Cinéma haïtien: A la recherche d'un second souffle (3e partie)

Par Anthony Mompérouse La peur d'aimer : Qu'est-ce qui différencie la Peur d'aimer de Reginald Lubin, un film d'amour, des autres films d'amour haïtiens et qui lui confère une place de choix dans la nomenclature des productions haïtiennes.

Le Nouvelliste
26 sept. 2013 — Lecture : 10 min.
Par Anthony Mompérouse La peur d'aimer : Qu'est-ce qui différencie la Peur d'aimer de Reginald Lubin, un film d'amour, des autres films d'amour haïtiens et qui lui confère une place de choix dans la nomenclature des productions haïtiennes. L'histoire se situe à deux niveaux et expose deux situations différentes dont l'une a des répercussions sur l'autre.Le spectateur a l'impression d'assister à deux films différents. Cette dualité qui rend le film un peu plus excitant affaiblit en quelque sorte l'une des aspects du scenario.Le drame de l'innocente Adline,victime d'un jeune prédateur masculin, projette un peu d'ombre sur l'idylle qui s'épanouit entre Roger et Sarah, idylle qui devrait constituer la trame principale du film. Le cadre bucolique ou se déploient les bananiers verts, des plages agressées par des vagues écumantes ; l'innocence d'Adeline, l'irrésistible appel de l'amour vers Sarah malgré sa terrible peur d'aimer, l'image d'un jeune homme, Roger, en plein désarroi...font de la Peur d'aimer une histoire charmante et troublante qui restera gravée dans le coeur et l'esprit des cinéphiles. Une brève apparition de trois ou cinq minutes de tonton bicha dans la peur d'aimer a permis de déceler les talents de comédien de Bicha, talents qui ont explosé dans I love you Anne. Ce frêle garçon, à l'heure actuelle est le meilleur comédien du théâtre ou du cinéma haïtiens, témoin la multitude d'acteurs qui essaient de l'imiter. Le jeu facial de tonton Bicha évoque un peu les facéties du célèbre acteur français Louis de Funès. Pour une raison ou pour une autre les talents de Bicha ne sont pas exploités et je m'étonne qu'après I love you Anne, personne n'est en mesure d'écrire une scénario qui siérait au personnage et lui permettrait de devenir notre nouveau Languichatte. I love you Anne, une désopilante comédie qui prend naissance à partir de l'éveil de l'amour dans le coeur d'une jeune fille et qui se prolonge dans un milieu social ou le plus puissant, les plus riches se croit maître de tout un chacun véritable délice, cet I love you Anne. Pluie d'espoir : si l'on devait offrir un oscar au film haïtien doté des plus images, Pluie d'espoir de Jacques Roc recevrait le prix. Les champs de canne verdoyants, la pluie torrentielle qui asperge le visage de l'acteur et de son fils, des clair-obscurs à la Rembrandt évoquent plutôt un film indien produit par les studios de ''Bollywood'' Pluie d'espoir, c'est le rêve d'un réalisateur qui voit son pays avec un regard optimiste, un optimisme qui veut oublier une réalité contraignante, oppressive. Pour ceux qui ont vécu en haiti, il est d'imaginer un ouvrier des manufactures traité avec autant de complaisance par le patron, de penser à une fille au teint clair, bien éduquée tomber amoureuses d'un pays illettré qui en moins de trois ans, dans des conditions aussi difficiles, a pu réaliser une telle fortune. Pluie d'espoir est une conte de fée, à l'instar de cendrillon, mais une conte de fée qui fait rêver, qui fait rêver à une haiti où l'amour fleurirait dans tous les coeurs, où la réussite sociale et économique dépendrait uniquement de la bonne et d'une certaine intelligence pratique et où les problèmes de classes, les préjugés ne seraient plus qu'une lointain souvenir. Pluie d'espoir, malheureusement a été piraté et le film qui circule dans les rues n'est qu'une boot leg. Jacques est certainement affecté par cet acte malhonnête, et