Pour ou contre la rentrée des classes en octobre ? Si certains analysent le problème, sous l'angle de la légalité, d'autres croient qu'il s'agit d'un faux problème arguant que ce n'est pas la date d'ouverture prise isolément qui conditionne la durée de l'année académique et que tout est une question d'intervalle temporel (dans la perspective d'une école de dix mois : on peut ouvrir l'école en septembre et la fermer en juin ; si on ouvre l'école en octobre, on achève l'année scolaire au mois de juillet). A l'exception de quelques idées éparses qui veulent faire croire qu'il s'agit d'une question particulière dont le traitement exige une approche globale exigeant la prise en compte de la dimension politique et la dimension technique de la question, on est d'accord pour reconnaître, tout au moins que, pour une fois, les sophistes utilisent un langage qui ne va pas à contre-courant ni de la pensée occidentale (dans la lignée de la tradition platonicienne et aristotélicienne) ni de la pensée orientale. On peut découvrir du sens dans leur non sens. Sauf que...
1. De la question de la légalité
Signifier que le cadre légal relatif à la rentrée des classes fixe au mois d'octobre ladite rentrée a du sens. Il suffit, pour cela, de prendre connaissance de l'arrêté du 28 mars 1905 du secrétaire d'Etat de l'Instruction publique M. Ferère, déterré par Me Monferrier Dorval, dans un article publié dans les colonnes du journal « Le nouvelliste du 10 septembre 2012. L'article premier de cet arrêté stipule que : « Les grandes vacances ont lieu chaque année pour toutes les écoles de la République du dernier vendredi de juillet au premier lundi d'octobre ». Et, il semble qu'il n'existe aucun autre texte légal à avoir abrogé cet arrêté. Mais, quand on rappelle qu'avant la décision de ce ministre lavalassien d'ouvrir l'école en septembre 1999, l'année scolaire durait neuf mois et qu'il n'y avait pas tout ce problème, là on se mêle les doigts. Et il importe, à ce moment, de signaler que : (i) indépendamment de son appartenance politique, si on regarde ce texte de loi sous l'angle de la durée de l'année scolaire prévue, ce ministre de l'Education nationale n'avait fait que permettre au système de revêtir le costume de la légalité et d'en finir avec une situation de fait, (ii) déjà, au tout début du 20e siècle, les gouvernants haïtiens avaient compris la nécessité d'avoir un nombre de jours de classes raisonnable. Par quel artifice les institutions étatiques allaient-elles décider de fixer la durée de l'année scolaire à neuf mois et à quelle fin? Existe-t-il un temps haïtien ayant un sens trigonométrique (sens inverse de l'aiguille d'une montre) ?
2. La mort de la planification pédagogique
Apparaissent d'autres voix plus sensées pour faire valoir qu'elles sont d'accord avec l'école de dix mois mais réclament l'application stricto sensu de cet arrêté qu'aucun autre texte légal n'a abrogé. Autrement dit, il faudrait étendre le calendrier scolaire d'octobre à juillet. Pour ces voix, tout ce tohu bohu autour du report de la date de réouverture serait tout simplement inutile.
Peut-on imaginer la tête de Socrate qui, comme entrée en matière, ferait la remarque suivante ?
Il n'y a pas d'école sans planification pédagogique, définie par De Boeck comme le "processus rationnel qui consiste à prévoir tous les éléments organisationnels, pédagogiques et scientifiques nécessaires pour atteindre les objectifs terminaux : la liste et la hiérarchisation des contenus, les thèmes, la succession des objectifs intermédiaires, les ressources pédagogiques (méthodes, techniques et matériels), institutionnelles, humaines, financières, spatiales et temporelles."
