunes, que la duplicité raffinée des Européens ont cherché si longtemps à diviser, vous qui ne faites aujourd'hui qu'un seul tout, une même famille; n'en doutez pas, votre parfaite réconciliation avait besoin d'être scellée du sang de vos bourreaux. Mêmes calamités ont pesé sur vos têtes proscrites, même ardeur à frapper vos ennemis, même sort vous est réservé, mêmes colères doivent vous rendre à jamais unis, indivisibles et inséparables. Maintenez cette précieuse concorde, cette heureuse harmonie parmi vous: c'est le gage de votre bonheur, de votre salut, de votre succès; c'est le secret d'être invincible. » Référence: Les marrons du Syllabaire. Paru en 1953. Auteur: Jean Fouchard. Circonstance: Proclamation du général en chef Jean-Jacques Dessalines. Date: 28 avril 1803. Lieu: Cap-Haïtien. « Prenez garde à vous, nègres et mulâtres! Vous avez tous combattu contre les blancs, les biens que nous avons tous acquis en versant notre sang appartiennent à nous. J'entends qu'ils soient partagés avec équité. » Source: Les Constitutions d'Haïti: 1801 - 1884. Auteur: Dr Louis Joseph Janvier. « Que m'importe l'opinion de la postérité, pourvu que je sauve mon pays. » Dans Les marrons du syllabaire. La première est un principe cardinal qui doit régir la nouvelle société qu'il a créée au milieu d'une ligue internationale blanche contre l'ethnie noire du monde. Laquelle nouveau-née, selon lui, se dresse comme un défi devant la conscience des Occidentaux qui pensent que le Nègre est toujours resté au stade de l'enfance, qu'il est incapable d'entrer dans la civilisation qui commence d'ailleurs chez lui. Bref, de ces trois chefs-d'oeuvre, il se dégage conviction en l'Histoire, solidarité nationale et justesse des actions du leader dont on fait porter un fardeau que sa pensée et ses actes ignorent complètement, au propre et au figuré. C'est pourquoi l'auteur du présent papier n'hésite pas à comparer Dessalines à Staline qui subit le même courroux insensé sous la plume des auteurs bourgeois qui voient en lui une bête, même s'il leur a procuré la paix pour écrire contre lui. Car nombre d'entre eux étaient la proie du tyran fasciste Adolf Hitler, à l'époque des années 30 - 40 jusqu'au dénouement du conflit militaire majeur mondial de 1939 - 1945. Comme Dessalines dans sa troisième maxime, Staline prophétisait en ces termes: « Des générations de bolchéviks seront accusées de beaucoup de choses dont elles ne sont pas coupables. Toutefois... le vent de l'histoire balaiera inévitablement de nos tombes les feuilles mortes de la calomnie et découvrira la vérité. » Citée par Fernand Grenier dans son livre: Au pays de Staline (1950).