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Dominique Batraville nous parle à haute voix

Né en 1962, Frantz Dominique Batraville est journaliste culturel, critique littéraire et critique d'art. Poète, nouvelliste, il a publié des articles dans des revues et journaux ici et ailleurs, et anime une chronique à la radio dans sa commune d'origine. Portrait d'un personnage haut en couleur.

Publié le 2013-08-14 | lenouvelliste.com

«A haute voix» est cette chronique vedette de l'émission à succès Mélodie matin de Marcus Garcia et Elsie Ethéard qu'il anime depuis dix ans. Il y fait des comptes rendus de lecture, des portraits d'artistes, présente des expositions et rencontre des artistes étrangers de passage en Haïti. C'est une chronique très intense et très animée. Dès fois, il la présente en compagnie de Marcus sous forme de dialogue en faisant des commentaires sur une question brûlante de l'actualité. Quand il est en panne de sujet, il choisit un poème qu'il commente et diffuse des extraits par la suite. Diffusée du lundi au vendredi entre 9 heures et 9 heures 30 du matin, «A haute voix» donne la parole aux écrivains confirmés ou pas, aux chansonniers, danseurs, peintres, galeristes, penseurs. Certaines fois, à des gens qui sont dans le social mais qui ne sont pas totalement impliqués dans l'art. Au début, la chronique avait un spot d'ouverture et de fermeture très incitatif qui attirait un public fou: ''Ici, Dominique Batraville, demain encore , je vous parlerai à haute voix''. Cette chute était pour traduire une certaine transe qu'il voulait communiquer au public. Pour capter son attention. Comme pour dire qu'il était infaillible. Qu'il avait le contrôle du temps et se sentait au-dessus du climat d'insécurité qui prévalait dans le pays à l'époque. Un espace de liberté et d'échanges « A haute voix » est, aux yeux de l'auteur de ''L'archipel des hommes sans os'', un espace de liberté, un lieu d'expression où il revendique le droit de parler, de dire ses émotions et ses sensations. Elle date de 2003. A l'époque, Batraville était engagé par Haïti en marche, hebdomadaire auquel il fournissait des commentaires littéraires, des portraits d'artistes et des notes critiques sur la littérature et la peinture haïtiennes. Il était le seul chroniqueur culturel de la station de la rue Capois. Cette chronique, dit-il, me donne plus d'audience et me rapproche du monde culturel. Quand il est en mission ou en voyage à l'étranger, il fait des bulletins ou des capsules d'émission à distance comme envoyé spécial de la radio. Ayant débuté comme poète à l'âge de seize ans, Dominique Batraville a publié son premier livre en 1978, ''Boulpik'', une plaquette de vers en créole salué par le journaliste Pierre Bambou dans les colonnes du Nouvelliste. Recueil qui a suscité des commentaires de nombreux directeurs d'opinion dont Carlo Désinor du plus ancien quotidien d'Haïti, et Compère Filo, Venel Remarais de Radio soleil. Cette reconnaissance était surtout l'oeuvre du professeur Christophe Philippe Charles, qui venait tout juste de lancer les éditions Choucoune. Il fut l'un des tout premiers à être édités par la maison en question. Le bohémien Christophe Philippe Charles, se rappelle-t-il, était aussi son ancien professeur de littérature française. D'ailleurs, c'est lui qui l'a initié à la lecture de Charles Baudelaire. Peu de temps après, il était devenu un baudelairien qui délaissait ses cours pour aller dans les bordels afin de découvrir les paradis artificiels. Avec assez de modestie, le globe-trotter précise que même s'il n'arrive pas à écrire comme l'auteur des Fleurs du mal, il reconnaît toutefois qu'il l'a nourri, lui a donné de la maturité et des clés pour comprendre le vécu, être dans le vécu et vivre dangereusement avec les petits accidents de la vie. Il est ce bohémien qui a connu les rues les plus dangereuses de Port-au-Prince à cause des «belles de nuit». Des métiers pour survivre Quand il n'écrit pas ou n'est pas à la radio, il s'adonne à d'autres activités, car, dit-il, en Haïti, il faut avoir au moins sept métiers pour ne pas crever. Marcheur impénitent, le cinéaste-comédien croit qu'il existe plein d'artistes qui sont incapables de se recréer, de se donner du plaisir ou même de survivre. Voilà pourquoi, il faut, selon lui, tenter beaucoup de choses pour ne pas être comme un clochard. Car les sociétés du tiers-monde, affirme-t-il, peuvent vous propulser au septième ciel mais peuvent aussi vous descendre dans les abysses: parce qu'il y a une lutte permanente pour la survie. De la poésie au roman Même s'il a écrit des récits, cet amant de la poésie baudelairienne a été, toute sa vie, un poète. Auteur d'un roman qui sortira prochainement en France, ''L'ange de charbon'', qui raconte l'histoire d'un Italien noir de peau, ridiculisé par les Haïtiens -parce qu'en général, les Italiens sont blancs- il est membre du jury du prix littéraire de l'Association des écrivains de la Caraïbe (ADEC). Drôle de coïncidence, il y a aujourd'hui un noir (Balotelli) qui fait du foot dans la sélection italienne. Il a fait des chroniques au Nouvelliste pendant 13 ans. A travaillé au journal Le Matin et dans des agences comme Haïtian press network (HPN), Alterpress et Haïti hebdo. Lauréat du prix Sony Rupaire en 1997 pour le conte « Pòtre van nan sèvolan lakansyèl'', Dominique Batraville a reçu en 2003 le 2e Prix Toussaint Louverture, pour le conte-drame ''L'Ouverture''. Collaborateur de la Télévision nationale d'Haïti (TNH) comme reporter allant de ville en ville pour faire des récits de voyage, il espère publier uniquement des romans durant les dix prochaines années.
Dieulermesson PETIT FRERE djason_2015@yahoo.fr
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