Elle est le fil conducteur qui mobilise les acteurs de l'école pour déterminer les priorités, les attentes et les besoins. Changer le calendrier scolaire, à quelques jours de la rentrée des classes, revient, d'un point de vue micro, à demander à tous les acteurs du système de ne plus s'adonner à ce travail d'organisation et d'orientation qui favorise la cohérence dans la démarche pédagogique, qui a des effets directs sur l'apprentissage et qui permet de déterminer les priorités, les attentes et les besoins de la clientèle. Lorsqu'on est dans la logique de l'imprévisible, on y reste. A quoi bon ces programmes de formation initiale ou en cours d'emploi en planification de l'enseignement prétendant aider l'étudiant-maître ou l'enseignant à planifier son action pédagogique à long terme en fonction des éléments de programmation, des ressources et du profil de son groupe d'élèves ? Comment veiller au fait que la planification des écoles est en harmonie avec la programmation du ministère en charge de l'éducation ? S'assurer de la cohérence et la continuité des apprentissages ?
D'un point de vue macro, c'est fragiliser toutes les institutions étatiques et non étatiques qui interviennent dans la planification de l'éducation ou dans l'éducation, en général.
3. Le réchauffement climatique
Mais le vrai argument de Socrate, par rapport à la proposition de faire commencer l'école en octobre pour la terminer en juillet, il le chercherait, probablement, dans ce phénomène d'augmentation de la température moyenne des océans et de l'atmosphère, traduisant une augmentation de la quantité de chaleur de la surface terrestre et auquel on donne le nom de réchauffement climatique ou réchauffement planétaire ou réchauffement global. Alors, il demanderait : Qu'est ce qui est le plus important ? Le respect de l'esprit de la loi étendant la durée de l'année académique à dix mois et des grandes vacances à deux mois ou la référence à la lettre de cet arrêté pour réclamer son application stricto sensu lorsqu'on sait déjà que certaines conditions objectives ne le permettent pas ? Peut-on ignorer les effets du réchauffement climatique dans un pays tropical pauvre comme le nôtre sur le processus enseignement-apprentissage dans les salles de classe ?
Comment espérer avoir des enfants réceptifs aux enseignements quand il fait entre 30° et 40° dans les classes dès 10 heures du matin ? Et ces toits en tôle de la période post séisme, on va s'en débarrasser, cette année? Et ces cours qui ont lieu en plein soleil ? Programmer l'année scolaire d'octobre à juillet demanderait, évidemment, l'examen de plusieurs scenarii comme celui de climatiser toutes les classes, qu'elles soient en milieu urbain ou rural, qu'elles relèvent du secteur public ou non public. Il faudrait une révolution profonde au niveau du bâti scolaire. Peut-être que ce n'est pas impossible : dans cette Haïti « open for business » où tout se fait pour la première fois, on pourra trouver la formule qui permettra au pays de se doter de capacités énergétiques pour faire fonctionner des climatiseurs dans toutes les salles de toutes les écoles du parc scolaire. « Haïti open for education, , « Haiti open for energy, right now». Peut-être qu'on verrait après comment aborder le principe d'économie d'énergie, qui voudrait que l'on ne crée pas de nouvelles dépenses inutiles.
Le milieu d'apprentissage ne s'arrête pas aux méthodes d'enseignement, à la participation, aux ressources pédagogiques. Autant que les facteurs du milieu socioaffectif, le climat physique agit sur le processus enseignement-apprentissage. Comment susciter la motivation? soutenir l'intérêt? favoriser l'assimilation? permettre à chaque élève de savoir constamment où il en est dans ses apprentissages? diagnostiquer les difficultés de chacun en période de chaleur intense dans des classes pléthoriques ?
Quand la maïeutique socratique se mêle des débats autour du report de la rentrée scolaire
Pour ou contre la rentrée des classes en octobre ? Si certains analysent le problème, sous l'angle de la légalité, d'autres croient qu'il s'agit d'un faux problème arguant que ce n'est pas la date d'ouverture prise isolément qui conditionne la durée de l'année académique et que tout est une question d'intervalle temporel (dans la perspective d'une école de dix mois : on peut ouvrir l'école en septembre et la fermer en juin ; si on ouvre l'école en octobre, on achève l'année scolaire au mois de juillet).