si des institutions intéressées pouvaient le rembourser ou l'aider à réaliser un autre film, je pense que ce serait pour le bien du cinéma haïtien et aussi pour le renon du pays Un cinéaste pareil devrait avoir les moyens de produire chacun deux ans au moins, un chef-d'oeuvre de ce genre. La rebelle de Sacha Parisot nous invite dans l'univers de plaisir d'une certaine jeunesse qui ne voit comme dérivatif à leur ennui que le sexe et la drogue. Excellente cinématographie, jeu de lumière velouté valorise une histoire qui n'aurait pu être qu'une '' fait divers'' de la révolte d'une adolescente contre son père, devient plus pathétique lorsqu'a la fin on comprend la relation que la rebelle développe avec sa mère morte. Une façon intelligente et originale d'étaler l'intrigue du film. -Cousines-Combien de jeunes filles et même de jeunes garçons attendent comme le messie l'arrivée d'un ou d'une diaspora pour vendre leur corps en échange de quelques billets verts ou d'une promesse de mariage qui leur permettra de quitter cette île de misère. Et si l'on ne peut trouver un diaspora on se contentera d'un local.Est-ce la condamnation, la damnation éternelles d'un échantillon de la population. Richard Sénégal dans Cousines croit que l'amour en fin de compte permettra à certaines de briser le carcan de cette fatalité de la misère. Et c'est le charme de cousines qui met en évidence la force de l'amour et de l'amitié. Jessica Généus plus adorable que jamais a éclaboussé de sa classe ce film et a traduit avec éloquence la tendresse, la détresse et une besoin d'amour sincère. Une actrice formidable secondée par Jimmy Jean Louis, Soledad E Jean et Jerry L. Cousines, un autre chef-d'oeuvre de la production cinématographique haïtienne. A coté de ces oeuvres que nous plaçons au sommet de la pyramide, nous pouvons citer d'autres films assez intéressants comme :vocation, Destin de Caroline, SonSon, Piwouli et le zenglendo, Cicatrices, Café au lait, Dolorès, Nathalie, Obsession, Jeunesse dans l'ombre, Amour, mensonges et conséquences... Nouvelles Perspectives pour le Cinéma haïtien La première vague de films haïtiens qui ont vu le jour au cours de la décennie 90 et au début des années 2000 est caractérisée par une production assez valable et intéressante.Les films ont un contenue et sont assez valables, mais après c'est la grande déception.Le prix modique des équipements, le besoin de se procurer de l'argent et la recherche d'une certaine notoriste créent une nouvelle classe de cinéastes qui n'ont aucune notion du cinéma. Les histoires n'ont ni queue ni tête, le jeu des acteurs est deplorable.Ce déferlement de films médiocres affectent négativement le cinéma haïtien qui voit l'intérêt des spectateurs diminuer, ce qui se traduit par une baisse de la verte des D.N.D et une réticence des sponsors à investir leur argent dans le cinéma. Trois facteurs principaux déterminent le succès d'un film le jeu des acteurs, la cinématographie et le script. Ce dernier élément constitue l'épine dorsale d'un film et représente aussi le talon d'Achille de nos apprentis cinéaste. On ne s'érige pas cinéaste du jour au lendemain.Ecrire nécessite un certain temps de préparation.Pour bien écrire, il faut d'abord apprendre à lire, et nos cinéastes ne lisent pas. La routine de la lecture enrichit l'esprit, développe une certaine rigueur et permet dans le futur d'intégrer dans le texte des éléments qui rendent l'histoire plus intéressante, plus riche. Un apprenti cinéaste qui veut se lancer dans l'aventure de l'écriture sans consacrer un certain temps à consulter les livres est comme un marin qui affronte l'océan sans boussole. Chaque mois au moins l'aspirant cinéaste devrait lire un roman dans le genre qu'il veut développer et nous pouvons referez