Marc Exavier, le poète en marge

Poète, nouvelliste, journaliste culturel et professeur d'université, Marc Exavier fait figure d'écrivain de la distance. Choisissant l'isolement comme mode de vie -en se retirant du monde-, il fait du livre son idole et sa raison d'être. Auteur d'articles dans des revues et journaux, c'est une espèce rare en termes d'érudition littéraire en Haïti.

Publié le 2013-07-23 | lenouvelliste.com

Marc Kinley Exavier est né à Saint-Louis du Nord, ville du département du Nord'Ouest, en 1962. Son baccalauréat terminé, il entreprend des études de médecine et de linguistique. Par la suite, il s'inscrit au département des lettres modernes à l'Ecole normale supérieure (ENS) dont il en sort diplômé en 1984. Pendant sept ans, il enseigne les lettres au lycée Toussaint Louverture, au lycée de la Croix-des-bouquets et dans d'autres institutions de la capitale. Son diplôme en poche, il arpente les rues de la capitale, la tête pleine d'idées, de projets et de rêves, la muse pour boussole et ''traversant la brume avec des pas d'oiseaux sous l'aile des chansons''. Avec l'envie de vivre. L'encre au bout des doigts. La fougue de créer. ''De passer à travers des forêts de symboles''. Pour élever des temples à la vertu des mots. Un parcours remarquable En 1993, il part pour le Québec où il obtient une maîtrise en Sciences de l'éducation à l'Université de Montréal. De retour au pays, il est chargé de cours de français et de littérature à l'Université Quisquéya entre 1994 et 2001. Professeur à l'ENS, il a été membre du Conseil de direction de l'institution entre 2007 et 2009. Il est un fin connaisseur en matière d'arts. Journaliste culturel, il a écrit plusieurs articles sur la peinture, la littérature et le cinéma dans les colonnes du plus ancien quotidien francophone de la Caraïbe -Le Nouvelliste- et dans les pages de la revue Cultura. Pendant quatre ans, il a animé une chronique culturelle sur les ondes de la Radio nationale d'Haïti (RNH), soit de 1986 à 1990. Un an plus tard, on le retrouve sur Tropic FM. Responsable de la section culturelle de la RNH de 1994 à 1998, il a été aussi directeur de programmation à Radio Solidarité pendant cinq ans (1998-2003). Il a travaillé au ministère de la Culture à titre de directeur du développement culturel et responsable national des Centres de lecture et d'animation culturelle (CLAC) avant de devenir, en 2004, directeur général de la RNH. Grâce à son attachement aux choses de l'esprit, son engouement pour les lettres et tout ce qui est ''culture'', il a pu redynamiser l'institution qui, autrefois, vouait un culte démesuré au gouvernement de l'époque. Il en fit une station de service public. Rayée sur le cadran parce que de moins en moins écoutée, la population a ainsi renoué ses liens avec elle. L'écrivain précoce Marc Kinley Exavier a fait très tôt l'expérience de l'écriture. Il avait à peine vingt et un ans -soit une année de moins que l'auteur des ''Poèmes saturniens'' et quatre de plus que celui des ''Illuminations'', deux grandes figures de la poésie parnassienne- quand parut son premier recueil de poèmes ''Les sept couleurs du sang'' aux éditions Choucoune en 1983. Pourvu à la fois de valeur et d'authenticité, il a prouvé que l'écriture n'avait pas d'âge, car il avait la poésie dans le sang. Elle bouillonnait dans ses veines. Elle le réclamait autant qu'elle le possédait. Il n'était pas allé la chercher. Elle est venue vers lui comme une eau qui cherche sa route au beau milieu d'une forêt. Avec cette aptitude à manier, sans ambiguïté quelconque, les genres. Cette passion débordante qui alimente chaque page de son univers et chaque ligne de son imaginaire. Timide, mais assidu au travail -cherchant ainsi sa voie avec une parole singulière-, il publie huit ans plus tard deux recueils de poèmes («Le coeur inachevé», 1991; «Soleil caillou blessé», 1993) et un recueil de nouvelles («Numéro effacé», 2001) aux éditions Mémoire. Cette maison d'édition consacrée exclusivement à la promotion de la littérature haïtienne, devenue Mémoire d'encrier depuis les années 2000 avec l'établissement de Rodney Saint-Eloi au Canada. Peu après, en 2006, les éditions Presses nationales d'Haïti publient ses «Chansons pour amadouer la nuit suivi de Le coeur inachevé». Marc Exavier est, depuis plus de sept ans, l'auteur d'un roman qu'il refuse toujours de publier. A chaque fois, il le peaufine en y mettant de nouvelles touches. Grand théoricien de la littérature, homme de grande culture, dévoreur de livres, grand amant de Baudelaire, Mallarmé, Poe, Prévert, Alexis, Dépestre et son érotisme solaire, et bien d'autres figures de la littérature haïtienne, c'est aussi un bohémien qui construit des rêves artificiels entre l'«Harmonie du soir» et « Le coucher du soleil romantique» pour noyer ses épouvantes. Son spleen. Pour sortir du gouffre. Un passionné du livre et de la culture Conscient de l'importance du livre dans la vie du genre humain, de son rôle dans le développement du capital humain, il a mis sur pied, en 2006, avec des amis Apolect (Actions pour la lecture), une association culturelle à volet éducatif dont la mission n'est autre que la promotion du livre et de la culture. Son objectif est de sensibiliser, partager et donner le goût de la lecture aux jeunes du pays. Marc Exavier est également animateur d'ateliers de lecture, d'écriture et de ciné-clubs. Depuis 2012, il a institué, avec la complicité du député Vickens Dérilus, la foire du livre «Verrettes à la découverte du livre», une grande manifestation culturelle qui se déroule chaque année au mois d'avril. Professeur également à la Faculté des sciences humaines (Fasch), il a fondé, en 2000, l'Atelier du manège. Une sorte d'atelier de lecture et d'écriture qui visait la promotion des lettres et des arts de la représentation. N'ayant pas beaucoup écrit comme il le souligne toujours, l'animateur de «Lecture et compagnie» (émission qu'il anime tous les dimanches entre dix heures et midi sur la radio Solidarité) - considère ces actions - toutes désintéressées- comme un prolongement de ces activités d'enseignant. Un rêve familier Marc Exavier fait partie de cette lignée de poètes dont la production n'est pas abondante. Il ne produit pas sur commande. Il n'est pas une star de la mode, mais un simple ouvrier de la plume. En tant qu'écrivain, précise-t-il, on n'est pas obligé de publier un livre tous les mois ou tous les six mois faisant ainsi allusion à Breton qui disait dans Le manifeste du surréalisme : ''Tais-toi quand tu cesses de ressentir''. Il se compare souvent à des écrivains comme Magloire Saint-Aude ou Stéphane Mallarmé qui n'ont pas beaucoup écrit tout en espérant que le peu qu'il a publié pourrait avoir la même notoriété que ces auteurs-là. C'est son rêve le plus familier. Parallèlement à ses activités littéraires, il a dirigé dans le temps, soit en 2006, une association écologique -Ver(t) de Terre- dont la mission se résumait en des actions pour la protection, la sauvegarde et le rétablissement de l'environnement haïtien. Il est de ceux qui croient que ce pays n'ira nulle part tant que l'on n'investisse pas dans l'éducation et ne mette pas le livre au coeur de la vie des petits enfants en lieu et place des armes.
Dieulermesson PETIT FRERE djason_2015@yahoo.fr
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