A qui perd gagne

Depuis le départ des Duvalier en 1986, la politique en Haiti se joue sur le terrain de la confrontation, du jusqu'au-boutisme, du rache manyòk.

Hérold Israël
18 sept. 2013 — Lecture : 3 min.
Depuis le départ des Duvalier en 1986, la politique en Haiti se joue sur le terrain de la confrontation, du jusqu'au-boutisme, du rache manyòk. On a raté la transition. Une grande bêtise historique découlant de la pure émotion. Mais deux faits intéressants devraient attirer l'attention : 1- Tous ceux qui s'acharnent à faire la guerre absolue aujourd'hui vont devenir des alliés et parfois de vrais amis avant le lendemain. Les preuves sont là et parlent d'elles-mêmes. Pourtant les cicatrices de leur guerre mineront à jamais la peau du pays et prolongeront l'interminable désagrégation de notre société, de notre terroir. L'élan cassé à chaque fois, on se diabolise pour rien. On tue la paix. Et l'on marche à reculons. Le pays se meurt à la fin. Un pays peut effectivement mourir. Pourtant ni Dieu ni Marmon. On est tous à la fois, de gauche et de droite et la bataille n'est même pas idéologique. Donc, de l'incompréhension pure de tous les côtés. 2- Une fois appelée en ses comices, la population élit toujours des chalengeurs comme pour signifier un refus à la manière de faire et inviter au renouveau. Malheureusement, ce renouveau est aussi synonyme de case-départ. Donc, le pays rate la marche du temps réel au profit d'un temps haïtien quasiment immobile. C'est un cycle difficile où elle reprend la rue des fois avec violence pour tout casser. Le rythme comme le matériel-pays. Littéralement, tel un séisme.Salnave, Duvalier, Aristide., parmi les plus adulés. Donc, il y a matière à réflexion. S'il y a une arène ou la politique n'est point l'affaire des prudes, c'est celle de Port-au-Prince. C'est ici que s'est parfait l'art de « chauffer ». Qui des chiens de garde, des déçus, mais aussi des jaloux et des aigris. Vérité et médisance se confondent. On se fragilise de tout bord, on se détruit. On s'avilit. Le peuple apprend et semble pouvoir aujourd'hui faire la part du jeu. Mais son rêve de voir ses dirigeants se mettre autour d'une table pour penser géopolitique, pour parler pays est plutôt semblable à un voeu pieux. Son combat est passif et le pays se meurt. Car un pays peut bien mourir. Sans ressources internes, avec un environnement dégradé, une terre qui nourrit presque plus et une communauté des nations qui s'en fout ;on joue pourtant aux garnements, à l'insouciance. On se fait du mal comme s'il s'agissait d'une bataille dont la survie de l'un dépend directement de l'annihilation totale de l'autre.On use des armes extrêmes. Pour un gain réel ou pour l'incertain et le néant. Pourtant, la politique c'est aussi l'art de retrouver les points d'intérêts communs, contourner le champ de la confrontation, perdre sur l'immédiat pour gagner sur le moyen terme. Comme dans un acte d'amour où celui qui perd gagne sur l'adoucissement du coeur et du corps de l'autre. C'est une constance mal écrite. Une constance amère qu'est cette sempiternelle bataille rangée entre une élite politique qui ne dépasse point le cap des cents acteurs. Car la majorité silencieuse est trop poltronne pour jouer au jeu de la cité ou tout simplement n'est jamais appelée dans l'arène. C'est une question de vocation. Tellement immobile est notre temps de transition vers la démocratie qu'on peut tirer un article vieux d'une décennie et le mettre sous presse pour comble d'actualité. Une actualité toujours faite de crise de compréhension et d'absolutisme. On ne sort jamais gagnant d'une crise politique dans la mesure où elle emporte toujours avec elle l'aura des acteurs impliqués. Les vrais gagnants sont toujours ceux-là qui savent discuter. Concerter. C'est comme les animaux malades de la peste. Si nous n'en mourrons pas tous, nous en serons tous frappés. Le dialogue sincère est signe de faiblesse du point de vue d'un kamikaze, mais signe de force et de courage du point de vue politique. Perdre sur la fierté pour gagner sur un dialogue patriotique, permettra d'éviter que l'offense politique débouche sur une crise réelle qui remettra en question ce peu qui nous reste de valeur et de souveraineté nationales. Les efforts considérables engagés durant ces sept dernières années méritent d'être considérés. Le jeu de l'alternance politique est aussi primordial à la démocratie que l'est le dualisme constant du pouvoir établi et organisations politiques, mais, partout ailleurs, ils obéissent tous au sacro saint effort de stabilité, élément indispensable au développement amorcé.