nos apprentis du 7e art à quelques auteurs qui peuvent les inspirer : Guy de Maupassant, Alexandre Dumas, Michel Zevaco, Victor Hugo, François Mauriac, Guy des cars, Jean Bruce, Gabriel Garcia Marquez, Danielle Steel, Agatha Christie, Alfred Hitchcock Jacques Stephen Alexis, Dany Laferriere, Gary Victor... L'épanouissement du cinéma haïtien ne peut reposer sur les frêles épaules de quelques individus car produire un bon film nécessite des dépenses importantes et l'utilisation d'un matériel humain plus ou moins qualifié. L'état haïtien devrait s'impliquer dans ce domaine. Cela ressemble plutôt à un voue pieu, car dans un pays où des secteurs clé de la vie nationale comme l'éducation la santé, le logement sont reléguées au second plan, comment espérer que le domaine du loisir pourrait être pris en considération. La peinture qui peut-être considérée comme l'une des ressources naturelles d'haiti n'a pas réellement bénéficié de la protection de l'état. Mais imaginons quand même la création d'un institut du cinéma haïtien à l'instar des Instituts de cuba, du Brésil ou du Mexique cet institut serait doté d'appareils modernes et sophistiqués de techniciens qualifiés et chaque année serait chargé de sélectionner une ou trois meilleurs scripts dans différents domaines : fiction, documentaire, éducation et les produirait à sa charge, puis les distribuerait en haiti et à l'étranger. Annuellement une cérémonie des oscars dignes de ce nom, télédiffusé à travers le pays et en diaspora récompenserait les meilleurs acteurs, les meilleurs fils et toute la kyrielle de participants qui contribuent à la réalisation d'un film.Engagé dans la promotion du cinéma l'institut faciliterait les co-productions, façon de mieux faire apprécier la culture haïtienne et d'élargir le champ du cinéma. En premier lieu, les co-productions viseraient les pays comme la république Dominicaine, Cuba ou la jamaique et en second lieu, le Venezuela, le Canada, la France et même les Etats-Unis. Il y a tout à faire pour structurer ce mouvement qui fleurit dans notre pays et en diaspora et nous retiendrons la suggestion d'Arnold Antonin rapportée par Katheline st Fort du Miami Hérald : '' Pour créer une impression durable les cinéastes haïtiens doivent créer leur propre niche. Certains pays du monde ont marqué de leur empreinte le 7e Art en imposant un style, une identité propre à leur pays. Il y a eu le néo-réalisme en Italie qui a contribué à faire de ce pays une force respectée dans ce domaine, il y a eu le nouveau cinéma au Brésil, le new wave (nouvelle vague) en France Tous ces mouvements ont contribué à l'épanouissement du cinéma mondial et en même temps ont propulsé le cinéma de chacun de ces pays. Nous cinéastes haïtiens nous devons trouver un langage commune, une identité qui nous permet d'exprimer nos problèmes et notre vision du monde.'' Sur qu'il faudra un peu de temps pour concrétiser ce rêve, car nous sommes trop souvent individualistes, car à l'exception de l'Ecole patriotique ou de l'école Indigéniste en littérature de l'école de la beauté en peinture l'artiste haïtien n'est pas trop enclin à s'associer à d'autres confrères. En attendant que prenne naissance cette nouvelle vague, ce '' nouvo Konbit'' du cinéma haïtien pourquoi ne pas engager ce mouvement avec un tèt ansanm, d'Arnold Antonin , de Richard Sénégal, de Sacha Parisot et de Jacques Roc qui accepteraient de produire un ou deux films qui certainement propulseraient Haiti à l'avant garde du cinéma mondial. (fin) Légende : 1- Jessica Géneus, la déesse du cinéma haïtien a réalisé une performance époustouflante dans cousines Meilleure actrice de l'heure. 2- Tonton Bicha : l'acteur haïtien le plus imité- un don naturel de faire rire- une tête qu'on veut voir plus souvent sur l'écran.